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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 12:11

Billet publié dans l'Express.fr du 18 septembre 2013

« Le lynchage indécent et nauséabond de Sophia Aram », « Le Sophia Aram Bashing est insupportable » « L’ignominieux  lynchage numérique de Sophia Aram »…Depuis quelques jour, après la curée contre la présentatrice de « Jusqu’à présent tout va bien », de tels titres fleurissent dans la presse écrite et sur la toile.

J’ai pris le parti de soutenir Sophia Aram dès la seconde émission, en expliquant qu’elle ne pouvait être la seule responsable, de ce qui s’annonçait être objectivement un fiasco. http://www.lexpress.fr/actualite/j-ai-regarde-sur-france-2-jusqu-ici-tout-va-bien-presente-par-sophia-aram_1282737.html

Ce lundi 23 septembre, j’ai à nouveau regardé quelques instants l’émission. J’ai vu les artistes qui entourent la présentatrice, totalement inconscients de la vacuité de leurs interventions. N’ont-ils pas un proche, un responsable de la chaîne publique, quelqu’un qui puisse leur dire que cela ne va pas, que c’est plat, que c’est sans intérêt et que personne au monde ne paierait pour aller voir un pareil spectacle.

J’ai en revanche vu ce soir-là, une Sophia Aram qui m’est apparue lucide. J’ai lu dans ses yeux de plus en plus noirs, de plus en plus brillants, dans son regard de plus en plus profond, la peur. Cette peur qui rend tout plus difficile, qui sèche la langue, qui nous oblige à crier pour que l’on ne perçoive pas que l’on a la voix nouée, cette peur qui fait place à la détresse et qui rend celle qu’elle envahit de plus en plus attachante.

Seul le public qui fait partie du spectacle joue parfaitement sa partition, peut-être même un peu trop. En complet décalage avec ce qui se passe, il applaudit à tout rompre, j’imagine sur instruction, des blagues insipides, accroissant encore le malaise que l’on ressent en regardant l’émission.

Du courage ? Sophia Aram en a à revendre. Elle est maintenant entrée dans la phase compassionnelle, la pire de toutes. On ne la critique plus, on la plaint.

Et derrière tout cela,  il y a une chaîne publique, avec des salariés et des « clients », des annonceurs et leurs intérêts, des téléspectateurs qui filent ailleurs, vers cet ailleurs dont souvent on ne revient que difficilement. Et ça, on ne pourra pas longtemps l’ignorer.

Un « plantage » ? Cela est arrivé à chacun d’entre nous dans sa vie professionnelle. Il peut être bénéfique lorsque l’on sait le gérer.

Mais si à un tel niveau, on laisse les sentiments prendre le pas  sur la réalité, on peut être assuré que les faits, qui finissent toujours par l’emporter, s’imposeront alors de la façon la plus cruelle qui soit.

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18 septembre 2013 3 18 /09 /septembre /2013 07:56

Billet publié dans l'Express.fr du 18 septembre 2013  

Je ne me suis pas ennuyé. Il est assez rare de trouver, sur une grande chaîne de télévision une émission aussi « nulle », cet adjectif devant être pris non dans ce qu’il a de péjoratif mais dans son sens premier. C’est étonnement plat, singulièrement sans intérêt et très vite on devient curieux de voir jusqu’où peut-aller cette insignifiance.

Il n’est toutefois pas question pour moi de faire « porter le chapeau » à l’animatrice. Sophia Aram n’est qu’en partie responsable de ce qui s’annonce être un échec. Mettez à sa place, Laurent Ruquier, Ardisson, Michel Drucker ou n’importe quelle autre star de l’animation, cela ne changera rien ou pas grand-chose.

Ce qui est en cause c’est la conception même de l’émission. Ou plus exactement son absence de tout concept. C’est un peu « à la va comme je te pousse ». On ne perçoit pas la moindre idée directrice. De même, les échanges verbaux qui ont lieu sur le plateau entre l’animatrice et ses invités ou chroniqueurs, qui devraient être le ciment de l’émission, donnent trop souvent l’impression d’être plus des apartés que des propos destinés aux téléspectateurs.

On ne voit pas en quoi consiste cette émission, ou à tout le moins qu’elle est sa dominante. S’il s’agit d’une émission qui se veut humoristique, d’information, critique, moralisatrice, de variété, ou n’importe quoi d’autre, on n’en sait rien. On ne sait pas ce que l’on a cherché à faire. C’est un mélange informe. Il y a à boire et à manger, sans que se dégage une ambiance particulière, et on n’y trouve pas la moindre originalité.

Même si elle n’est pas la principale responsable de ce qui risque d’être un fiasco, la faiblesse de la présentatrice n’arrange pas les choses. Ainsi, suite à la tuerie qui vient de se produire dans un camp de marines, Sophia Aram nous parle du sujet milles fois évoqué de la vente d’armes aux Etats Unis, et conseille aux américains « de changer leur fusil d’épaule » et à Elie Semoun de sortir ses « armes de distraction massives »...

Et d’ailleurs, la présence d’Elie Semoun à ses côtés ne change rien. On le sent lui aussi emprunté, mal à l’aise. En référence aux critiques de la veille, il lance à la caméra, son Iphone à la main,  « dites quelque chose de gentil sur twitter ». Il attendra en vain.

De surcroit encore, la qualité des jeunes artistes, qui se succèdent au cours de l’émission, comme leurs prestations, est assez moyenne. Ce n’est certainement pas ce qui va relever l’émission.

Un chroniqueur  nous parle des retraites. Il reprend le sujet archi éculé relatif à la retraite des parlementaires qu’il trouve abusivement élevée.

Puis on passe au livre d’Elie Semoun, ce  qui semble laisser le public indifférent. L’écrivain en herbe lance alors goguenard « peut-être qu’ils ne savent pas lire ».

Pour illustrer une étude trouvée on ne sait où, selon laquelle les supporters d’une équipe de football qui perd, grossissent, un chroniqueur raconte une histoire d’un gardien de but trompé par sa femme, avec le gardien remplaçant, à moins que ce ne soit le contraire, liaison qui a donné naissance à un bébé... On n’y comprend vraiment rien. Sophia Aram qui s’en rend compte lui lance : « et vous êtes content de vous ? ». Il lui répond par l’affirmative et s’en va.

Sophia Aram va alors « faire les poches » d’Elie Semoun, « pour mieux le connaître ». Elle exhibe un stylo, « pour pouvoir écrire ses billets » nous dit-il, puis un sécateur car Elie Semoun aime jardiner. Il aime les fleurs et il a des ruches. Sophia Aram saute sur l’occasion, elle lui demande de citer des fleurs qu’il aime. « Les camélias et les hortensias », répond sans hésiter notre humoriste. Pour le miel il ne lui en donnera pas ! « Juste un petit pot pour avoir l’étiquette avec écrit miel d’Elie Semoun » supplie-t-elle…        

Toutes sortes de sketches, de chroniques, d’informations  sans grand intérêt continuent de défiler ainsi pendant une heure et je me demande comment un public pourrait se fidéliser sur une telle émission.

Je pense que Sophia Aram, qui est très courageuse, devrait demander d’elle-même la déprogrammation de l’émission. C’est certainement pour elle la seule façon de se tirer de ce guêpier.

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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 07:31

Billet publié dans l'Express.fr du 16 septembre 2013

N’importe quel conseiller en communication aurait considéré pure folie, pour quiconque  aurait  des ambitions présidentielles, de se faire photographier devant son château en période de crise économique, avec toute sa famille, poussant le détail pour « couronner le tout » jusqu’à exhiber une magnifique théière en argent. François Fillon candidat « déclaré » à la présidence de la République, a pourtant fait le choix de poser ainsi devant son manoir de Beaucé dans la Sarthe et de faire publier les photos le mois dernier dans l’hebdomadaire Paris Match.

Quelques semaines plus tard, chose encore plus incroyable, il a donné un certificat de républicanisme au parti fondé par  Jean-Marie Le Pen, jusqu’alors tenu à l’écart de toutes les formations politiques françaises. 

Comment un homme politique de la trempe de François Fillon en est-il arrivé là ?

Son analyse semble avoir été la suivante. Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé ont appris à surfer avec beaucoup d’habileté sur un électorat de plus en plus proche du Front National, en utilisant l’un comme l’autre, à chaque fois que le besoin s’en est fait sentir la dialectique de cette droite dure, tout en jurant dans le même temps, la main sur le cœur, qu’ils n’appelleront jamais à voter pour l’extrême droite.

François Fillon le gaulliste de gauche, le séguiniste, dont on peut penser qu’il n’utilisera jamais ce type de discours, a certainement pensé qu’il se devait cependant de reprendre la main sur cet électorat dont il n’ignore pas que c’est lui qui demain fera l’élection aux primaires de l’UMP.

Il ne pouvait donc pas, dans les circonstances actuelles, faire l’impasse à la fois sur les idées du Front National et sur les électeurs de droite tentés par certaines de ses propositions. D’où la stratégie « du candidat le moins sectaire » à l’occasion d’un second tour PS-FN, qui ne concerne que l’acte de voter. Toutes choses demeurant égales, un peu comme les radicaux de gauche votaient communiste à l’époque où ce parti était proche de l’Union Soviétique, sans aucunement adhérer au communisme.

Le premier sondage réalisé pour la chaîne i-télé semble lui donner raison au moins sur le premier point, celle de la reprise en main à son profit de l’électorat de droite. Selon l’institut BVA 70% des électeurs UMP approuvent sa déclaration très controversée. De plus, 76% des sympathisants de droite estiment que le Front National doit-être présenté comme un parti comme les autres.

Nous sommes bien désormais de la part de François Fillon, dans  une stratégie de conquête du pouvoir. Les photos de Paris-Match  vont dans le même sens. Elles s’adressent à ceux dont on peut penser qu’ils constituent majoritairement, des électeurs aux primaires de l’UMP. L’assise immobilière des châteaux et des manoirs marque une implantation dans la France profonde et avec la fortune, la famille et  la terre, ce  sont autant de signes qu’il a voulu adresser à une droite conservatrice.

François Fillon ne veut pas commettre la même erreur que lors des élections à la présidence de l’UMP où on lui avait reproché d’avoir fait une campagne de second tour des élections à la présidence de la République. Ne pas brûler les étapes. Réunir tout son camp jusqu’aux extrêmes. Il sera temps de recentrer sa campagne, voir même de la gauchiser s’il y a lieu, quand le temps sera venu.

Toutefois, avec sa stratégie du « moins sectaire », François Fillon joue gros. Il a déclenché un véritable séisme politique. Outre son crédit personnel qui est en cause, il prend le risque d’une explosion de l’UMP, et d’une division de la droite. Il est peut-être aujourd’hui à un tournant de sa carrière politique.

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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 13:01

  

« J’ai du charisme, de l’aura, du poids, ­ au gouvernement je leur ferais de l’ombre… » C’est la petite phrase -parmi bien d’autres- qui a peut-être fait que depuis quelques jours, la présidente de la Région Poitou-Charentes est sur toutes les chaines de télévision avec hier matin Jean-Jacques Bourdin, le soir Yann Barthes, ce matin Christophe Barbier...

Ségolène Royal ne conteste pas avoir rencontré la journaliste du Point, qui a écrit l’article litigieux, mais elle a « démenti catégoriquement » sur twitter « les propos qui lui sont prêtés ».

Au-delà de cette affaire particulière sur laquelle il est difficile de se prononcer, lorsque ce type de conflit surgit entre la presse et les politiques on peut immédiatement éliminer  l’hypothèse du montage. Une telle malversation est inimaginable et équivaudrait pour son auteur à un suicide professionnel.  Au mieux pourrait-être mis en cause la mauvaise interprétation d’une phrase et dans ce cas, un simple réajustement suffit généralement à remettre les choses à leur place. 

Le plus souvent, on en arrive à une telle situation, lorsque l’interview est réalisée  sous forme d’une discussion à bâtons rompus, sans support écrit ou électronique pour en garantir l’authenticité. L’interviewé aura une totale liberté d’expression, il pourra faire passer un message ou une critique qu’il ne pourrait pas délivrer personnellement. L’intervieweur ayant pour sa part le champ libre, pour écrire ce qui lui paraîtra le plus intéressant au plan journalistique.  

C’est là tout le problème du « off » qu’il soit explicite ou implicite. Il y aura une sorte de pacte non écrit selon lequel le politique ira au-delà de ce qu’il lui est possible de dire, le journaliste acceptant tacitement de ne pas lui préjudicier, soit en ne publiant pas, soit en publiant mais en le préservant. 

Il faut pour que cela fonctionne, que l’interviewé  soit convaincu d’avoir la confiance du journaliste, et souvent il spéculera sur le fait que ce sera de son intérêt que de conserver des liens privilégiés avec lui. 

Il prendra cependant un risque. Ce type d’arrangement presse/politiques, sera considéré par nombre de journalistes, comme fondé non sur la confiance, mais sur  la connivence. N’ayant rien promis, ils refuseront alors d’entrer dans ce jeu et reproduiront fidèlement ce qui a été dit,  privilégiant le devoir d’information. Il ne restera alors plus à l’interviewé qu’à démentir.

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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 16:55

On dit  que le formica qui avait envahi les décharges dans les années 70 reviendrait à la mode. Je n’en suis pas surpris. S’il est vrai que ces meubles étaient d’un gout discutable, peu propices au rêve, ils étaient pratiques, faciles d’entretien, peu onéreux, ils facilitaient la vie de chacun, en donnant à tous, même aux plus humbles, un certain confort. Ce mobilier dépourvu de toute noblesse, était de plus assumé en tant que tel par ses concepteurs, qui l’ont appelé en toute simplicité par le nom du matériau qui le composait.

Après la parenthèse de l’après mai 68 qui a paradoxalement connu un retour vers des valeurs plus traditionnelles, la fin du 20e siècle est revenue au fonctionnel, ce qui a conduit à préférer le neuf à l’ancien,  la simplicité du plastique à la noblesse du bois, avec des prix à la portée de tous. La conséquence en a été que ce sont aujourd’hui les meubles anciens que l’on trouve sur les trottoirs le jour des « encombrants », le coût d’une remise en état dépassant très largement le prix du neuf...

Le phénomène est identique dans l’immobilier. La petite maison de caractère ne se vend plus, ne parlons pas de la grande. Trop d’escaliers, trop difficile à chauffer, trop d’entretien, située la plupart du temps dans des villages désertés par ses habitants, loin de tout, où l’on s’ennuie à mourir et où l’on passe son temps à rallier sans cesse la ville la plus proche pour se ravitailler. Aujourd’hui on lui préfère le petit pavillon de banlieue ou le F3 dans un immeuble moderne,  près de l’hyper, des écoles de la crèche de la pharmacie et du reste.

Le « vrai pas cher » s’impose de plus en plus et est même revendiqué. L’acier et le cristal remplacent avantageusement l’or et le diamant et l’on fait du très beau avec des matériaux peu onéreux, le bijoutier Swarovski en est le meilleur exemple.

Ne parlons pas des vêtements dont la durée de vie ne se compte plus en temps mais en nombre de fois portés, peu importe leur qualité, pourvu qu’ils soient tendance et la tendance est qu’ils aient une marque (on en compte par centaines) qu’ils soient pratiques et faciles à porter.

Quant à l’électro-ménager ou à la high-tech, leur obsolescence est de plus en plus rapide et bien évidemment pas question de parler réparation. Et on pourrait continuer longtemps avec les fast-food devant lesquels on fait la queue chaque midi, les voitures low-cost qui ont gommé le superflu et que l’on n’hésite plus à exhiber devant son pavillon, l’important, ainsi que l’assure la publicité à la télévision,  n’est-il pas qu’elle puisse transporter le matin tous les enfants en partance pour l’école en un seul trajet ?

Quant aux œuvres d’art, elles ne sont plus que des refuges pour investisseurs qui les enferment dans des coffres comme des lingots d’or qu’on n’aurait pas l’idée d’accrocher à un mur ou de mettre dans une vitrine de son salon.

L’esprit comme le rêve  ont disparu d’un monde où domine comme une évidence la satisfaction immédiate des besoins, qu’ils soient réels ou imaginaires, d’un monde dans lequel de plus en plus nombreux sont ceux qui empruntent d’hasardeux raccourcis, pour parvenir à cet idéal de vie,  au sein d’une société de plus en plus culpabilisée et qui ne sait plus comment faire.

Le formica c’est formidable, disait une publicité des années 60.

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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 09:30

Billet publié dans l'Express.fr du 3 septembre 2013

Son image s’est trouvée profondément écornée tant par sa campagne à la présidence de l’UMP que par sa calamiteuse élection qui a suivie. Dépourvu de toute marge de manœuvre, noyé au milieu d’une kyrielle de vice-présidents et de délégués de toutes sortes, dont beaucoup lui ont été imposés, Jean-François Copé, plus diminué que jamais, n’a rien trouvé de mieux, après le mini séisme politique qui a suivi l’affaire Cahuzac, que de s’en aller à Brazzaville pour donner,  contre rémunération, une conférence sur un forum économique …

Président le plus contesté parmi tous ceux que le parti gaulliste a connu, il est sûr que l’été 2013 aura été l’un des moments les plus difficiles de sa carrière politique. Il se devait donc de tout faire pour reconquérir la confiance des siens. Malheureusement pour lui, les deux initiatives fortes qu’il a prises en ce début de rentrée –inventaire du quinquennat et Syrie- se sont avérées contre productives.

La guerre en Syrie a pu donner au président de l’UMP, l’espoir de prendre la tête d’un consensus, qui a semblé au départ se dégager, tant au sein de la majorité que de l’opposition.

Cependant les leaders de l’UMP, dont François Fillon, sont apparus réticents au projet d’intervention. Les sondages et la décision du président Obama d’en appeler au Congrès, après le retrait des anglais, a ensuite changé la donne politique. Faisant « machine arrière-toute », le président de l’UMP a alors posé des conditions. Il a déclaré ce samedi qu’il convenait d’attendre le rapport de la mission d’inspection de l’ONU (plusieurs semaines) et il a ensuite demandé que François Hollande consulte  préalablement les présidents des partis, ce que ce dernier ne semble pas à l’heure actuelle disposé à faire.

Déjà, ses vacances en Corse l’avaient convaincu qu’il fallait donner satisfaction à ceux qui réclament un inventaire du quinquennat de Nicolas Sarkozy. En particulier des partisans de François Fillon, cherchant par ce moyen à stigmatiser l’ancien président, oubliant au passage, que leur leader en avait été le Premier ministre.

Un détail qui ne lui a certainement pas échappé, il  aurait ainsi fait d’une pierre deux coups, lui-même n’ayant  participé à aucun des gouvernements de l’ère Sarkozy-Fillon.

Mais ne disposant pas du rapport de force suffisant pour agir sans l’aval de Nicolas Sarkozy et de François Fillon qui n’en veulent à aucun prix,  il y a de fortes chances pour que la  bombe à fragmentation, concoctée sur l’île de beauté par le président de l’UMP, ne devienne très vite  un pétard mouillé.

Mal élu, Jean-François Copé ne dispose pas de l’autorité nécessaire qui lui permettrait de prendre, selon les évènements, les positions qu’il estimerait conforme  à l’intérêt de son parti. Il en résulte que L’UMP parle de plusieurs voix, donnant l’impression d’un mouvement sans cap, dérivant au gré des courants.

Les mains liées, Jean-François Copé apparaît de plus en plus isolé. Ses alliés les plus proches prennent leur distance. Luc Châtel explique que sa fidélité envers Jean-François Copé n’est pas exclusive de sa loyauté envers François Fillon. Christian Jacob n’a pas attendu son avis (qui sera opposé au sien) pour prendre position en faveur d’un vote de confiance pour décider de la guerre en Syrie. 

Jean-François Copé voit de plus en plus son rôle se réduire à l’administration provisoire de l’UMP, dans l’attente des prochaines élections au sein du mouvement.

Au train où vont les choses, on peut se demander si sa présidence, ainsi exercée,  ne va pas être le tombeau de ses illusions présidentielles.    

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27 août 2013 2 27 /08 /août /2013 05:49

 

Billet publié dans l'Express.fr du 27 août 2013

On s’attendait à quelque chose d’un peu original, d’un peu surprenant, pourquoi pas même, quelque chose d’un peu déjanté, un brin de génie, un brin de folie, au moins pour commencer… On a eu un Antoine de Caunes costume sombre bien coupé, chemise blanche- cravate noire, nous expliquer, sans que l’on en comprenne bien le sens, qu’il avait officié pour la dernière fois à une époque où n’existait ni téléphone portable, ni internet, ni tweet, à une époque que même les téléspectateurs les plus âgés ont du mal à imaginer. Peut-être inconsciemment a-t-il cherché à se justifier de quelque chose qu’il ne sentait pas.

Au lieu de l’imprévu, au lieu de nous étonner, on a vu un homme à la barbe blanche totalement crispé sur son prompteur, manifestement pas à son aise,  avec juste un peu de cette gouaille un peu forcée qui le caractérise, allant jusqu’à nous infliger un trait d’humour tellement peu spontané qu’il en était pathétique : « hier je faisais de la publicité, mais c’était hier, aujourd’hui je l’annonce… »

Ensuite, pour ne rien arranger, Jean-Michel Aphatie  dont le talent n’est pas en cause, est apparu hors du temps. Sans vouloir être irrespectueux envers lui, il ne correspondait pas du tout au casting attendu. Là où l’on aurait tant désiré un (e) jeune journaliste mort(e) de faim, prête à avaler l’invité tout cru et tout le plateau s’il en était besoin, on nous a resservi de l’Aphatie encore tout réchauffé de la veille et de l’avant-veille et même de l’avant avant-veille, avec les mêmes certitudes, les mêmes indignations, les mêmes emportements, et surtout les mêmes questions, usées jusqu’à la corde, déjà mille fois posées à Manuel Vals pendant tout un weekend, qui ne pouvait l’amener qu’aux mêmes réponses, sans intérêt.

La Rochelle aurait dû être à des années-lumière dans une émission que l’on aurait imaginée d’avant-garde, plus tournée vers l’avenir que vers un passé déjà trop usé.

Une nouvelle recrue enfin. Jeannette Bougrab, une ancienne ministre de Nicolas Sarkozy, bien élevée, sérieuse, modérée dans l’expression, pas provocatrice pour un sou, dont on n’a pas bien compris le rôle, se perdant entre celui d’animatrice et de journaliste pour donner au bout du compte l’impression de chercher à entamer un débat avec l’invité vedette du jour.

Enfin l’incontournable  jeune femme qui présente la météo au Grand Journal, se voulant pleine d’humour de charme et se sensualité comme toutes celles qui l’ont précédé, a invité Manuel Vals « à sortir son manuel », à propos de je ne sais plus trop quoi.

Ayant à cet instant même estimé avoir atteint, le summum de ce qu’il m’est possible de supporter en termes de banalité et d’ennui, j’ai zappé.          

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20 août 2013 2 20 /08 /août /2013 12:43

Billet publié dans l'Express.fr le 22août 2013

A côté des nombreux organes de presse qui se sont développés sur le Web, la plupart des grands hebdomadaires et des quotidiens doublent leurs éditions papier par des journaux en ligne, auxquels on accède gratuitement ou/et contre paiement de droits d’entrée.

Les articles, billets et éditoriaux sont le plus souvent ouverts aux commentaires, c’est une sorte de courrier des lecteurs. Mais certains journaux vont beaucoup plus loin, ils invitent les internautes à participer à l’élaboration du journal, en publiant en Une leurs « contributions ».

Dans l’Express en ligne, les contributions « retenues » sont mises en page d’accueil, tout comme les articles, informations et autres billets rédigés par les journalistes. On les distingue de ces derniers par la mention « Express Yourself ». Leur  présence en Une est de quelques heures. Les contributions se répartissent ensuite selon leur objet, dans les différentes rubriques du journal, où on pourra les retrouver.

Dans le Nouvel Observateur en ligne, ceux  qui souhaitent exprimer leurs idées peuvent le faire  sur un site distinct, dénommé « Le Plus », sur lequel « s’empilent » les seules contributions des internautes. Leur durée de vie dépend souvent de la rédaction qui va en maintenir certaines plus longtemps que d’autres et parfois même réintroduire des contributions qui avaient disparues de la Une.  

Comment devenir contributeur ? Le contributeur doit préalablement ouvrir un compte sur le site qui a sa préférence et qui bien sûr offre à ses internautes cette possibilité. Tous les thèmes peuvent être abordés. Ils sont en général choisis dans l’actualité des faits divers ou de la politique, dans celle relative aux problèmes de société, de la culture ou de la mode.   

Tribunes, articles, billets humoristiques, parodies, conseils de beauté ou de coiffure sont les bienvenus. En la forme la contribution   ne doit pas être  trop longue, une trentaine de lignes est la bonne mesure. Elle devra bien évidemment être rédigée dans un français correct, avec de préférence des phrases simples et courtes qui facilitent la compréhension. Sur le fond, elle devra présenter un intérêt en proposant par exemple, une analyse personnelle qui sort des sentiers battus et rebattus, en faisant part d’un évènement dont on a été appelé à être le témoin, ou encore en abordant un sujet sous un angle particulier.  

Mais il ne faut pas rechercher à tout prix la trop grande originalité. Ne pas se montrer excessif dans ses appréciations, ne pas choquer, ne pas se laisser emporter par la passion, ni être en trop forte opposition avec la ligne rédactionnelle de l’organe de presse, me semble également être de sages conseils hérités de mon expérience.  

Dernier écueil à éviter, le contributeur ne doit pas apparaître en concurrence avec les journalistes du site, il ne doit pas chercher à les imiter ou à s’opposer à eux. Il doit apporter par sa personnalité un charme propre.

Après avoir été lue et relue, la contribution sera insérée sur le compte ouvert à cet effet et l’attente commence. On sera fixé dans les 24 heures. Il est rare, même si cela peut arriver, qu’une contribution soit publiée en Une au-delà de ce délai.

Le contributeur est informé de ce que son article est retenu par une mention sur son compte.   

Le contributeur pourra parfois observer que son texte a subi quelques modifications. La rédaction est maitresse du titre et des intertitres, comme c’est d’ailleurs le cas pour presque tous les articles de presse. Un journaliste vérifiera l’article, il pourra le cas échéant procéder à des corrections, sans bien sûr en altérer le sens général. Sur certains sites comme Le Plus, son nom sera mentionné à côté de celui du contributeur, « édité par…» ou  « vérifié par…»,  

Et puis ce sera la seconde attente, celle des commentaires.

C’est la sanction ultime, c’est en quelque sorte la notation de la contribution. L’absence de toute réaction peut être considérée comme la situation la moins favorable en ce qu’elle peut faire penser à de l’indifférence. Mais on pourra aussi se dire qu’elle est tout simplement due à la pertinence de l’article qui n’appelle à aucun commentaire. Les commentaires peuvent être favorables, souvent critiques, parfois on n‘en comprendra pas bien le sens. Même lorsqu’ils seront ressentis comme particulièrement injustes, il n’y aura pas lieu de s’en inquiéter, c’est le jeu.

Le contributeur peut alors avoir tendance à vouloir répondre par un autre commentaire. Il pourra le faire, s’il estime que son article court le risque d’être dénaturé par une interprétation erronée. Mais à mon sens cela doit demeurer l’exception. La contribution, une fois  livrée aux lecteurs doit être laissée à leur libre critique, sans que le contributeur ne s’en mêle.

Une dernière observation, il faut accepter que sa contribution ne soit pas mise en Une, même lorsque l’on est persuadé qu’elle est d’un exceptionnel intérêt. Toutes sortes de contingences, propres au journal peuvent justifier une non publication : offre abondante, sujet trop traité ou inopportun …

La participation à une œuvre commune, celle des idées, par l’écriture, est une activité exaltante qui requiert toutefois modération et humilité. Sous cette réserve, c’est à la portée de tous, Alors, un dernier conseil, à vos claviers !

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5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 18:02

 

J’apprends par le Journal du Dimanche que Jean-Jacques Goldman a été préféré à Yannick Noah dans le cœur des français. Je pensais pourtant qu’il allait retrouver la place, qu’Omar Sy lui avait emprunté en décembre dernier,  « Intouchables » oblige. Il semble donc que c’en soit fini et bien fini du règne de la star de la petite balle jaune.

Mais tout de même,  Yanick Noah personnalité préférée des français neuf années durant, cela mérite que l’on s’y arrête un instant non ? Que s’est-il passé ?

Je n’imagine pas une seconde que ce soit parce qu’il a gagné Roland Garros, il y a maintenant juste 30 ans. De nombreux autres sportifs français ont fait bien mieux, convenez en.

Je ne pense pas non plus que ce soit à raison de la carrière de chanteur qu’il a ensuite embrassé, tout le monde sera également d’accord avec moi sur ce point.

Ni même ses victoires comme entraîneur de l’équipe de France en coupe Davis. Les français ne sont tout de même pas aussi accrocs que cela au tennis.

En tant que citoyen, rien de spécial à signaler sur Yannick Noah, sauf peut-être un bruit insistant selon lequel, lorsque sa carrière de tennisman le conduisit au faîte de sa gloire et bien sûr de la fortune, le fisc français fut un peu oublié. Mais reconnaissez que si c’était le cas, ce n’est pas avec cela, que l’on devient la personnalité préférée des français. On dit aussi que dans la vie il est sympa, ce qui est assez commun, Au plan médiatique, ses interventions télévisées sont assez rares. On ne le voit jamais dans des émissions style « On n’est pas couché » ou « Salut les terriens », ce qui n’est pas la meilleure façon de soigner sa popularité, tous les hommes politiques vous le diront. Et à propos de politique justement, ses prises de positions plutôt engagées, auraient dû le couper de bon nombre de ses concitoyens en désaccord avec lui, de même que ses déclarations à l’emporte-pièce, comme celle faite sur les sportifs espagnols qui seraient obligés de se doper pour gagner, ne suscitent pas vraiment la sympathie. Donc du bon et même du très bon, mais aussi du moins bon, et au total, on ne voit toujours pas  ce qui a pu justifier une pareille cote d’amour auprès des français.  

Dans le même ordre d’idée, Nicolas Sarkozy, son ennemi intime, triomphalement élu à la présidence en 2007, après avoir connu les profondeurs du classement, remonte à la 20e place. Plus que 10 petites places les séparent, alors qu’entre-temps il a perdu l’élection présidentielle, qu’il a fait l’objet lui ou ses proches de mises en examen, que le Conseil Constitutionnel, duquel il s’est senti obligé de démissionner, a invalidé ses comptes de campagne et que son parti divisé est  en quasi faillite…

Quant à Jean-Jacques Goldman, numéro 1 d la cuvée 2013, chanteur compositeur au talent incontestable et star dans les années 80, il n’a plus sorti aucun album depuis 2001 !

Alors, quoi ? Il semble, à y regarder de plus près  que les français, en choisissant leur personnalité préférée,  consacrent en réalité des symboles. Symboles de la jeunesse, de la diversité, du sport, de la solidarité, de la politique, du cinéma, de la chanson… plus qu’ils ne cherchent à consacrer un  champion au sommet de sa gloire, ou un talent présent. L’abbé Pierre fût pendant longtemps l’un de ces symboles, celui de la charité et de l’humilité de la solidarité, Noah, a pendant longtemps été représentatif tout à la fois du sport, de la jeunesse, du spectacle  et de la diversité. C’est cet ensemble assez exceptionnel pour un seul homme qui a peut-être été le secret de sa longévité.

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5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 10:46

http://www.businessnews.com.tn/images/Sources/09/HabibBourguiba.jpg 

Habib Bourguiba, 110 ans et toujours vivant

 

Cet article est inséré dans ce blog, avec l’aimable  autorisation du journal en ligne, Business News,  l’un des principaux journaux en ligne d’information de Tunisie, dans lequel il a été publié sous la plume de Nadya B’Chir.    

 

http://www.businessnews.com.tn/habib-bourguiba-110-ans-et-toujours-vivant,519,39912,3

 

02/08/2013 20:08

« Devant les trahisons et les têtes courbées, je croiserai les bras, indigné, mais serein. Sombre fidélité pour les choses tombées, sois ma force et ma joie et mon pilier d'airain! » Victor Hugo, Ultima verba. Ces vers, combien bavards en ces temps revêches, sont extraits d’un poème des préférés du Zaïm Habib Bourguiba. C’est qu’il en a connu des trahisons, des têtes courbées et des choses tombées.

Le 3 août 2013 marque le 110ème anniversaire de Bourguiba. Un événement qui ne sera, toutefois, pas célébré cette année à Monastir, comme à l’accoutumé, au regard des récentes tragédies touchant le pays. Nous ne passerons, cependant pas outre rendre un hommage au père de la Nation, bâtisseur de la Tunisie moderne et combattant suprême. Flashback sur le parcours du premier président de la République.

Fils d’un officier de l’armée beylicale et le plus jeune d’une fratrie de huit sœurs et frères, Habib Bourguiba a vu le jour à Monastir un certain 3 août 1903. Très vite, il a quitté sa ville natale pour arpenter les rues de la capitale Tunis à l’âge de 5 ans où il a fait les bancs de l’école primaire et secondaire. Le baccalauréat en poche, Bourguiba décide de gagner la ville des lumières Paris, car pénétré d’une hardiesse à combattre le protectorat français, il va étudier le droit.

 
Habib Bourguiba, nanti d’une intelligence singulière, a compris que son arme ultime dans la guerre contre la colonisation française serait incontestablement son diplôme d’avocat qu’il a eu, d’ailleurs, en 1927, après quoi il regagne le sol tunisien. Sans perdre une once de temps, Bourguiba se joint aux fils du parti destourien en tenant une collaboration au journal l’Etendard tunisien et en 1932, il fonde son propre journal : l’Action tunisienne.

Très vite, Bourguiba s’est imposé en tant que meneur d’hommes, de par son éloquence et son regard fort séduisant, et prend très vite conscience que la Tunisie ne pourrait être sauvée des griffes des colons français au travers de l’œuvre d’une caste politique « bourgeoise » et aux aguets de la masse populaire. Convaincu et déterminé plus que jamais, Bourguiba abdique le projet du vieux Destour de Thâalbi et s’engage dans la fondation du parti du Néo-Destour, conforté par une frange de jeunes. Incisif et percutant dans son action politique, Bourguiba se fait arrêter en compagnie de ses camarades de lutte par le résident général français, Marcel Peyrouton, qui les a qualifiés d’ « agitateurs ». Le Zaïm sera déporté au Sud tunisien et y sera détenu jusqu’en 1936.

 Aussitôt libéré, qu’à nouveau Bourguiba se fait arrêter puis relâché par les Allemands en 1942 sans pour autant qu’il n’avalise le ralliement aux puissances de l’Axe car selon lui l’Allemagne ne remportera pas la guerre et ne peut pas la gagner. Il écrit d’ailleurs, derrière les barreaux de sa prison, à son compagnon Habib Thameur : « l’ordre vous est donné à vous et aux militants d’entrer en relation avec les Français gaullistes en vue de conjuguer notre action clandestine. Notre soutien doit être inconditionnel, c’est une question de vie ou de mort pour la Tunisie. »

Néanmoins, les autorités coloniales ne tiennent pas compte du soutien apporté par le Néo-Destour à la résistance française suite à la défaite des puissances de l’Axe. Moncef Bey destitué, Bourguiba fuit la Tunisie clandestinement, désabusé par la France. Il côtoie les espaces nationalistes et intellectuels arabes au Caire où il s’est installé de 1945 à 1949, période au milieu de laquelle, il se rend aux Etats Unis d’Amérique, dans une tentative optimiste de défendre la cause de son pays colonisé. Bourguiba, exprime une profonde déception quant aux personnes qu’il a eu à rencontrer dans le monde arabe et s’aperçoit que, désormais, il ne peut s’appuyer que sur ses propres forces ainsi que sur les mouvements anti coloniaux en occident.

Au fil des ans et du parcours du Combattant suprême, de l’exil à son arrestation en 1952, pour des appels à la multiplication des actions de résistance, Bourguiba reprend le contrôle de l’appareil du Néo-Destour et prend conscience de la rudesse du chemin conduisant à l’indépendance de la Tunisie. Mais l’échec et les entraves de tout genre n’ont pas eu raison de sa persévérance qui a fini par avoir le dessus. Bourguiba obtient, en effet, du président du Conseil français, Pierre Mendès France, que Paris approuve l’émancipation du peuple tunisien. C’est alors que Habib Bourguiba retourne au bercail le 1er juin 1955, jubilant du triomphe réalisé par la signature des conventions tuniso-françaises, stipulant l’autonomie interne de la Tunisie. Une autonomie refusée par le camarade de lutte au devenant rival, Salah Ben Youssef, que Bourguiba finit par contraindre à l’exil car rejetant de même de partager le contrôle du Néo-Destour.

Le 20 mars 1956, l’indépendance de la Tunisie est proclamée. Une proclamation hâtée par une obstination et un acharnement hors pairs de Bourguiba ayant œuvré à faire montre du bien-fondé de sa politique des étapes, de surcroît après que Salah Ben Youssef ait joui du soutien de Jamel Abdel Nasser. Et c’est à partir de cette illustre date que Bourguiba s’est dépêché d’inaugurer une batterie de réformes législatives dont le plus illustre est le Code du Statut Personnel promulgué le 13 août 1956. Ce Code où, justement, certaines parties obscures tentent de mettre leurs empreintes anachroniques, frustrant les libertés individuelles, notamment le volet qui concerne l’émancipation de la femme tunisienne.

Le 25 juillet 1957, Habib Bourguiba devient le premier président de la République et s’est engagé dans un nouveau projet, un nouveau combat, celui de construire un Etat moderne. Il instaure la gratuité de l’enseignement car il y voit une arme redoutable pour lutter contre le sous-développement et y consacre pas moins du tiers du budget de l’Etat. Bourguiba entreprend, dans le même temps, une initiative d’encouragement des jeunes à s’intégrer dans l’action politique et assumer ainsi des responsabilités du même ordre. Mais Bourguiba n’a jamais promis la démocratie. Bourguiba estime que le pluralisme politique menace son projet de développement, alors il l’éradique.

Mais après la chute de Zine Al Abidine Ben Ali, les gouvernements, qui se sont succédé au trône, nous promettent une réussite incontestée de la transition démocratique. Les gouvernants, de toutes sensibilités politiques qu’ils soient, nous promettent la démocratie après 23 ans de pénible silence et piètre dictature. Les gouvernants, aguichés fortement par le pouvoir, nous promettent la démocratie alors que le pays s’écroule quasi-religieusement sous les coups de la révolution, qu’à cela ne tienne.

Le Zaïm Bourguiba l’avait compris depuis un demi-siècle. Le peuple tunisien ne sera pas prêt à faire usage de la démocratie tant qu’il n’aura pas quitté la zone du sous-développement, tant qu’il n’aura pas acquis une culture politique aux abysses les moins crapules possibles et tant que les hommes, par leurs différences politiques et idéologiques, ne s’entretueront pas au nom de la démocratie pour envahir les sièges confortables certes, mais  éjectables, chose que beaucoup semblent oublier. Ils crient leurs droits au pouvoir et leurs aptitudes à tenir les rênes et s’aiment à détruire les valeurs de la République fondées par Bourguiba ! Etonnante époque, où l’on se retrouve à défendre des valeurs instaurées depuis plus d’un demi-siècle.

Bourguiba a passé le restant de ses jours à Monastir, sa ville natale, prisonnier sous résidence surveillée. Il faisait peur à Ben Ali même à ce stade avancé de sa vie, même rongé par la maladie, même délaissé et oublié par les siens. Bourguiba a rendu l’âme le 6 avril 2000 et fût enterré au Mausolée de la famille Bourguiba.

 « Hélas! ai-je pensé, malgré ce grand nom d'Hommes, que j'ai honte de nous, débiles que nous sommes! » A.de Vigny (Le loup est mort). Encore des vers d’un des poèmes préférés de Bourguiba. Des vers combien bavards en ces temps revêches.

Nadya B’CHIR

 

 

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