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13 avril 2021 2 13 /04 /avril /2021 16:26

Quoi de plus douloureux pour les responsables politiques d’un Etat, que de voir ses enfants, quel que soit leur niveau d’études,  ne plus aspirer qu’à une chose, aller servir un pays étranger ou pire encore, servir le pays hier combattu dans une guerre de libération nationale.

C’est le cas pour l’Algérie qui en mars 2003, 40 ans après son indépendance, entendait sa jeunesse scander dans les rues d’Alger lors d’une visite d’Etat du président français, « Chirac président »  et « des visas des visas ».

Elle ne l’a pas écoutée. Aujourd’hui, le bilan est lourd pour un pays dont le sous-sol recèle des plus grandes richesses énergétiques. Echec économique et politique, avec comme conséquence un peuple divisé, entre ceux qui ont décidé de vivre au pays, souvent au prix d’un patriotisme sacrificiel exacerbé, feint ou réel, et d’un mépris teinté de convoitise envers ceux de plus en plus nombreux qui sont parvenus à rejoindre l’ancienne  puissance coloniale, devenue « terre promise ».

Ce sont ces algériens de l’extérieur qui s’occidentalisent, sinon dans leurs mœurs et traditions, au moins dans l’esprit et qui voudraient faire évoluer leur pays vers une démocratie à l’européenne. Ils constituent une puissance d’influence de plus en plus importante, qui dans leur très grande majorité sont favorables au mouvement de contestation au régime militaire  dénommé « Hirak ». Un mouvement  qui prend de plus en plus d’ampleur et qui constitue pour le pouvoir en place un véritable danger, bien supérieur à celui que représentent les islamistes avec lesquels les militaires qui détiennent la réalité du pouvoir, sont de plus en plus obligés de composer.

Pour les autorités algériennes, il était temps de prendre contre ceux qui sont des propagandistes, au moins objectifs, d’un contre-pouvoir algérien, des mesures de nature à réduire leur capacité d’ingérence dans les affaires d’un pays qui n’est plus complètement le leur. La plupart possèdent d’ailleurs aussi une autre nationalité, souvent acquise volontairement pour des questions qui relèvent essentiellement du confort administratif, les témoignages et proclamations d’allégeance jusqu’à l’excès adressés à la mère patrie dans les stades ou sur les réseaux sociaux n’y pouvant rien changer.  

C’est ainsi qu’un projet de loi visant à déchoir de la nationalité algérienne, les binationaux qui auraient commis à l’étranger « tout acte contraire aux intérêts de l’Etat ou qui portent atteinte à l’unité nationale», vient d’être débattu au parlement algérien. Une disposition suffisamment vague et générale pour y faire entrer ce que l’on veut et qui l’on veut. Une arme terriblement efficace  contre les algériens de l’extérieur, qui pourraient devenir des étrangers dans leur propre pays avec toutes les restrictions que cela suppose.

Certes, le projet vient d’être retiré à l’initiative du président de la République algérienne Abdelmadjid TEBBOUNE, plus en retrait par rapport aux militaires qui ont accepté d’en rester à un simple avertissement sans frais, à tout le moins pour le moment. Mais l’alerte a été chaude et va certainement donner à réfléchir à tous les algériens qui ont quitté leur pays pour aller vivre ailleurs, dans leur velléité de se mêler d’affaires qui ne les concernent plus vraiment.       

Toujours dans ce même ordre d’idée, le ministre algérien du travail et de la sécurité sociale Hachemi DJAABOUB a voulu rappeler devant le Sénat de son pays au cours d’une discussion sur les retraites(!) que « la France est l’ennemi traditionnel et éternel de l’Algérie ». Une attaque insensée qui n’a entrainé aucune observation de la part des autorités algériennes, au moment même où le Premier ministre français Jean CASTEX devait se rendre en Algérie pour d’importantes négociations. Un voyage qui vient d’être annulé par la France, qui n’a même pas protesté contre cet acte inutilement provocateur, à moins qu’elle ait considéré que cette arquebusade ne leur était pas totalement destinée.

En réalité, une déclaration qui vise moins la France que les algériens qui y vivent, les autorités algériennes leur rappelant qu’ils ont choisi d’aller vivre et prospérer chez « l’ennemi traditionnel et éternel » et qu’ils devaient par conséquent se contenter de se faire oublier.  

Un durcissement de l’état d’esprit des autorités algériennes envers les émigrés qui s’est encore manifesté avec leur refus de laisser entrer en Algérie, 27 de leurs ressortissants vivant au Royaume Uni, qui se trouvent en camping dans une salle de transit à Roissy depuis fin février. Motif sanitaire, passeport britannique, quelles qu’en soient les raisons, pour les autorités algériennes, ils ont choisi d’aller vivre ailleurs, ils en ont les conséquences, ils ne sont plus totalement chez eux en Algérie, ils n’ont plus de droit absolu, après en être partis, d’y entrer quand ça leur chante, qu’on se le dise.

D’ailleurs, l’Algérie vient de suspendre les vols de rapatriement de la compagnie « Air Algérie » jusqu’à nouvel ordre, de même que les autorisations d’entrer au pays à bord des vols de compagnies étrangères et ce à quelques jours du début du mois sacré du Ramadan. Même les autorisations qui étaient exceptionnellement accordées aux proches de personnes décédées, sont désormais suspendues par les autorités. Des décisions d’une brutalité inouïe que la seule crise sanitaire ne suffit pas à expliquer.

L’Algérie malmène durement ses émigrés. Ils sont la démonstration objective de son échec 60 ans après son indépendance et alors qu’elle possède des ressources énergétiques qui rend cette situation anormale. Elle ne peut leur pardonner cet outrage.

Elle malmène aussi ses relations avec la France, un artifice qui a longtemps fonctionné, une astuce éculée qui ne marche plus  que pour ceux qui veulent bien encore y croire et ils sont de moins en moins nombreux il est vrai.

Vivre dans la rancœur éternelle, ne pas savoir tourner les pages même les plus douloureuses est un signe de faiblesse et un aveu d’échec.

*L’Algérie évalue à six millions le nombre de leurs ressortissants en France, qu’ils aient ou non la double nationalité.

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