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30 juillet 2013 2 30 /07 /juillet /2013 15:13

L’Egypte et la Tunisie, ont un destin politique commun depuis plus d’un demi-siècle. Elles ont connu depuis leur indépendance des régimes autoritaires qui se sont perpétués jusqu’aux Révolutions de janvier 2011. En Egypte comme en Tunisie, les élections libres qui suivirent ont permis aux partis islamistes, d’accéder au pouvoir pour la première fois. En Egypte, la dégradation de la situation économique et l’insécurité croissante fera réagir les égyptiens qui sont descendus par millions  dans les rues. Depuis lors les militaires ont repris le pouvoir et le président Morsi, démocratiquement élu, a été mis en prison. En Tunisie, outre une situation économique qui se détériore, les assassinats de deux hommes politiques, des démocrates classés à gauche, et un foyer important d’extrémistes salafistes retranchés dans le djebel Chaâmbi à la frontière algéro-tunisienne, qui viennent de faire subir de lourdes pertes à l’armée tunisienne, (on parle d’au moins huit soldats tués) créent une situation qui fait redouter à certains et espérer à d’autres un scénario à l’Egyptienne. 

Mais comparaison n’est pas raison et les déclarations somme toute très modérées, faites par la veuve de Chokri Belaïd à l’issue des obsèques de Mohamed Brahmi, suppliant Rached Ghannouchi, le leader historique du parti Ennahda, de « ne pas mettre la Tunisie en danger,  de supprimer les milices privées et de laisser les gens exprimer leur opinion », me confortent dans l’idée qu’il convient d’être prudent sur une évolution comparable à celle de l’Egypte.

Pour l’heure, rien ne permet de dire avec certitude que ce deuxième attentat émane d’islamistes qui nourriraient de  noirs desseins et que ce serait le début d’un mouvement terroriste d’une plus grande ampleur, même si selon le ministre de l’intérieur tunisien, qui ne dit pas sur quoi il fonde son affirmation, l’auteur de cet attentat serait un salafiste extrémiste.

Mohamed Brahmi, député à l’Assemblée Nationale Constituante,  dirigeait un petit parti, dont l’importance, sur la vie politique tunisienne est, sinon insignifiante, pour le moins très modeste. En désaccord profond avec l’orientation devenue selon lui trop favorable aux islamistes, il venait de le quitter pour créer un de ces micro-partis qui prolifèrent en Tunisie depuis la Révolution de janvier 2011.

La ligne de Mohamed Brahmi était celle du  panarabisme,  il se revendiquait successeur de la pensée de Nasser, et de Salah Ben Youssef qui fut au lendemain de l’indépendance l’opposant le plus farouche à Bourguiba, peu favorable aux occidentaux et ne souhaitant pas que la Tunisie soit liée à la France par des liens trop étroits. Mohamed Brahmi pratiquait sa religion sans le moindre état d’âme et si son assassinat, par un groupe d’islamistes extrémistes, ne peut pas être totalement exclu, il paraît difficile à expliquer. Disons que contrairement à Chokri Belaïd, il n’était pas une cible logique, même si l’on sait que dans ce domaine, la logique n’a pas toujours une place privilégiée.

Reste le mode opératoire. Les deux responsables politiques tunisiens ont été abattus le matin alors qu’ils sortaient de leur domicile, en présence de leurs proches, et selon le ministre de l’intérieur, c’est une même arme qui aurait servi dans les deux cas. Les assassinats commandités, que ce soit dans le domaine politique ou dans celui du droit commun, en Tunisie ou ailleurs, sont très souvent commis là où les tueurs savent pouvoir trouver leur victime à une heure précise, et de préférence lorsqu’elle se trouve dans une situation particulièrement vulnérable. C’est le cas d’une personne qui sort de chez elle chaque matin à la même heure. De même qu’on ne peut rien déduire du fait que les deux hommes aient été abattus avec des balles de 9 mm, ce calibre étant courant pour ce genre d’exécution, seule l’expertise de l’arme elle-même, qui n’a pu encore être retrouvée, permettra de dire si c’est celle qui a été utilisée dans les deux affaires.

Il  convient de toute façon d’écarter de manière  quasi-certaine toute implication des islamistes du parti Ennahda, actuellement au pouvoir, contrairement à ce que scandait la foule qui accompagnait le cercueil au cimetière du Djellaz de Tunis, ce vendredi 26 juillet. Rien dans leur gouvernance, bien au contraire, ne permet de dire, qu’ils seraient susceptibles de se livrer à ce type d’action. De plus, ils n’auraient aucun intérêt, dans une situation économique précaire et avec l’insécurité que l’on connait, d’aggraver un peu plus les choses, en plongeant le pays dans un  chaos, qui signerait irrémédiablement leur échec.

Notons d’ailleurs que les tunisiens même les plus engagés contre Ennahda, ne s’y sont pas trompés, ils n’ont pas répondu massivement  à l’appel d’un avocat proche de la victime, invitant la foule, à la sortie du cimetière, à se rendre devant le siège de l’Assemblée Nationale Constituante au Bardo, pour exiger sa dissolution.

Alors, que peut-t-il maintenant advenir de la Tunisie, au regard de tout cela ?  Une évolution à l’égyptienne est-elle imaginable ? La plupart des observateurs, de quelque bord qu’ils soient, n’y croient pas. La situation est loin d’être aussi dégradée, et surtout, l’armée tunisienne a toujours montré qu’elle était une armée républicaine, parfaitement loyale.

Une telle évolution serait par ailleurs inacceptable en Tunisie, comme elle l’est actuellement en Egypte, la démocratie ne doit jamais se voir opposer les armes, quelles que soient les circonstances, les conséquences, nous l’avons vu en Algérie, étant toujours désastreuses.     

Ce qui est sûr en revanche, si l’on écarte l’idée d’un maintien au pouvoir d’Ennahda, autrement que par des élections régulières, c’est que le parti islamiste pourra difficilement espérer continuer de jouer un rôle majeur dans le pays s’il ne résout pas le problème de l’insécurité croissante qui lui est opposé par les partisans de l’ancien régime et qui est déterminant pour l’économie, en particulier  dans les domaines du tourisme et de l’investissement industriel. Les auteurs des deux assassinats doivent être arrêtés, confondus et jugés comme il convient pour de tels actes. A défaut, la crédibilité du pouvoir actuel au plan national et international serait gravement compromise. Au plan de la politique intérieure, la majorité actuelle qui avait été élue pour donner une Constitution au pays dans le délai d’un an est de plus en plus contestée. Elle ne peut plus temporiser. La Constitution doit être votée et ratifiée afin que la Tunisie puisse mettre en place des institutions politiques pérennes et stables. Le Premier ministre Ali Larayedh, à l’occasion d’une conférence de presse donnée ce lundi  29 juillet, a annoncé le vote du texte fondamental pour la fin août et des élections générales pour le 17 décembre. Restera alors la mise en œuvre de scrutins incontestables et ce ne sera pas la chose la moins importante. Les islamistes d’Ennahda ont une responsabilité historique dans l’évolution du processus démocratique du pays, pour que puisse s’éloigner le spectre d’un scénario à l’égyptienne.

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26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 10:55

Billet publié dans l'EXPRESS.fr le 26 juillet 2013

Mercredi 24 juillet, les députés UMP ont décidé de suspendre provisoirement leur participation à la commission Cahuzac. Ils souhaitaient entendre le Premier ministre, mais les députés socialistes s’y sont opposés estimant que cette audition ne présentait aucun intérêt.

Tout vient du comportement pour le moins singulier de Jérôme Cahuzac, qui a  déclaré lors de sa seconde audition, mardi 23 juillet « ne pas se souvenir » de faits pourtant précis et récents,  rapportés par Pierre Moscovici, ou « ne pas avoir les mêmes souvenirs » que lui. Le différend porte sur une réunion informelle qui aurait eu lieu le 13 janvier, après le conseil des ministres. Déjà, lors de sa première audition, le 26 juin, pour ne pas répondre à des questions qui lui étaient posées, il s’était retranché derrière l’information judiciaire en cours.  

Comment Jérôme Cahuzac peut-il prétendre ne pas se souvenir, de l’existence d’une telle réunion, à laquelle aurait participé le président de la République et le Premier ministre, alors que tout laisse penser, qu’elle a bien eu lieu ?

Quelle raison aurait-il, après ses aveux devant la justice, de se montrer retors devant la commission d’enquête pour expliquer ce qui s’est réellement passé? N’y a-t-il pas autre chose, qu’une simple stratégie de défense ?

Et si l’on remonte au moment où l’affaire est révélée à la presse, comment imaginer, qu’un homme de  l’intelligence de Jérôme Cahuzac a pu croire un instant, qu’il pourrait se sortir du mauvais pas dans lequel il se trouvait, par de simples dénégations. Il savait mieux que quiconque que l’enregistrement détenu par Mediapart était authentique et  que cet organe de presse n’a pas pour habitude de lâcher sa proie aussi facilement. Qu’est-ce qui a pu dès lors le pousser à avoir une position aussi absurde ?

Devant la représentation nationale, il a ensuite soutenu une contre vérité, avec une conviction tellement  profonde,  que l’adhésion quasi-générale à son propos lui sera acquise. L’émotion que l’on ressentait en l’écoutant ne pouvait émaner que d’un innocent injustement accusé. Plus tard, il sera qualifié de menteur. Mais comment a-t-il pu se rendre aussi convaincant, au point de tromper tout son monde ?

On peut encore s’étonner, chose assez incroyable,  qu’il ait caché la vérité à ses propres avocats, les  laissant travailler sur des données inexactes, ce que n’importe qui de sensé n’aurait jamais fait. Il a agi comme un patient qui donnerait à son médecin de fausses informations sur les symptômes de la maladie qu’il redoute ! 

Son comportement devant la commission d’enquête, lors de ses deux auditions,  est tout aussi significatif. Il parle de « souvenirs » comme on évoque des souvenirs de vacances dont il restera à chacun des vacanciers, une fois rentré à la maison,   ce que son cerveau en aura retenu. Il concèdera seulement,  « selon moi cette réunion n’a pas eu lieu », cette option ayant l’avantage de lui permettre d’échapper à une multitude d’autres questions qui auraient découlé d’une réponse positive.

Il ira même jusqu’à manifester une certaine arrogance vis-à-vis de certains membres de la commission qui se montraient trop pressants : « Ni l’ironie, ni la menace, ne me feront dire des choses dont je n’ai aucun souvenir ». Comportement que l’on pourrait comprendre chez quelqu’un qui se sait innocent, mais qui parait surprenant dans sa situation de « mis en cause ».

La retransmission de son audition nous a montré un homme éprouvé par la fatigue, le visage défait, qui assume son affaire avec difficulté, qui parle par périphrases, ne répond que rarement aux questions ou de façon peu claire, ou qui cherche le plus possible à les fuir de n’importe quelle façon, même sur ce qu’il ne conteste pas.

Jérôme Cahuzac a agi comme quelqu’un qui a refusé, dès qu’elle est apparue dans la presse  le 4 décembre, « une réalité trop angoissante », contre toute logique. Il a continué de la refuser contre toutes les  évidences et à l’occulter, même après que la vérité ait éclatée. Ne serions-nous pas alors dans ce que les psychiatres appellent « le déni de réalité », et qui selon eux peut parfois, dans des cas extrêmes, aller jusqu’à la psychose ? Aucune autre explication logique ne peut être donnée à un tel comportement, sauf si Jérôme Cahuzac n’était rien d’autre qu’un habile dissimulateur.  

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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 18:58

Défilé du 14 juillet : Xavier Cantat trop petit pour jouer dans la cour des grands.

Le caractère prémédité de l’action « chaise vide » conduite par Xavier Cantat le 14 juillet, ne fait aucun doute. A 10 heures 30 précises, en plein défilé, il a envoyé à la terre entière, par le biais d’internet, un message dans lequel il se félicitait de son action, la  revendiquait et la justifiait : « Fier que la chaise à mon nom reste vide au défilé de bottes des Champs Elysées. »

Dans les instants qui ont précédé,  il avait « préparé le terrain » avec une rafale de tweets (8h25, 8h 26,  8h39, 8h41, 9h30), dont la tonalité générale était l’hostilité à l’armée française.

L’opération menée de main de maître a eu, comme on pouvait s’y attendre, d’importants  effets médiatiques et politiques, Xavier Cantat étant, comme chacun sait le compagnon Cécile Duflot. L’affaire a été jusqu’à l’interpellation du Premier ministre. Celui-ci  s’est  montré  solidaire de sa ministre, il l’a  défendue avec une vigueur inattendue, mais il est vrai que cette dernière s’est toujours montrée, d’une parfaite loyauté vis-à-vis de la politique gouvernementale. Emue, elle a laissé, nous a-t-on dit, échapper une larme...

Mais pour en revenir à la star de ce 14 juillet, selon la formule bien connue, toute médaille a son revers. Xavier Cantat, dont l’invitation résultait de sa proximité avec un membre du gouvernement, ne pouvait ignorer que par le fait même, tout manquement à la politesse et à la bienséance commis à cette occasion, se retournerait contre celle à qui il devait ce privilège.

Ayant opté comme l’on sait pour le clash, la question qui vient alors  immédiatement à l’esprit est de savoir, s’il peut exister des raisons pertinentes, pour qu’un homme, qui a une communauté de vie avec une femme depuis plusieurs années, avec laquelle il a au quotidien de nécessaires relations de confiance et avec qui  il partage des valeurs communes, commette à son endroit une pareille trahison, l’humilie publiquement et même, d’une certaine manière  la ridiculise.

Xavier Cantat aurait voulu, selon ses tweets, faire valoir ses convictions antimilitaristes. En ce qui me concerne, j’ai le plus grand mal à  croire en cette thèse. L’utilisation d’un vocabulaire totalement anachronique et d’une incroyable indigence, (les tweets mis en ligne parlent de bottes, de revanchards et de boucherie) rend son argumentation très peu crédible.

Il pourrait y avoir une autre explication. Xavier Cantat, outre sa proximité ministérielle,  est aussi adjoint au maire de la ville de Villeneuve Saint Georges et est le  frère de Bertrand Cantat, leader du groupe Noir Désir, pour lequel il a  travaillé comme photographe et à qui il a consacré un livre à l’occasion de son affaire.

Peut-être alors n’a-t-il plus supporté d’être l’éternel second, l’éternel frère, l’éternel compagnon et qu’il a voulu être reconnu pour lui-même. Et il est vrai que désormais,  tout le monde connait Xavier Cantat, comme celui qui, invité au défilé du 14 juillet, a répondu par une chaise vide et des tweets.

Mais si c’est ce qu’il recherchait vraiment ou inconsciemment, c’est loupé ! Il doit son éphémère notoriété, non à son action, mais encore et toujours à sa compagne et à son frère. S’il avait été monsieur tout le monde, il n’aurait bien sûr pas été invité et ses tweets n’auraient intéressé personne.

Que l’on tourne le problème dans n’importe quel sens, une chose est sûre, Xavier Cantat, nous  a seulement démontré ce 14 juillet, par son acte d’une insigne incongruité,  qu’il  était vraiment trop petit pour pouvoir espérer jouer dans la cour des grands.

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20 juillet 2013 6 20 /07 /juillet /2013 15:44

Cet article dont le lien figure ci-après a comme auteur Karim Ben Slimane "spectateur rigolard de la vie poltique tunisienne". J"aime son style, il est tout l'humour tunisien, fait de légèreté sur des sujets sérieux, mais sans jamais blesser ou porter atteinte à quelque conviction que ce soit. Il nous plonge au coeur de la Tunisie que nous aimons avec des descriptions pittoresques, d'une qualité inégalé.        

 http://www.kapitalis.com/societe/17156-vices-et-caprices-ramadanesques-d-un-tunisien-de-base.html

 

 

Par Karim Ben Slimane*

 

Les plaisirs du Ramadan commencent la veille ou l'avant-veille de son commencement quand le mufti de la république fait son apparition à la télé.

Moment de suspense intense avec à la clef la sempiternelle question: le lendemain sera-t-il le premier jour du jeûne ou aurons-nous encore un sursis pour pouvoir vider quelques Celtia. Quand nous nous attablons chez Bouraoui au bar Awoussou, nous écoutons le mufti dans un silence religieux. L'annonce nous ne laisse jamais indifférents. Si le lendemain est jour de ramadan nous réglons et nous nous allons séance tenante. Si sursis il y a, les cris de joie font décoller la peinture écaillée des vieux murs du bar Awoussou et Bouraoui paye la tournée du patron.

 

Le mois de la paresse et du farniente

 

J'aime le ramadan par ce que c'est aussi le mois de la paresse. Je rentre plutôt du travail et je m'adonne insatiablement au plaisir de la sieste. Le bureau tourne au ralenti. Les teints sont blafards et les regards cadavériques. Il ne faut surtout rien demander à personne sinon c'est la crise de nerf. Le manque de sommeil, de nicotine, la soif et la faim transforment mes collègues en bombe à retardement qu'il ne faut surtout pas titiller.

 

Pour ma part, je retrouve mes bonnes habitudes ramadanesques. Vers 10 heures, je prends la direction du café de la gare que tient Sid Ahmed, un petit homme trapu, à la voix rauque et la face joufflue parée d'une large moustache poivre et sel aux extrémités effilées. Sid Ahmed aime tant le mois de ramadan, à vrai dire c'est le mois où il fait le plus gros de son chiffre d'affaire. Discrétion oblige, les vitres du café sont couvertes de papier journal et l'entrée est cachée par un vieux rideau à grosses rayures bleues et blanches. A peine la porte franchie qu'on se retrouve happé par épais nuage de fumée et plongé dans un brouhaha assourdissant. Pas de place pour s'assoir même pas une place au comptoir à peine de quoi tenir debout. J'arrache un sandwich des mains de Gambi, le serveur du café toujours désagréable et rosse, et je lui commande pour la 35e fois un capucin au Nestlé.

 

Rencontres au café de la gare

 

Pendant le mois de ramadan au café de la gare on fait souvent de drôles de rencontres. Des gens qu'on ne soupçonnerait jamais de fréquenter une telle latrine pendant le mois saint. Quand nos yeux se croisent, une phrase dont le ton hésitant trahit la sincérité revient toujours, «Tu sais, je suis diabétique, je ne peux pas jeûner, tu comprends»! Avis aux autorités sanitaires : ne faites jamais de sondage sur le diabète pendant le mois de Ramadan, il n'y a que des mythomanes.

Je ne traîne jamais trop longtemps au bureau car, en parfait bigot, je revendique les mêmes droits que tous les autres et plus fondamentalement celui de quitter le travail avant l'heure.

 

Vers le coup de midi, je suis déjà au cœur de la médina au milieu des vendeurs de malsouka, de pain «mbasses» et de persil. Ça crie de partout, ça pousse et ça se bagarre pour une broutille. La médina renait pendant le mois de ramadan et retrouve toutes ses couleurs. Sur la place de la Rahba, on peut acheter des dattes et des légumes confits, sous les voutes du Essbat du nougat, et plus loin vers l'esplanade de la grande mosquée, de la Zlébia.

Comme tous les Tunisiens, je me remplis les yeux avant de remplir ma panse et comme tous les Tunisiens, je rentre fièrement avec mon couffin plein à craquer.

 

Zleikha prépare à manger

 

Quand je rentre ma femme Zleikha est déjà là, elle aussi quitte le travail plutôt que d'habitude. Chaque jour, elle passe une heure au téléphone avec sa mère pour une consultation culinaire à la recherche d'idées car comme toutes les femmes tunisiennes ma douce Zleikha ne sait jamais ce qu'elle va pouvoir cuisiner et cela la stresse beaucoup. A peine je tourne la clef dans la porte que j'entends déjà tonner Zleikha qui piaffait déjà d'impatience pour commencer à préparer le festin de la rupture du jeune.

 

A chaque fois je me fais remonter les bretelles car j'ai oublié d'acheter quelque chose ou que Zleikha trouve que la qualité des feuilles de malsouka n'est pas bonne. Pourtant je jure par tous les saints que je les ai achetées chez la même vendeuse que d'habitude Oummouk Zineb qui tient son étal dans le vestibule des halles de Bab Jedid. Rien à faire, parlementer avec Zleikha pendant le mois du Ramadan est une entreprise fortement risquée.

 

..

De toute façon après ma dure journée de flânerie, l'envie de sieste devient irrépressible. Je me réveille cinq minutes avant la rupture du jeûne. Comme à l'accoutumée Zleikha se surpasse et régale mes papilles avec des mets succulents et variés. Repu je m'avachis dans mon canapé l'esprit vide et imperturbable. Je pense déjà à la partie de rami et au jus de fraises aux amandes. En y réfléchissant un peu la Tunisie doit détenir le record des boissons auxquelles on rajoute des amendes: thé, citronnade, jus tout y passe.

Chicha pomme ou raisin pour ce soir? Je n'ai pas encore choisi, chaque chose en son temps je finis le bol de «bouza» d'abord. J'aime tant le mois de ramadan.

 

*Spectateur Rigolard de la vie politique tunisienne..

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16 juillet 2013 2 16 /07 /juillet /2013 19:37

Billet publié dans l’EXPRESS.fr le 16 juillet 2013

Mercredi dernier sur i télé, pendant près de 20 minutes, Bernard Tapie a expliqué, comment  on lui a « piqué » ses biens. « Exécuté avant d’avoir été condamné ! »  a-t-il lancé hors de lui. Immédiatement après, il s’est rendu au 20 heures de TF1, pour raconter à nouveau sa mésaventure.

Quelques jours avant sur France 2, il avait jonglé pendant un bon quart d’heure avec les millions d’euros, jusqu’à donner le tournis aux pauvres téléspectateurs que nous sommes, il  avait tout expliqué sur « l’affaire » elle-même, sur l’affaire dans l’affaire, tout tenté pour justifier de ce que ces millions d’euros, on les lui devait bien, mais sans pouvoir véritablement convaincre, dans une affaire qui demeurait être le diable et son train.

C’est la méthode Tapie, prendre le bon peuple à témoin, lui expliquer qu’il est l’objet d’injustices, de complots, maintenant d’une loi inique, une loi qui permet de saisir les biens de n’importe quel honnête citoyen, sans même qu’il ait été condamné. Les vôtres monsieur El Kabbach, ceux du petit épicier du coin ou du boulanger  a-t-il tonné, indigné. N’étant plus en mesure de couvrir le plus petit incident de paiement, si demain la société La Provence avait la moindre difficulté de trésorerie, les salaires du personnel ne seront pas payés.

Mais Tapie, frappé au cœur même de son empire, ne peut se contenter d’une défense, en quelque sorte ordinaire. Même très appuyée, il sent bien qu’elle est insuffisante pour créer l’effet d’empathie recherché. Il lui faut aller beaucoup plus loin. Il se rappelle qu’en 1989, il avait acquis une aura indiscutable en terrassant le dragon  FN, que personne n’osait affronter. Il est temps de sortir sa carte maîtresse, il n’a plus le choix. …

C’est à la fin de sa longue diatribe devant l’insubmersible El Kabbach, qu’il  lâchera tout de go, que pour les élections municipales, il ira à Marseille combattre le Front National. « Sur les marchés, sous les préaux d’école », partout où il sera bon d’aller,  pour le réduire à la portion congrue, qu’il fixe à 10%... A condition, bien évidemment, que l’on veuille bien faire appel à lui. Seul Jean-Michel Baylet pour les radicaux de gauche, parti dans lequel Bernard Tapie s’est toujours reconnu et pour lequel il a tant fait, a réagi. Il lui a fait savoir  sèchement qu’il devait d’abord régler son affaire et qu’après l’on verrait...

C’est une évidence, un rejet très net se fait jour à l’égard de Bernard Tapie. Au point que l’on en arrive à se demander comment l’homme d’affaires ne s’est pas rendu compte, avec tout ce qui déferle sur lui depuis tant d’années, qu’il n’est certainement pas objectivement le mieux placé, pour s’en aller discourir sur la République et sur la démocratie.

Depuis plusieurs décennies, Bernard Tapie poursuit inlassablement à travers les médias un show qui lui a pendant longtemps plutôt réussi. Aujourd’hui, avec cette affaire de l’arbitrage, il est arrivé au terme de l’exercice. C’est l’affaire de trop. Sa dialectique, sa faconde et sa gouaille qui l’avaient rendu si populaire, ne passent plus. Ses prestations télévisuelles ne suscitent plus beaucoup d’intérêt et sont de plus en plus contre-productives. Selon un sondage de l’institut BVA réalisé les 29 et 30 mai pour CQFD, 74 % des personnes interrogées ont une mauvaise opinion de Bernard Tapie. 84% ne souhaitent pas qu’il revienne à la vie politique et 79% à la vie politique marseillaise.

Peut-être  serait-il temps, pour l’acteur principal du film de Claude Lelouch « Hommes, femmes, mode d’emploi » de s’interroger sur la question de savoir, si le moment de raccrocher, tant redouté dans le monde du spectacle, ne serait pas venu.

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9 juillet 2013 2 09 /07 /juillet /2013 07:31

Article publié dans l'EXPRESS.fr le 9 juillet 2013    

Je n’ai jamais senti à EELV le souffle du désintéressement d’un Daniel Cohn Bendit, dont l’idéal a toujours été la seule motivation de  son engagement  politique. Cette  impression négative que j’ai éprouvée envers ce parti, a  été confirmée quelques mois après sa création, lorsqu’il a désigné pour le représenter à l’élection présidentielle une juge à la retraite peu versée dans le domaine de l’écologie, au détriment d’un écologiste universellement reconnu et très populaire, vraisemblablement pour des questions de leadership.

La présidentielle gagnée par les socialistes, la secrétaire générale d’EELV fit connaître sa disponibilité pour une place au gouvernement, précisant toutefois qu’elle ne  souhaitait pas que les écologistes s’occupent d’écologie...Trop risqué ! Et de fait, ils ne s’en occupèrent pas du tout, pas même de loin.

On devait immédiatement s’en rendre compte, lorsque la  socialiste Nicole Bricq  qui occupera la fonction, décida de remettre à plat le permis de forage pétrolier accordé à la société Shell au large de la Guyane. Après les législatives elle sera nommée au commerce extérieur et les forages purent se  poursuivre. Cécile Duflot, réduira cette affaire environnementale, pourtant au cœur des préoccupations des écologistes, à un vulgaire problème de carrière : « la mutation de Nicole Brick au commerce extérieur est une promotion ».  

Mardi dernier 2 juillet, Delphine Batho qui avait remplacé Nicole Brick à l’écologie était remerciée pour avoir critiqué le budget alloué à son ministère, qui était insuffisant de son point de vue.

Les écologistes ne lui apportèrent aucun soutien, se contentant de déclarations sans grande signification. Jean-Vincent Placé osera affirmer : « EELV est proche de la sortie », Noël Mamère , sur un ton qui se voulait menaçant, dira : « notre alliance est effectivement en sursis », tandis que Pascal Canfin, solidarité gouvernementale oblige, affirmera : « ce n’est pas un bon budget, mais c’est un budget responsable ». Quant à Cécile Duflot, elle lancera un très laconique : « La transition politique est un cap politique ». Le soir même elle tenait au sein même de son ministère une réunion avec quelques responsables du mouvement qui expédièrent rapidement la chose : « on verra tout ça en 2014… » L’incident était clos.

Pas pour Delphine Batho qui devait tenir le lendemain une conférence de presse. Elle dénoncera des lobbies anti-écologie qui faisaient pression sur le gouvernement et qui selon elle, avaient eu sa tête. Ces groupes de pression pourtant également dénoncés depuis fort longtemps par les écologistes, devaient cette fois-ci bénéficier de leur totale indifférence. Enfin, Cécile Duflot fera un sort à toute cette affaire en affirmant : « il faut un second souffle pour l’écologie. »    

A l’heure où EELV n’est même plus sûre d’obtenir satisfaction sur des problèmes aussi évidents que Fessenheim ou le gaz de schiste et alors que sur nombre de sujets, le contentieux est important, le Monde.fr du 3 juillet a énuméré « les 8 pommes de discorde » qui existent entre EELV et les socialistes, soulignant l’impatience des militants écologistes, de moins en moins nombreux à accepter une situation qui dessert leur idéal, Cécile Duflot répète à l’envi qu’elle s’estime utile au ministère du logement.

Le soir de l’éviction de la ministre de l’écologie, Malek Boutih, invité par Ruth El Krief sur BFMTV, résumera ainsi la situation : « Les verts ont vieillis avec l’exercice du pouvoir, ils ont les vieilles habitudes des vieux appareils politiques qui tergiversent, qui manient la langue de bois, qui n’arrivent plus à se positionner... »

Et pour cause ! Les écologistes qui souhaitent ardemment rester au pouvoir, ne disposent pas d’un électorat suffisant pour peser sur la politique gouvernementale. Ils doivent donc l’accepter, ce qui conduit à toutes sortes de reniements et de renoncements.

Oui, les écologistes (aussi) aiment  le pouvoir, et alors ?

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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 11:39

Article publié dans l'EXPRESS.fr du 2 juillet 2013

Lorsque j’ai allumé ma télé mercredi dernier aux environs de 15 heures, pour suivre l’audition de Jérôme Cahuzac sur La Chaîne Parlementaire,  Dominique Strauss Kahn m’est apparu plein cadre. Il expliquait sur un ton très assuré, à une assemblée de quelques personnes qui n’en perdaient pas une miette, qu’en réalité le problème était les financiers et non la finance… Sur le coup, j’ai  cru à une rediffusion d’une ancienne séquence, destinée à nous faire patienter en attendant « le clou » de la journée, d’autant que les parlementaires devant lesquels il pérorait benoitement, lui donnaient à tout bout de champ du « Monsieur le ministre »...

Tout sourire, très détendu, il s’adressait à ses auditeurs avec la considération et la bienveillance que l’on réserve à de vieux amis  que l’on n’a pas vu depuis longtemps, leur lançant même au passage, un petit clin d’œil entendu : « Si je voulais être un peu paradoxal et provocateur, ce qui n’est certainement pas mon tempérament…»

C’est là que je me suis rendu compte de ma méprise. Nous étions en réalité en direct, devant une commission du Sénat relative au « rôle des banques dans  l’évasion fiscale », commission dont j’ignorais comme beaucoup  l’existence. Je m’étais tout simplement trompé d’heure. Cahuzac ce sera à 16 heures 30.

Ma première réaction a été celle de l’étonnement. Les anciens ministres des finances ne manquent pas en France et le fait d’avoir dirigé le FMI, qui ne dispose d’aucune compétence réelle en cette matière, ne m’est pas apparu comme pouvant donner à l’orateur un intérêt particulier pour en traiter. D’autant que depuis un certain temps, on trouvait plus son nom dans les rubriques mondaines ou dans celles des faits divers, que dans les revues économiques, dans lesquelles depuis belle lurette il ne publiait plus.   

D’ailleurs il ne devait rien dire d’essentiel et  quand il proposera comme mesure, de  mieux former les superviseurs et par conséquent de mieux les rémunérer,  Marie Noëlle Lindemann  rétorquera que le problème est d’une toute autre dimension, ce qu’il approuvera...

Non, je ne comprenais  pas l’intérêt de cette audition, alors même que la présence en ce lieu de celui qui avait tant défrayé la chronique, ne pouvait avoir qu’un effet négatif sur le monde politique et sur ses mœurs.

Et puis, la  meute de journalistes qui attendait à la sortie celui qui venait de faucher la vedette à cet autre ancien ministre de Bercy, qui lui comparaissait  rue de l’Université, justement pour une affaire d’évasion fiscale, me fit me raviser. Son audition a fait passer cette « obscure » commission de l’ombre à la lumière, et la réponse à ma question sur l’utilité de la présence au Sénat de l’homme du Sofitel de New-York et du Carlton de Lille, était  peut-être là...

L’impensable me vint alors à l’esprit comme une évidence. Cette intervention bénéficiera aussi et surtout à celui qui était devenu un paria de la politique. Initiée par on ne sait qui, elle constitue objectivement une véritable réhabilitation et pourrait devenir le premier pas d’un « come-back » jusqu’alors inenvisageable.

Y pensait-il lorsqu’au cours de ses explications il a sèchement  « taclé », l’air de rien, l’actuel et l’ancien président, soulignant l’état « catastrophique » de la France ?

Sa situation judiciaire s’éclaircissant, il ne serait pas improbable de voir réapparaitre dans les médias notre  « politician-lover » pour disserter et débattre sur la politique de la France. Ce serait « gagnant- gagnant », Ses hôtes seraient assurés d’un franc succès et lui-même bénéficierait du support nécessaire à ses ambitions.

Selon une étude Harris interactive réalisée pour VSD  du 14 au 17 juin 2013, 23 % des français disent souhaiter que Dominique Strauss Kahn « revienne à la politique d’une façon ou d’une autre ». Ce socle est loin d’être négligeable.

Habile, intelligent et séduisant, il a longtemps été l’homme politique préféré des français. Français qui en période de grandes difficultés ne repousseraient pas nécessairement l’homme providentiel qu’il pourrait devenir, s’ils pensaient, à défaut de mieux, qu’il  les sortirait du trou.

Et la morale me direz-vous? Un proverbe Corse dit  « belezza un si ne manghia », la beauté ne se mange pas. Chacun sait bien, et depuis fort longtemps, qu’il en est de même pour la morale.

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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 06:15

Article publié dans l'Express.fr du 25 juin 2013   

La sentence arbitrale, qui défraie la chronique depuis de nombreux mois et qui risque de la défrayer encore longtemps, a été rendue par trois arbitres qui se sont trouvés d’accord sur le contenu de la décision aujourd’hui contestée.

Je ne connais pas Pierre Estoup, mais pour les deux autres, parler d’escroquerie en bande organisée, c’est pour moi un peu comme si l’on me disait que le regretté Philippe Seguin, un proche de Pierre Mazeaud, ou que Robert Badinter, qui appartenait au même cabinet d’avocat que Jean-Denis Bredin, avaient « trempé » dans l’affaire Madoff.

Certes tout est toujours possible, et Charles Pasqua qui a le sens de la formule disait souvent, lorsqu’il était ministre de l’intérieur, que le plus grand des criminels était le plus parfait honnête homme, avant d’avoir commis son forfait.

Mais peut-on imaginer un seul instant que de tels hommes soient devenus, d’un seul coup d’un seul et simultanément, à la fin d’une vie en tous points exemplaire, des gredins ?

Je n’imagine pas non plus, Pierre Mazeaud et Jean-Denis Bredin, s’être faits manipulés « comme des bleus » par Pierre Estoup, (en admettant que ce dernier ait été  le cheval de Troie de Bernard Tapie), et que le haut magistrat à la retraite ait rédigé la décision ne change rien, on peut aisément faire crédit aux deux autres de l’avoir lue, avant de la signer.

Mais comment alors Bernard Tapie aurait-il pu être favorisé, si l’on exclut la perversion des arbitres ?

Une telle hypothèse ne pourrait s’entendre que si la partie défenderesse, le Consortium de réalisation (CDR), était d’accord pour payer la somme aujourd’hui contestée et que l’Etat dont il dépendait  l’ait « invité» à accepter un  « arrangement » en faveur de Bernard Tapie.

Les représentants de l’Etat auraient alors agi au détriment de l’intérêt public dont ils ont la charge, pour le profit d’un intérêt particulier.

Les arbitres quant à eux, sans se préoccuper de faire cette subtile distinction, auraient entériné « l’accord », par l’arbitrage que nous connaissons, se disant qu’après tout, ils n’avaient aucune raison d’être plus royalistes que le roi.

Tout cela est à prouver, d’où les perquisitions et les gardes à vue qui se succèdent, avec  actuellement celle de l’ancien propriétaire d’Adidas.

Si les faits sont avérés, il restera à se demander combien de temps encore il faudra, pour que nos élites  intègrent qu’en démocratie, ce type de comportement porte un nom, celui de corruption.

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17 juin 2013 1 17 /06 /juin /2013 22:01

Article publié dans l'Express.fr le 18juin 2013   

L’affaire Cahuzac, la désespérance des citoyens touchés par la crise et même la météo ont été invoqués pour expliquer la sèche élimination au premier tour du candidat socialiste. « Le Chevènement de 2002 est cette année écologiste » résume Matthieu Deprieck dans un article publié le 17 juin 2013  sur le site de l’Express.fr : « Comme un air de-21-avril 2002 ».

Et en effet une simple addition, mieux qu’un long discours, montre bien que pour les socialistes, cette élection de Villeneuve-sur-Lot va bien au-delà d’un échec à une élection partielle : PS 23, 69 % + EELV 2, 78% = 26, 47 %.

Autrement dit, un accord PS-EELV aurait permis à la gauche, d’être qualifiée pour le second tour et aurait conduit à l’élimination du candidat du Front National qui a recueilli 26, 04 % des voix. .      

Oui comme un air de déjà vu et les conséquences, sans être de même nature ne sont pas négligeables. Ajouté au frémissement que François Hollande connait dans les sondages, on aurait vu là une résistance de la gauche unie, une prise de conscience des français reconnaissant que le gouvernement est sur la bonne voie, bref cela aurait donné un coup d’oxygène à une majorité présidentielle, qui en a bien besoin.

Au lieu de cela, alors que chacun savait que ce serait très serré, alors que la gauche n’avait pas besoin d’une énième défaite, alors que sa majorité absolue se réduit comme peau de chagrin, alors en un mot que l’enjeu était politiquement important, EELV qui n’avait aucune chance de faire un score, a présenté un candidat qui ne pouvait que nuire au candidat socialiste. Oui la présence du  candidat écologiste, qui tourne entre 2 et 3% dans la circonscription, ne pouvait avoir pour effet que de faire perdre le candidat socialiste.

C’est ce qui s’est passé. Et que l’on ne vienne pas nous dire que cette hypothèse annoncée comme hautement probable par l’ensemble de la presse, n’avait pas été envisagée par les appareils des partis concernés. 

EELV bénéficie, il est vrai, d’un parti socialiste faible, abandonné par ses principaux leaders au profit des ors de la République et de la gestion du quotidien. Harlem Désir n’a pas l’autorité suffisante, pour ne pas dire la carrure, pour imposer à ses partenaires écologistes, au moins dans des situations extrêmes comme celle qui s’est présentée à Villeneuve-sur-Lot, un candidat commun susceptible, selon la formule consacrée, de « faire barrage  au Front National ». .

Alors ? Alors  il y a un problème  sérieux. EELV qui bien au-delà de son poids politique et par la seule grâce des socialistes, bénéficie d’un groupe à l’Assemblée Nationale, d’un autre au Sénat ainsi que de deux ministères, joue un jeu ambigu, petites phrases et  double langage parsèment le parcours quotidien de ses responsables qui font preuve d’une habileté de plus en plus rudimentaire.

Peut-on parler de cynisme de la part d’EELV, qui pourrait miser sur un affaiblissement parlementaire du parti socialiste, dont la majorité absolue ne tient plus qu’à trois sièges ?

Quelle que soit l’hypothèse, Villeneuve-sur-Lot a clairement montré que la majorité présidentielle, de plus en plus divisée sur le fond, n’a pas réussi à se mettre d’accord sur l’essentiel, se sauver de l’humiliation, ce qui, par les temps qui courent, n’aurait pas été un luxe.

Même s’il est fort probable que les choses s’apaiseront très bientôt, municipales obligent…

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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 08:11

Article publié dans l'Express.fr le 1O juin 2013

D’un tempérament ombrageux, souvent de mauvais poil, son esprit rétif aurait pu être compensé,  par une efficacité footballistique significative. Ce n’est pas le cas. Tout au moins avec l’équipe de France. Il n’a pas marqué de but avec la sélection depuis « fort longtemps » (treize matchs) alors que c’est sa fonction première. Après le match France-Brésil de ce dimanche 9 juin, perdu 3 à 0, Karim Benzema l’œil toujours aussi sombre, a rejeté la faute sur ses coéquipiers.

Malgré des précédents fâcheux concernant ce joueur, auquel s’ajoute aujourd’hui un manque de loyauté vis-à-vis de ses camarades de jeu, avec ses déclarations, par ailleurs particulièrement déstabilisantes, l’entraineur des bleus estime que sa présence est indispensable.

S’il est vrai que son talent est incontestable et qu’il il fait partie des meilleurs attaquants du monde avec son club le Real de Madrid, ce joueur a à l’évidence un problème avec l’équipe de France.

Il ne donne pas l’impression d’être animé d’un enthousiasme débordant lorsqu’il évoque l’équipe nationale et tout le monde s’accorde à dire que sa motivation est très relative. Il ne s’y trouve pas à son aise.   

La question mérite alors d’être posée. Karim Benzema nourrit-il une aversion quelconque à l’encontre de l’équipe de France ? On pourrait répondre immédiatement par la négative puisqu’il accepte d’être sélectionné. Mais en même temps, un joueur qui refuserait une sélection nationale, outre qu’il  pourrait faire l’objet de sanctions, subirait un préjudice qui se répercuterait sur ses intérêts sportifs et financiers. Nul ne peut se permettre de s’abstenir de participer à une compétition d’envergure planétaire comme la coupe du monde.

Alors ? Alors il devrait continuer, cahin-caha, à participer aux matchs de l’équipe de France.

Mais il est bien dommage que Karim Benzema ne semble pas avoir pris conscience de ce que comme le fut en son temps Zine Eddine Zidane, il est un symbole pour tous ces jeunes issus de l’immigration, souvent confrontés au problème de leur intégration.

Si Karim Benzema, par un comportement inapproprié plus que par l’absence de but, ne parvenait pas lui-même à s’intégrer en équipe de France, ce serait un échec pour cette dernière, mais aussi pour tout ce que ce joueur représente, au-delà même du football.

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