Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 20:51

 

On attendait Michel SAPIN, Jean-Marc AYRAULT, Pierre MOSCOVICI, Manuel VALLS, ou même pourquoi pas Arnaud MONTEBOURG, ce qui, pour ce qui concerne le choix de ce dernier, aurait pu être particulièrement habile, et  comme l’on dit en langage sportif, nous avons tous été pris à contre-pied, lorsque l’on a su que c’était Laurent FABIUS qui allait apporter la contradiction au Président de la République devenu candidat, lors de l’émission d’antenne 2 « Des paroles et des actes » suivie par 6 millions de téléspectateurs.

 

C’était le dernier responsable socialiste auquel nous aurions pensé, tant le déficit d’intérêt apparaissait grand pour François HOLLANDE, d’être représenté dans ce débat par l’ancien Premier ministre de François MITTERRAND. S’il s’agit à n’en pas douter d’un homme qui dispose de toutes les qualités nécessaires pour cet exercice et si intrinsèquement, il est certainement parmi les tous meilleurs, la première réaction a été de penser que Nicolas SARKOZY allait, un peu comme à la foire, s’offrir un carton, sur une cible particulièrement facile et qui s’est trouvée être de surcroît assez peu mouvante.

 

Et il n’eut pas fallu attendre bien longtemps, pour que le candidat-Président, muni de sa fiche sur laquelle l’on pouvait presque lire depuis nos écrans, les commentaires peu amènes faits par son contradicteur du jour envers celui qu’il venait soutenir, énonça tranquillement toutes les petites phrases assassines que chacun connaissait par cœur, ce qui lui permit, à bon compte, d’attaquer vigoureusement son adversaire, dans un domaine sensible, celui de l’aptitude à exercer la fonction, sans même pouvoir être taxé de bassesse.

 

Comme je le suppose, des millions de téléspectateurs avec moi, étions persuadés que tout ceci était tellement singulier, qu’il ne pouvait s’agir que d’un piège préparé d’avance par l’équipe HOLLANDE dans lequel « l’impétueux » Nicolas SARKOZY était tombé sans trop réfléchir.

 

Et bien non, nous attendîmes en vain, il n’y avait pas de piège ! Laurent FABIUS devait se contenter de maugréer sans conviction des phrases sans intérêt ou de demeurer coi.

 

Tous les observateurs noteront que sa prestation du jour était très moyenne et que si à un moment il y eu un échange rapide de petites phrases suivies de répliques assez vives, cet exercice est plus apparu pour Laurent FABIUS comme le moyen de montrer son talent, à titre personnel, comme l’on dit de façon triviale montrer « qu’il en avait sous le pied », plus que de véritablement chercher à valoriser celui qu’il était censé représenter.

 

Non, Laurent FABIUS n’avait ni motivation, ni volonté, ni le moindre entrain pour assumer le rôle qui lui avait été confié, il faisait « le service minimum », il n’aurait pas pu faire moins.

 

Ainsi, choisir pour un débat de la campagne qui peut-être essentiel pour faire rebondir son adversaire, le pire des contradicteurs qui soit, sans que l’on ait pu percevoir la moindre stratégie qui nous aurait donné un début d’explication est, pour reprendre le mot de Nicolas BEYTOUT, « curieux ».

 

Laurent FABIUS, justement à raison de l’antagonisme qui existe entre les deux hommes, ne pouvait se laisser aller à offrir une prestation médiocre, non seulement au nom d’une loyauté objective qui doit exister au sein d’un parti et qui aurait dû le cas échéant le conduire à renoncer à y aller, mais parce qu’à titre personnel, il jouait là la fin de sa carrière politique, à moins qu’il ait estimé que désormais elle était définitivement derrière lui ou qu’il ne croyait toujours pas dans les chances de François HOLLANDE.

 

Ce que l’on comprend moins c’est le choix de François HOLLANDE, ou à tout le moins, le fait qu’il ait accepté ou peut-être même suggéré  que ce soit Laurent FABIUS qui s’oppose à Nicolas SARKOZY.

 

En réalité tout ceci ne peut s’expliquer que par le fait que François HOLLANDE est un homme de consensus, qui déteste les conflits, qui cherche à réunir son camp dans les meilleures conditions, les fabiusiens étant une sensibilité du parti socialiste à ne pas négliger, c’était une façon en lui accordant une telle confiance de se réconcilier vraiment avec lui, trouvant peut-être aussi qu’il était intéressant d’avoir l’aval « sincère » de l’ancien Premier ministre de François MITTERRAND sur ses capacités d’homme d’Etat, afin de battre en brèche les critiques sur l’absence de responsabilités exercées par ce dernier.

 

C’était en quelque sorte une façon de faire « coup double » au sein de son propre camp et vis-à-vis de son adversaire.

 

Apparemment on avait peut-être oublié que dans un combat, l’absence de motivation est le pire des handicaps et que Laurent FABIUS sera une éternelle énigme.

Repost 0
Published by gpancraz
commenter cet article
10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 20:47

J’ai trouvé Nicolas SARKOZY plutôt bon dans l’émission « des paroles et des actes ». Il a l’art de savoir faire passer les choses, c’est à l’évidence un formidable débatteur, solide,  qui ne se démonte jamais et qui sait imposer son rythme et son argumentation.

 

Pour autant, deux faiblesses au moins sont constantes chez le candidat. On le voit toujours à la limite de la rupture, ayant la plus grande difficulté à se maîtriser, comme le montrent les nombreux signes nerveux qui marquent son visage, quand ses contradicteurs  l’indisposent, il fait preuve par ailleurs d’une ardeur trop grande lorsqu’il s’exprime, même si globalement il arrive toujours, à demeurer clair et pertinent, au moins au regard des exigences de sa propre dialectique.

 

On sent chez cet homme, que le plus dur combat est mené à l’intérieur de lui-même, contre lui-même, et que son infinie volonté, finit toujours tout de même par l’emporter sur cette tendance que l’on trouve sous-jacente, celle de perdre son calme.

 

La hardiesse qui le caractérise, contraste toutefois avec une très grande sensibilité que son besoin d’affection révèle et la nécessité qu’il a à l’exprimer. En pleine conférence de presse, n’avait-il pas annoncé sa relation « sérieuse » avec Carla ? 

.

C’est pour cela que lorsqu’il a indiqué sur le plateau de David PUJADAS qu’il avait vraiment réfléchi, avant de prendre la décision de se représenter à la présidence de la République, son aveu est apparu sincère, son hésitation résultant certes de la dureté du combat politique mais surtout de la sérénité familiale acquise avec sa nouvelle épouse, qui lui faisait cruellement défaut, et à laquelle une partie de lui-même aspire depuis toujours.

 

Il a hésité entre une vie d’amour sans réserve et un nouveau mandat. Mais deux arguments ont tout fait basculer, 5 ans cela passe vite et surtout, il ne pouvait pas laisser le pays à un moment où il avait tant besoin de lui.

 

Et comme toujours chez ces hommes « de guerre » que sont les politiques, nés pour la lutte et qui se subliment toujours dans l’adversité, Nicolas SARKOZY, est reparti au combat, avec il est vrai, sans que l’on puisse en déceler les raisons, un regard un peu triste et une motivation que l’on sent moins absolue.

 

Même si le devoir qu’il a estimé être le sien l’a emporté, on s’est rendu compte dans cette émission, combien l’amour pouvait avoir d’incidence sur cet homme d’Etat, et c’est il faut bien le dire inédit sous la 5e République.

 

L’amour qui a ainsi été présent dans la question de savoir s’il se représenterait, l’a été encore, quand a été évoqué le début de son quinquennat, avec les épisodes du FOUQUET’S,  du yacht de BOLLORE, du « Casse toi pauv’con ». Le président-candidat a expliqué, à mots plus ou moins couverts,  qu’à l’époque, son union d’avec Cécilia était « en train d’exploser », et qu’il avait été dans un célèbre établissement des Champs Elysées pour fêter sa victoire, car il n’avait plus de foyer, mais que cette fois-ci, en cas de victoire, « ce serait chez lui qu’il célèbrerait sa réélection car désormais il a une famille et une famille qui l’aime. » Pour ce qui est enfin de la croisière, il avait  pensé avec son ami, que cela l’aiderait peut-être à reconstruire son ménage. Quant à l’épisode du Salon de l’agriculture, il n’était pas bien, compte tenu de ses problèmes personnels et de plus, ce jour là il était malade. Il ajoute un « enfin bref » qui laisse à penser que c’est à contre cœur qu’il a fait ces révélations.

 

Le président devait observer que ce qui lui est arrivé, est arrivé à de très nombreux français, « qui certainement me comprennent ».

 

On peut se demander s’il ne s’agit pas d’une erreur, pour le Président de la République, d’exposer ainsi sa fragilité, en faisant valoir qu’à certains moments de sa vie, l’aspect humain peut prendre le dessus sur l’homme d’Etat, ce qui aurait-été une hypothèse inimaginable pour l’un des quelconque présidents de la 5e République. On en était  resté à quelques photos volées ou non dans l’intimité d’un couple présidentiel ou de responsable politique, les vœux de « bonne année » d’Anémone étant demeurés sans lendemain.   

 

Nicolas SARKOZY a introduit dans l’exercice de la fonction présidentielle, des éléments de sa vie personnelle, allant même parfois jusqu’à exhiber certains pans de son intimité dans une dimension que l’on ne connaissait pas jusqu’alors, de la part d’un président de la République.

 

Cela devait même aller au-delà, quant on sait que certains ministres ou proches collaborateurs furent ou non nommés sur les instances de la nouvelle Première Dame de l’époque qui ne voulait pourtant plus l’être, tandis que son fils Jean fut un moment omniprésent dans la sphère politique, en particulier dans les Hauts de Seine, avec en particulier l’épisode de l’EPAD, mais pas seulement.

 

On a pensé un moment que c’était là, de la part du président, la volonté d’ouvrir une nouvelle ère sur la façon de faire de la politique, « à l’américaine ». Il ne le semble pas, si l’on en croit la « représidentialisation » entreprise et si l’on observe les futurs et les actuels présidentiables. Nous serions plutôt dans un cas d’espèce comme disent les juristes.

 

Mais peut-être qu’un jour à Sciences-Po le syndrome  Cécilia, et son incidence sur la politique,  fera parti du programme. Ce serait en tout cas un beau sujet de dissertation, même au delà de la politique : « La faute à Cécilia, dites pourquoi ? »      

Repost 0
Published by gpancraz
commenter cet article
5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 20:23

Me trouvant à Tunis, il y a pas mal d’années de cela, je me souviens m’être fait éjecter sans ménagement, de la rue dans laquelle j’avais passé « les années les plus douces de ma vie », pour être resté trop de temps devant ce que j’appelle toujours ma maison, un modeste appartement au rez-de-chaussée d’un immeuble vétuste situé à Bab ZIRA, l’un des quartiers les plus populaires de Tunis.

 

Je compris ce jour là, que l’homme devait toujours pouvoir être appréhendé par autrui dans ce que j’appelle son statut, à partir d’un concept clair, connu de tous, qu’il soit ou non conforme à ce qu’il est réellement et à ce qu’il représente.

 

Un tunisien a un statut qui lui est propre, un touriste aussi, mais un tunisien qui ne l’est plus et qui n’est pas pour autant un touriste, dont on ne sait pas trop ce qu’il vient faire en un lieu qui ne lui correspond pas, a un statut trop compliqué et devient un individu hors caste, qui sera repoussé et écarté.  

 

La notion de statut a de tout temps été très importante dans nos sociétés, elle rattache celui qui en bénéficie à un clan, à une tribu, à un groupe, à une communauté, à une nation, mais aussi à une profession, à une fonction, à un état, à une situation de fait, à une éthique, à un état d’esprit, à tout un ensemble qui fait de nous ce que l’on est,  dans tous les aspects de la vie.

 

Mais ce qui importe, ce n’est pas le contenu du statut, mais ce que l’on est censé représenter aux yeux d’autrui. Les gens ont besoin de classer, de catégoriser, d’étiqueter, pour se rassurer, mais ils exigeront que celui à qui correspond un statut en soit digne, faute de quoi il le perdra de facto. Ainsi l’on exigera d’un juge qu’il ait le statut d’un juge, le prêtre, celui d’un  prêtre, un président, celui d’un président...

 

Ségolène ROYAL en tant que femme ne représentait pas dans l’esprit des français le monarque tel que nous le connaissons depuis toujours, « elle n’est pas à la hauteur » disait-on d’elle,  cela voulait dire qu’elle n’avait  pas vocation à « endosser » ce  statut encore réservé aux seuls hommes, même si il y a des évolutions, mais très lentes, la France risque d’attendre encore longtemps sa Margaret THATCHER.

 

François HOLLANDE a bien compris cette notion de statut. Motivation sans bornes,  costume sombre, chemise blanche, chevelure impeccable, expression étudiée, gestuelle et intonations qui ont fait tant parler, quand elles n’étaient pas raillées, en ce qu’elles rappelaient François MITTERAND, le président « type » de la gauche, refus d’entrer frontalement dans les polémiques et dans les attaques ad hominem, parce que désormais son style est présidentiel, être au dessus du lot, au dessus de tous, déjà dans les cieux Elyséens, se donnant incontestablement la stature présidentielle et le statut de président, que les français attendent d’un candidat à la présidence de la République.

 

Le contre exemple particulièrement saisissant est celui des écologistes. Ils pourraient certainement faire un score à deux chiffres, ils disposent de l’électorat pour y parvenir. Mais en investissant comme candidate à la présidence de la République française, une femme plutôt bobo, gaucho, folklo, à peine audible tant son accent est indisposant  et qui n’a eu de cesse de s’attaquer aux symboles de la République que le président du même nom est censé incarner et protéger, ils se sont résignés à peut-être ne même pas recueillir les voix de leurs partisans les plus farouches. C’est vraiment l’anti candidate à la présidence.

 

La règle numéro un du candidat à la présidence de la République est de savoir incarner la fonction qu’il est censé exercer, telle que les citoyens qui l’éliront se la représentent. Entrer dans le costume du Président dit-on encore.

 

Nicolas SARKOZY s’il a su incarner l’image du ministre de l’intérieur puis en 2007 celle d’un candidat à la présidence avec toutes les règles que cela implique, s’est mis très vite, après son élection, « hors-statut » de la fonction présidentielle. Cécilia, « avec Carla c’est du sérieux », Disney Land, Petra, « casse toi pauv’con », l’EPAD, Clearstream, Ingrid BETTENCOURT, « descend si tu es un homme », Florence CASSEZ…notamment, ont été autant d’actes, quand ce n’était pas de véritables feuilletons,  qui l’ont mis en dehors du statut de président pour lequel il avait été élu et qui lui imposait de ne pas afficher sa vie privé, ne pas s’occuper des choses mineures, en particulier tout ce qui touche aux intérêts individuels, de parler un langage châtié.

 

Lors de la présente campagne présidentielle, il a poursuivi son erreur en n’assumant pas celui de candidat à la présidence de la République. Une absence évidente de motivation, une stratégie agressive avec attaques personnelles contre son principal adversaire (« menteur », « être français » « j’exige des excuses »..), une course quotidienne engagée derrière des entreprises en difficulté, avec promesses tous azimuts et salarié incrédules, le recyclage d’arguments d’une candidate dont il rejette la philosophie, mais dont il reprend au mot prés et au jour prés les propositions sur des sujets aussi dérisoires pour un candidat à cette haute fonction que  l’étiquetage de la viande hallal ou  le problème des peines non exécutées, qui sont des thèmes qui ne devraient pas être abordés spontanément par le président-candidat, de même que la dramatisation du chahut de Bayonne, par quelques illuminés séparatistes, auquel il a donné une dimension d’affaire d’Etat, qui a en définitive plus conduit à lui nuire qu’à mettre en difficulté son adversaire.

 

Nicolas SARKOZY qui s’est mis hors-statut de président de la République puis de candidat à la présidence, voit s’éloigner par ce fait et de plus en plus, toute chance de l’emporter.

Repost 0
Published by gpancraz
commenter cet article
4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 20:30

C’est certainement celui qui détient le record des procès en sorcellerie toutes catégories confondues. J’ai toujours entendu dire qu’il fallait se méfier de ce dandy à l’air « conquérant et insolent » et de son fameux « double discours », car derrière ce brillant intellectuel, bel homme de surcroît et disposant d’un indéniable charme, se cacherait en réalité, selon ses détracteurs, un « horrible » intégriste, prêt à tout pour faire que notre pauvre monde soit régi selon les principes et les règles édictés par le Coran, dans son interprétation la plus intégriste qui soit.

 

J’ai quant à moi toujours écouté Tariq RAMADAN avec l’attention la plus grande, tout d’abord parce que l’on ne peut qu’être séduit par sa dialectique, à la fois subtile et rigoureuse, mais aussi et très certainement,  pour tenter de déceler le moindre indice qui me permettrait de comprendre comment cet universitaire Suisse, parvenait à faire prévaloir et à instiller dans les esprits, sous une apparente  modération, des idées extrêmes, selon ce qu’en disent certains de nos plus brillants intellectuels.

 

Malgré mes efforts, je n’ai jamais vu nulle part les pièges, ruses, et artifices de toutes sortes  que d’aucuns soutiennent et j’ai dû à chaque fois exprimer ma déconvenue de n’avoir pas vu ce que tout le monde voyait et de ne pas avoir entendu ce que tout le monde entendait.   

 

Le discours de Tariq RAMADAN m’est toujours apparu plutôt modéré, et son argumentation frappée au sceau du bon sens. Je vois en lui un médiateur, venant s’interposer entre deux mondes apparemment inconciliables qui s’affrontent sans retenue, le monde des laïcs dont il critique, dans les pays arabes, les « référents occidentalisés » et celui des islamistes dont il réprouve « le refus d’accepter la différence et la diversité culturelle. »  

 

Lors de la conférence qu’il a donné à Tunis le 25 février 2012, il a repris cette thématique,  devant un parterre d’intellectuels tunisiens venus l’écouter mais aussi pour certains le contester, et pour ce qui me concerne, j’ai à nouveau entendu l’homme brillant que nous connaissons, dont la clarté de la pensée et la pertinence du propos savent séduire autant que convaincre.

 

Alors que l’un des participant lui faisait grief de s’exprimer en Français et alors qu’il était très simple de faire valoir que l’un des invités au débat, Jean BAUBEROT,  pour le camp laïc n’était pas arabophone, il a préféré répondre, qu’il convenait d’apprendre à accepter la différence et la richesse culturelle : « Il faut gérer la pluralité plutôt que de rejeter les spécificités et les singularités, à partir d’un référentiel que l’on ne rejette pas  mais qui ne doit pas être exclusif (...) il est préférable d’additionner les cultures et d’en assimiler le plus grand nombre possible, que de les soustraire les unes aux autres. Le fait de savoir parler en arabe et en français est préférable au fait de ne savoir parler qu’une seule langue et d’entreprendre un rejet des autres cultures, démarche assimilable à un repli identitaire.»

 

A un autre participant qui lui faisait part de sa déception, alors même qu’il attendait un discours plus engagé dans l’Islam, plus prosélyte, plus religieux, il a rétorqué sèchement qu’il n’était pas là pour plaire. 

 

Tariq RAMADAN fonde donc clairement sa réflexion sur  la polarisation des situations que chacun des deux camps a intérêt à instrumentaliser,  il rejette les passions qui en résultent et « qui  rendent les uns et les autres sourds. » Chacun des deux camps cherchant ainsi à justifier  son existence par l’existence de l’autre et sa légitimité  dans  la diabolisation de l’autre.

 

Pour Tariq RAMADAN, le laïc n’est pas forcément démocrate et libéral, et l’islamiste n’est pas, nécessairement rétrograde et non démocrate. On trouve poursuit-il des laïcs qui ne sont ni démocrates ni libéraux, tandis qu’il y a des islamistes qui sont de parfaits démocrates et de grands libéraux. Il précise au passage qu’il n’y a pas « les islamistes », mais différents courants islamistes ce qui est d’ailleurs le cas du parti ENNHADA.

 

Rien ne justifiant l’antagonisme qui existe entre laïcs et islamistes, Tariq RAMADAN va préciser sa pensée sur le fond en prenant l’exemple de la Tunisie, qui est un pays composé pour l’essentiel de musulmans et dont il est naturel qu’il ait un projet social et politique avec un référent islamique qui influence l’Etat. Mais il ajoute  d’une part, que  cette influence ne doit pas être dogmatique, mais éthique et d’autre part que si le texte ne peut changer, c’est la compréhension des choses qui doit évoluer, la Charia devant pouvoir avoir différentes lectures.           

 

C’est dans cette analyse que se trouve toute la dimension d’un Islam moderne, évolué, adapté au 21 siècle, conciliable avec les Etats laïcs occidentaux, soutenu par Tariq RAMADAN, qui dans le même temps rejette la polémique créée à la suite de la visite en Tunisie de Wajdi GHENIM, prédicateur extrémiste égyptien qui prône l’excision, dont il condamne le discours en ce qu’il participe à la polarisation entre laïcs et islamistes, constituant pour lui le véritable danger, de même que les Salafistes, dont il considère « qu’ils manquent de recul et de discernement. »

 

Tariq RAMADAN affirme qu’il est pour un islam décomplexé ouvert, en mouvement et ajoute « l’Islam ce n’est pas tu écoutes et tu répètes l’Islam, c’est tu écoutes et tu questionnes», ce qui suppose l’éducation, la culture et l’encouragement de l’esprit critique.

 

Pour Tariq RAMADAN, il n’y a pas un musulman type, il n’y a pas les bons et les mauvais musulmans, personne ne peut se prévaloir d’être plus musulman qu’un autre, est musulman celui qui dit « je suis musulman » et personne sauf Dieu ne peut lui en contester la qualité. Ainsi on ne doit pas pouvoir, et le plus souvent par une interprétation toute personnelle et souvent extrême du Coran, imposer à ses semblables des règles de vie ou de comportement sauf à leur dénier cette qualité.     

 

Tariq RAMADAN a eu le courage d’aborder le problème de l’évolution de la religion musulmane dans la société, ce qui est la clé de la solution des conflits qui opposent laïcs et islamistes, en particulier avec la Charia qui a vocation à régir la vie du musulman pour le présent, le futur et même afin de le préparer pour l’au-delà, et qui doit tout naturellement être susceptible d’évolution, le terme Charia signifiant en arabe « ouvrir, devenir clair » ce qui conforte la position du conférencier.

 

Il est sûr qu’un homme de la culture et de l’intelligence de Tariq RAMADAN, qui traite d’une matière particulièrement sensible, n’avait aucune chance d’échapper aux grands inquisiteurs qui sévissent dans notre pays et qui font que celui qui est diabolisé n’est jamais écouté, sauf pour tenter, souvent en interprétant ses dires de façon erronée ou en lui imputant des déclarations qu’il n’a jamais faites, de le piéger. Lors d’un débat qu’il avait eu avec Nicolas SARKOZY, alors Ministre de l’intérieur à propos de la lapidation des femmes encore en cours dans certains pays, Tariq RAMADAN avait proposé un moratoire, suscitant l’ire de son interlocuteur qui exigeait une condamnation pure et simple, sans chercher à comprendre la position de Tariq RAMADAN, alors que l’on sait bien qu’en pays d’Islam, la méthode qu’il proposait est la seule qui permettrait aux femmes qui pourraient en être les victimes, d’échapper à cet abominable supplice. En fait la démarche de Tariq RAMADAN qui est celle du Coran et qui a donc été celle constante du prophète, est de s’opposer à la politique du tout ou rien, pour faire progresser les mœurs et les idées. « Il faut laisser de côté ses émotions pour agir rationnellement et permettre le dialogue entre les différents courants. »   

 

L’intense diabolisation dont fait l’objet l’islamologue Tariq RAMADAN, qui a toujours nié appartenir aux Frères Musulmans », trouve certainement son fondement dans l’appartenance de membres de sa famille à ce mouvement et aussi au fait que son grand-père, Hassan El BANNA en fut le fondateur. Il faut bien reconnaître aussi que la France est le pays des procès d’intention dans lesquels celui qui en est l’objet, lorsque l’on ne partage pas les opinions,  sera toujours et définitivement présumé de mauvaise foi. Tariq RAMADAN qui propose, dans un monde manichéen un processus tout en nuance, dans le souci de concilier l’inconciliable, ne peut-être, pour les hommes de bonne volonté, qu’un médiateur, et pour les autres, qu’un imposteur.    

Repost 0
Published by gpancraz
commenter cet article
2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 15:38

 

J’ai connu Serge MOATI en Corse où il s’était rendu dans les années 80 pour examiner la situation qui ne cessait de se dégrader, malgré l’arrivée des socialistes aux affaires. J’étais alors jeune juge, il avait demandé à me rencontrer en ma qualité de responsable du syndicat des magistrats de Bastia et je dois dire que j’avais été saisi par la qualité de cet homme simple, pondéré, modeste dans ses objectifs, qui sentait bien que la tâche qui lui était demandée, d’expliquer la Corse,  était un peu haut dessus de ses moyens. Mission impossible, sauf par tous petits bouts et encore, et c’est d’ailleurs je crois ce qui semble-t-il lui avait été demandé, puisqu’il devait se limiter pour l’essentiel aux médias publics sur l’île, qui faisaient à l’époque l’objet des critiques les plus excessives de la part des responsables politiques insulaires.

 

J’ai de suite eu un a priori très favorable pour l’homme, alors même que j’ignorais tout de son attachement à notre pays natal la Tunisie.

 

Lorsque je l’appris, Serge MOATI allait faire  parti de ces gens qui ne peuvent plus quoi qu’ils fassent, quoi qu’ils disent, me laisser  indifférent,  car nous avions alors en commun d’être des oulad men tunes*  statut que nous revendiquons avec force et fierté, même si je ne devais plus jamais le rencontrer, à l’exception d’une réception à l’ambassade de Tunisie à Paris, il y a plusieurs années.

 

Nous avions aussi en commun comme nombre d’autres tunisiens de cœur, à défaut de l’être de papier, durant toute notre vie, notre mythe de Sisyphe, vivant dans l’attente du retour au pays même lorsque lui comme moi nous avons la chance de pouvoir nous y rendre plusieurs fois par an et  y ressentir à chaque fois les mêmes émotions, le même bonheur, d’être « à la maison », à nouveau parmi les siens, avec très vite l’échéance d’un nouveau départ et à chaque fois le cœur qui se serre, la gorge qui se noue, puis à nouveau l’attente pour un nouveau retour...

 

Cet amour assumé crée des liens profonds d’affection même si par ailleurs je n’ai jamais trouvé qu’il existait entre ces enfants de Tunis, une grande solidarité, à raison d’une mentalité peut-être propre au bassin méditerranéen, qui conduit chacun de nous, à faire son chemin par opposition aux autres, en ne détestant pas de leur montrer sa supériorité, sa réussite sociale et matérielle, feinte ou réelle peu importe, ce qui m’a toujours un peu exaspéré.

 

Ce qui ne nous empêche pas, à l’occasion,  de nous accaparer de la réussite d’autrui, c'est-à-dire de nos jours de sa notoriété et je ne compte plus le nombre d’amis tunisiens qui ont été en classe avec Serge MOATI au Lycée Carnot de Tunis, alors qu’il a quitté la Tunisie à l’âge de 12 ans, ou avec Philippe SEGUIN et Bertrand DELANOE, ma voisine du dessous elle même, tunisienne aussi, m’ayant toujours assuré qu’elle avait eu comme employée dans son salon de coiffure de la rue Charles de GAULLE à Tunis, Leila TRABELSI l’épouse de l’ex président BEN ALI.

 

Qu’elles qu’en soient les raisons profondes je n’aurais pour rien au monde manqué de regarder RIPOSTES, l’émission phare de Serge MOATI, le cas échéant après l’avoir enregistrée, j’ai lu certains de ses livres, comme certains de ceux de sa sœur Nine. Serge MOATI fait en quelque sorte parti de mon environnement intellectuel et même de mon environnement tout court.

 

Et j’ai donc lu tout naturellement « Dernières nouvelles de Tunis ». Le livre faisait parti d’un lot acheté chez Sofiane, mon libraire de la rue Sidi Ben AROUS en haut de la médina, je l’avais un peu oublié, et une émission sur La Chaîne Parlementaire animée par Serge MOATI devait me rappeler son existence. 

 

C’est peut-être ce retard de lecture qui explique en partie ma grande déception et même ma surprise. Je ne pensais pas Serge MOATI capable de faire un livre, qui plus est sur Tunis, aussi médiocre. On y trouve et répétés parfois à l’infini tous les lieux communs,  que nous connaissions depuis de nombreuses années sur Zinedine Ben ALI, son épouse et sa belle famille. L’absence de toute démocratie, le despotisme, la corruption, l’autoritarisme, l’absence de liberté, de la presse en particulier, les méthodes musclées utilisée par le régime, les mauvais traitements infligés aux personnes en dehors de tous les principes qui régissent les lois internationales, la torture, la non indépendance de la justice, on pourrait continuer ainsi pendant longtemps, tout ceci étant connu, archi connu et reconnu depuis plus de deux décennies, et j’avoue mon extrême étonnement d’avoir pu lire, après tout ce temps et alors que le dictateur objet de cette situation s’est volatilisé dans la nature à jamais, avec armes et bagages, alors que le pouvoir a changé de mains, alors qu’il n’y a plus de tyran et par conséquent plus de tyrannie, un livre écrit par Serge MOATI écrivain, animateur d’émissions télévisées, réalisateur et producteur, pour dénoncer cette tyrannie pour clouer au pilori un tyran disparu, pour venir proclamer du haut de son autorité tout ce que nous savions tous déjà, pour le condamner, avec une hargne devenue totalement inutile et déplacée, tout le monde étant d’accord sur tout, sans la moindre discussion possible.

 

Serge MOATI s’est en quelque sorte précipité,  après que la bête eut été mise à terre définitivement, pour rouer son corps devenu inerte, de mille coups de pieds afin de bien montrer à tous que lui aussi, même s’il ne l’avait jamais dit, n’était pas d’accord. Et pour être bien sûr qu’on l’ait bien compris, il allait ajouter quelques détails, comme ceux consistant à  reprocher au tyran de saucer son assiette, de mettre de la gomina sur ses cheveux, cheveux qui sans aucun doute et selon l’auteur de « Nouvelles de Tunis » étaient teints. Quant à sa femme qu’il affuble une centaine de fois au moins tout au long du livre, du surnom de « la coiffeuse », en signe de mépris pour ses origines forts modestes et pour avoir eu le toupet de séduire un président même vulgaire, certainement de la façon la plus malhonnête qui soit, pour une femme de sa condition, il en fait au passage, pour faire bonne mesure, une sorcière qui faisait ingurgiter chaque matin à son niais de mari, qu’elle traitait à tout bout de champ d’imbécile, des caméléons frits...

 

Fort bien Serge si je puis me permettre cette affectueuse familiarité, mais après le 14 janvier 2011, tout ceci n’a plus aucun intérêt pour un écrivain de votre trempe, cette dénonciation posthume est pathétique et vous auriez dû sans aucun doute vous en en dispenser. 

 

Personne ne pourra en effet comprendre pourquoi pendant les 23 ans de pouvoir absolu de ce clan et de ses exactions au vu et au su de tous, Serge MOATI homme de médias, qui avait les moyens de s’élever contre la tyrannie sinon contre le tyran s’il voulait à tout prix ou plus exactement à n’importe quel prix préserver son intimité tunisienne, au détriment de toutes les victimes qu’il égrène dans son livre, exilés politiques, emprisonnés, torturés, dépouillés, affamés, personne ne comprend en effet pour qu’elle raison il ne les a jamais dénoncées, même avec un pseudonyme, un prête nom ou par n’importe quel moyen. Car si je peux comprendre la faiblesse d’un homme devant l’amour qu’il porte à notre Tunisie, qui nous fait à tous perdre la tête et garder le silence,  je ne comprends pas l’écriture de ce livre « après coup ».

 

Son désarroi a dû être tel, devant une situation à laquelle il reconnaît qu’il ne s’attendait pas, que Serge MOATI s’est certainement senti obligé d’écrire un livre, en prenant d’ailleurs comme caution de sa moralité, son père mort en 1957, son père qui avait, pour ce qui le concerne,  fait le choix de la justice contre l’injustice, des pauvres contre les riches, du peuple contre la Résidence Générale où logeaient à l’époque les gouverneurs de l’ère coloniale qui passaient leur temps à se goberger avec leurs semblables pendant que le peuple tunisien, en particulier des campagnes, crevait la faim au sens propre du terme. .

 

N’a-t-il pas senti en écrivant ce livre qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas ? Certes, il le reconnaît lui-même, il a préféré manger la loubia** avec ses copains intellectuels tunisiens dans les quartiers chics de la banlieue nord de Tunis, où il réside, plutôt que de prendre le moindre risque. Certes encore on trouve dans la deuxième partie de ce livre, après un enthousiasme excessif en forme de repentir, une inquiétude marquée sur le nouveau pouvoir qui s’installe et à qui il rappelle à la fin de son livre qu’en définitive la seule chose qui compte pour lui est « de pouvoir revenir souvent ici. Chez moi. Je veux que mes enfants se sentent chez eux en Tunisie »  puis suit une longue et singulière démonstration pour expliquer que l’on peut être juif et tunisien (?) et qu’il aimerait (comme beaucoup d’entre nous)  être enterré au cimetière du BORGEL à Tunis et peut-être alors que depuis l’au-delà, autre souhait de Serge MOATI, nous assisterons « à la séparation du profane et du sacré », inch Allah.  

 

Un dernier mot. Serge MOATI nous dit aujourd’hui combien il regrette de n’avoir rien dit. Dont acte. Mais alors que des journalistes et un directeur de publication ont été emprisonnés à Tunis il y a quelques semaines, pour avoir publié la photo d’un joueur de foot-bal tunisien en compagnie de sa fiancée dénudée, dont il protège la poitrine avec son bras, photo qui a été publiée dans toutes les revues sportives du monde, je n’ai pas entendu Serge MOATI journaliste et fils de journaliste tunisien s’en émouvoir. Non, décidément, je pense que Serge MOATI aurait mieux fait de s’abstenir d’écrire ce livre, on ne doit pas mélanger l’Amour surtout quand il est passionnel et le travail, c’est bien connu.

 

*Des enfants de Tunis

** Ragout de bœuf aux haricots  

Repost 0
Published by gpancraz
commenter cet article
2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 13:20

Musique de la foule qui patiente, avec ses chants et ses danses,  ses slogans qu’elle lance et relance, ses ovations qui se répandent, musique de la foule, maintenant délivrée, par son chef sublimé, qui harangue, proclame, pérore au plus fort et martèle  plein de mots, plein de  phrases, plein de grâces, qui jaillissent, au plus loin dans les cieux et retombent, en mille feux, en mille lieux, pour former  avec elle, un concert harmonieux, de musique, de la foule.

 

Musique du discours, avec ses digressions, ses arpèges, ses relances, ses accords, ses mouvements, ses laudes obsédantes, inquiétantes, ses refrains incessants, repris à l’infini, ses montées en puissance, ses rythmes endiablés, ses retombées ; musique envoutante, inclassable, spontanée, musique aux paroles vaines et inutiles, se suffisant à elle, si belle si vrai si évidente si rassurante si convaincante, pour tous ceux qui la jouent pour tous ceux qui l’écoutent et qu’importe après tout, tout ce qu’elle promet, les idées, les projets, puisque seule compte en vrai comme chacun le sait, la musique du discours de loin la préférée.

 

Musique de candidats, avec Eva JOLY, en recherche d’harmonie, celle de MELENCHON toujours haut en passion, avec Marine LE PEN, en recherche d’elle même, quant à François BAYROU c’est  un ton en dessous.

 

Musique mitterrandienne, qui sait être écoutée, sans excès sans effet et même sans attrait, avec tous ses refrains, simples mais pleins d’entrain, ceux que l’on retient, ceux que l’on fredonne et qui ainsi lui donne et depuis tant de mois, la place très enviée, de François le premier.

 

Musique du Président qui pour sa succession et après cinq années de très grande passion, l’interprète à nouveau dans la même formation, avec les mêmes rythmes et les mêmes reprises, avec les mêmes chutes et le même lyrisme, avec les mêmes refrains, et le même public, ou presque ; manquent peut-être ceux, qui depuis belle lurette, ne reprennent plus celle de 2007,  ils auraient préféré, à n’en pas douter, qu’on leur eut composé, en toute simplicité, une toute autre mélopée, pour une autre société …

Repost 0
Published by gpancraz
commenter cet article
20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 18:28

 

Nicolas SARKOZY a décidé de durcir le ton autant qu’il est possible.

 

A l’occasion des rassemblements d’Annecy et de Marseille, qui ont lancé sa campagne officielle, il a attaqué avec une très grande virulence François HOLLANDE, le traitant à plusieurs reprises de menteur, il a cherché à démontrer par le biais d’une interminable tirade, que contrairement à lui, son adversaire n’aimait pas la France, il a expliqué, preuve de son expérience à l’appuie, que  le candidat du parti socialiste n’avait pas l’envergure suffisante pour diriger le pays.

 

Nicolas SARKOZY est un trop fin politique pour se laisser aller sans raison majeure à ce type de déclaration qui peut se retourner contre lui, tant elle est susceptible de décrédibiliser son auteur, au-delà du cercle de ses partisans.

 

La raison d’une telle prise de risque est évidente, elle est stratégique. D’une part, tout faire pour que le débat soit circonscrit entre lui-même et son adversaire socialiste, une exclusion du second tour par Marine LE PEN serait pour lui la pire des humiliations, d’autre part, modifier la nature du combat de l’élection présidentielle, en entrainant François HOLLANDE dans un « barouf » insensé, le terrain bilan-programme, sur lequel les candidats se trouvent depuis plusieurs mois,  ne lui étant pas favorable et ne paraissant pas pouvoir le devenir.

 

Nicolas SARKOZY a beaucoup hésité avant de se lancer dans la bataille. Les signes de lassitude qu’il a montrés ces dernières semaines n’étaient pas feints. Il sait qu’à la différence de 2007, il ne pourra récupérer qu’une partie trop insuffisante des voix du Front National et du centre, François BAYROU, comme Marine LE PEN, préférant désormais voir la gauche arriver aux affaires, plutôt que de le voir reconduit dans ses fonctions.

 

L’exercice entrepris par Nicolas SARKOZY est des plus périlleux, mais il a estimé qu’il n’avait pas d’autre issue.

 

Cette stratégie a déjà porté ses fruits, au moins en ce qui concerne le premier tour, puisque les études faites montrent un déplacement de deux à trois points des électeurs de Marine LE PEN vers Nicolas SARKOZY.

 

Ce déplacement d’une frange d’électeurs du Front National résulte de ce qu’une partie de cet électorat, préfèrera toujours un président de droite qui s’oppose aux évolutions préconisées par la gauche dans le domaine sociétal, plutôt qu’un président de gauche. Après avoir manifesté leur attachement pour la candidate de leur cœur, ils retrouveront celui de la raison susceptible de l’emporter.

 

Mais s’il creuse l’écart avec Marine LE PEN, rien ne bouge en revanche en ce qui concerne François HOLLANDE et on ne voit pas comment pourra s’inverser le cours des choses.

 

La stratégie suivie fait le jeu de François HOLLANDE qui dans le « contre », est réputé imbattable, maniant la dérision avec un art consommé, possédant  à la perfection l’art de l’esquisse, se trouvant particulièrement à l’aise dans la repartie et jouant avec beaucoup d’habileté d’un humour qui peut conduire à déstabiliser les adversaires les plus retors.

 

Il a dit et répété qu’il  ne s’engagerait pas sur la voie proposée par son adversaire. Il a opté à l’évidence pour « la force tranquille », que le président sortant, aurait-dû naturellement choisir, au lieu de l’agitation qui ne pourra que le desservir.

 

Une telle stratégie, dont on ne peut même pas être sûr qu’elle ne se retourne pas contre lui dès le premier tour, ne lui laissera  aucune chance pour le second. L’agressivité n’a jamais fait les présidents.

 

Une stratégie perdante ? Rien n’est jamais impossible en politique, mais cela y ressemble fort bien et de plus en plus.

Repost 0
Published by gpancraz
commenter cet article
13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 11:15

Pour Nicolas SARKOZY, la situation devient intenable, les positions se figent de plus en plus, alors qu’il espérait voir, à partir de fin janvier, un mouvement se dessiner en sa faveur. Il n’a pas eu lieu, François HOLLANDE ne perd pas un pouce de terrain et demeure le favori, Nicolas SARKOZY n’en gagne pas et ne semble pas susciter, contrairement à 2007, un quelconque engouement dans l’opinion.

 

Il ne peut vraiment plus attendre. Il dispose d’un mois pour tenter d’inverser le cours des choses. Passé ce délai et si rien ne bouge, on commencera alors à assister aux premiers mouvements « d’indécis » vers le candidat en situation de l’emporter, ce seront les premières défections,  signe annonciateur de ce que quelque chose est en train de se passer.

 

Pour Nicolas SARKOZY, il n’est donc plus temps de tergiverser.

 

Ce devrait-être cette semaine, on parle du mercredi 15 ou du jeudi 16 février. Le premier meeting aurait lieu le dimanche qui suit à Marseille.

 

Les dates et le lieu ne sont pas choisis au hasard, ils entrent dans la stratégie adoptée.

 

La stratégie est la même que celle qui a si bien réussi en 2007, proposer, aux électeurs qui s’orientent vers un vote Marine LE PEN, une politique qui corresponde à leurs aspirations. Il va l’accélérer et l’amplifier en misant sur le fait qu’ainsi, pour la plupart, ils ne choisiront pas « la politique du pire » en faisant élire le candidat socialiste.

 

La date du meeting d’ouverture de la campagne, se situe au lendemain du jour où Marine LE PEN sera invitée, CSA oblige, à l’émission de télévision, « On n’est pas couché » qui devrait réunir plusieurs millions de téléspectateurs. Outre que cette émission est très regardée, on sait qu’elle a été marquée depuis des années par le comportement bravache de son  animateur Laurent RUQUIER qui a toujours affirmé à propos de Marine LE PEN qu’il ne la recevrait jamais, comme précisait-il, il n’avait jamais reçu le père. Mais à la différence des autres animateurs ou journalistes qui ont eu cette position, il s’est montré à toute occasion inutilement insultant à son endroit, pensant peut-être qu’il n’aurait jamais eu à l’affronter sur son plateau.  

 

Quant au lieu, si c’est bien Marseille, elle est dans la même logique, c’est en quelque sorte la capitale de l’immigration d’origine maghrébine et aussi, avec sa région, le lieu où le Front National fait ses meilleurs scores et dont Jean-Marie LE PEN est l’élu.

 

Nicolas SARKOZY pourra ainsi espérer, dans un contexte géographique et médiatique approprié, reprendre la main. Ce sera certainement un moment important de sa campagne.

 

Si rien n’est jamais définitivement bouclé et si d’aucuns pourraient même penser qu’une telle entrée en campagne pourrait faire la part trop belle au Front National, cette stratégie est certainement dans le droit fil de ce qui a désormais été décidé, aller vers les électeurs du Front National, mais sans pour autant faire fuir ceux de la droite modérée.

 

Les petites phrases de ces derniers jours de Jean-Louis BORLOO, d’Henri GUAINO et de François FILLON, montrent que la voie est particulièrement étroite, mais il n’y en a pas d’autre. On comprend mieux maintenant le peu d’empressement du candidat pour s’y engager.

Repost 0
Published by gpancraz
commenter cet article
11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 13:25

Qu’elle soit chaleureuse, réservée ou distinguée, la poignée de main fait partie de l’arsenal  utilisé par le politique dans son combat pour le pouvoir. Geste  banal et machinal, il est un signe d’estime, de satisfaction et de  reconnaissance envers ceux, par qui il sait qu’il existe, et à qui il donne en remerciement cette  attention à la fois furtive et  charnelle.

 

Vis-à-vis de ses adversaires, la poignée de main du politique a bien d’autres significations. Elle peut-être consensuelle pour marquer par exemple le rétablissement d’une relation, la consécration d’un compromis ou tout autre accord qui intervient tout au long d’une vie politique…Mais elle pourra aussi être offensive, servir à provoquer ses concurrents, les déstabiliser, leur signifier sa détermination, comme des boxeurs savent le faire avant un combat.

 

En se rendant à la table Présidentielle, lors du dîner du CRIF, pour saluer le titulaire de la fonction qu’il ambitionne d’occuper, François HOLLANDE a voulu, par cette initiative d’apparence  courtoise, qui n’a certainement pas été décidée à la légère,  adresser un message à son concurrent direct en même temps qu’à ses partisans, qu’ils soient de premier ou de second tour.

 

Arrivé par derrière et on peut le dire par surprise, alors que le président était déjà assis, il l’a obligé à se retourner, à se relever, à quitter la table à laquelle il était installé et à  improviser quelques mots anodins dans une situation qu’il n’avait pas prévue.

 

Cette façon particulièrement habile de venir braver son adversaire dans un lieu et à un moment que celui-ci n’attendait pas, apparaît comme une sorte de défi public, lancé en plein exercice de la fonction présidentielle, alors même que va s’engager la mère des batailles.

 

Mais par le respect qu’il lui a manifesté dans le même temps, en se rendant jusqu’à lui pour le saluer, François HOLLANDE a certainement voulu aussi mettre en garde ses partisans contre des excès qui peuvent lui être préjudiciables.

 

Il a ainsi écarté sans ambiguïté les déclarations outrancières d’un député de Martinique, apparenté au parti socialiste, lancées du haut des travées de l’Assemblée Nationale, en réponse à des propos ambigus tenus quelques jours auparavant par le Ministre de l’intérieur.

 

Ce parlementaire avait indiqué qu’il rejetait toute une partie du peuple français qu’il accusait d’aller vers une idéologie faite de racisme, à l’origine des camps de concentration, de l’esclavagisme et du colonialisme, y ajoutant, pour faire bonne mesure le qualificatif de nazi.  Il a donné à travers ses propos une image exécrable d’intolérance, de rejet, de rupture et de haine et a pris le  risque de faire basculer la campagne dans un cloaque nauséabond, dans lequel le candidat socialiste ne serait pas sûr de sortir vainqueur.   

 

Par la même occasion, François HOLLANDE a voulu prendre ses distances avec d’autres excès de langage, ceux auxquels Jean-Luc MELENCHON se livre quotidiennement, dans des discours qui frisent à certains moment l’hystérie et dans lesquels il divise à sa manière la France en deux camps, celle des accapareurs, des profiteurs et des exploiteurs et celle d’un peuple affamé, laissant entendre qu’il suffirait d’éliminer les méchants, sans dire précisément qui ils sont et comment y parvenir, pour que tout aille bien, que les chômeurs retrouvent du travail, les sans abris et les mal logés des logements  et pour que se dissipe comme par magie la crise économique.

 

Par sa poignée de main du 8 février, François HOLLANDE a su rétablir les  équilibres que  la République exige. Il a donné une image conforme à ce que doit être un tel affrontement, celui des sportifs, qui se saluent avant de s’affronter sans merci mais avec loyauté, respectueux de leur adversaire, scrupuleux dans l’application du règlement commun, soucieux de l’éthique de leur art, ce qui les conduit à demeurer en toute circonstance, selon cette expression anglaise intraduisible « fair-play ».

Repost 0
Published by gpancraz
commenter cet article
5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 20:26

 

Elle devrait conduire la gauche aux affaires, en mai 2012. Mais on sait qu’en politique, la logique n’a qu’une place réduite et le balancier de l’histoire ne s’orientera dans cette direction, en présence d’un Président qui concourt pour un nouveau mandat, qu’après un examen attentif de sa gouvernance, de sa personnalité, de son image, de son bilan, de son projet et sans omettre de tenir compte aussi de la stratégie adoptée pour l’emporter, de la crise, des reports de voix, tous facteurs déterminants et qui font l’élection.   

 

Tout d’abord et dans le sens de l’alternance, un Président trop audacieux, trop impliqué,  insuffisamment distancié, peu soucieux des effets engendrés par des annonces prématurées, inopportunes, décalées ou irréalisables, prises dans l’urgence, pour la satisfaction de l’instant, sans le temps de la réflexion ni celui de l’expertise, sans souci du lendemain, qui s’oublient ou qui disparaissent,  avec en toile de fond, une surexposition inappropriée de son image, qui exaspère ses opposants, inquiète ses partisans, et le décrédibilise,

  

S’y ajoute un bilan, quelle que soit sa qualité, qui ne suscite qu’indifférence, parce qu’il fait nécessairement référence au passé, un projet, si ambitieux soit-il, qui voit sa sincérité  mise en doute, venant après cinq années d’exercice du pouvoir, une stratégie de temporisation, qui fut fatale à tous ceux des gouvernants-candidats, qui avaient  pu croire, par une inouïe présomption autant que par paresse, qu’ils pouvaient faire l’économie de la campagne, une crise, portée au rang d’espérance présidentielle, qui sera de nul effet sur un électorat qui ne voit de solution ni dans l’expérience, ni dans la compétence, mais dans le seul règlement d’une dette, devenue insupportable pour tous.

 

S’y ajoute encore, un examen des reports de voix, qui se présentent en « perspective  négative », tant en ce qui concerne les électeurs Front National, qui firent la dernière élection, qu’en ce qui concerne les électeurs centristes, qui ne trouvèrent rien à y redire et qui s’orientent désormais, plus par opposition que par conviction vers la social-démocratie proposée par François HOLLANDE.

 

Et pendant ce temps, il y a ceux qui guettent le moindre signe, si infime soit-il, qui leur permettrait d’espérer voir s’inverser le cours des choses, c'est-à-dire de l’Histoire, ou que puisse au moins être entravée, ne serait-ce qu’une fois encore, cette insistante logique de l’alternance, mais qui semble cette fois-ci ne point vouloir en démordre.

Repost 0
Published by gpancraz
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de gérard pancrazi
  • Le blog de gérard pancrazi
  • : Une analyse de l'actualité politique. une réflexion sur le monde
  • Contact

Recherche

Liens