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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 19:25

Lorsque Jean-Marie LE PEN dirigeait le Front National, son physique de baroudeur, son passé Algérie française, ses dérapages verbaux et ses calembours hasardeux, ne rendaient pas difficile la tâche de ses adversaires, qui le traitaient de fasciste, l’excluant ab initio de la vie politique.

 

Avec sa fille Marine, les choses sont différentes, et ceux qui se contentent de balayer le problème qu’elle représente d’un revers de manche, en affirmant que « Marine LE PEN c’est Jean-Marie LE PEN en femme », prennent un risque politique majeur. Ils se donnent par paresse intellectuelle, une facilité qu’ils risquent de payer fort cher, électoralement parlant.

 

Marine LE PEN est une jeune femme plutôt attrayante, grande, blonde, elle porte aussi bien le jean délavé que le tailleur chic griffé, elle joue de son sourire comme d’une arme pour décontenancer ou pour séduire, elle n’est pas dépourvue d’un certain charme, on la sent à l’aise quel que soit le milieu dans lequel elle se trouve.

 

Elle s’exprime et débat avec aisance, on ne lui connaît aucun dérapage susceptible de la mettre hors jeu. 

 

Mère de famille, elle a connu l’épreuve du divorce comme une majorité de ménages français, ses enfants fréquentent l’école laïque. C’est une femme moderne, pleinement intégrée dans son époque.

 

Concernant les lois relatives aux mœurs de notre société, elle n’a repris à son compte  aucune des thèses passéistes du Front National, en particulier sur l’IVG, ajoutant toutefois qu’elle estimait que les pouvoirs publics devaient tout faire, pour aider les femmes à ne pas être contraintes  d’y recourir.

 

Elle fait partie de ces générations,  qui n’ont pas connu la seconde guerre mondiale, et qui voient dans cette période douloureuse, une page de l’histoire de France, plus qu’une idéologie. Sur ce sujet, elle a immédiatement mis les choses au clair en condamnant, sans la moindre nuance, les atrocités nazies de la seconde guerre mondiale.

 

Elle ne ménage pas les américains dont elle dénonce l’impérialisme. Elle s’oppose à l’Europe de MAASTRICHT, qui dit elle ne répond pas aux aspirations des français…

 

Sa forte personnalité est reconnue, nul n’ignore qu’elle a souvent eu des conflits de fond avec son père, et rien ne permet de penser qu’il puisse l’attirer sur des voies rétrogrades.   

 

Le parti qu’elle dirige demeure pourtant vicié par les soupçons graves de racisme  d’antisémitisme et d’islamophobie, étayés par des condamnations dont a été l’objet son ancien chef.

 

Cela a exclu le Front National de toute possibilité d’accord, avec quelle qu’autre formation politique que ce soit. Il n’a, de la sorte,  jamais pu accéder au pouvoir, sauf quelques exceptions demeurées sans suite ; les forces républicaines de gauche comme de droite, s’unissant contre lui pour s’y opposer.

 

Même si cela paraît anecdotique, Marine LE PEN est aujourd’hui la seule personnalité politique qui est indésirable dans certaines émissions de télévisions, les animateurs Michel DRUCKER et  Laurent RUQUIER assumant ouvertement cette mise à l’écart.

 

Radio J a d’annulé l’invitation qu’elle lui avait adressée pour son émission politique, le CRIF a considéré que cela aurait été « un symbole inacceptable. » Pourtant Marine LE PEN, en déclarant lors d’une interview dans l’hebdomadaire Le Point que « la shoah avait été le summum de la barbarie », ne peut être taxée d’antisémitisme.

 

La CGT a exclu des adhérents du Front National, ce syndicat ayant estimé que leur engagement politique était incompatible avec leur appartenance syndicale.   

 

Suffira-t-il de répéter que Marine LE PEN est raciste et antisémite pour l’empêcher d’accéder au pouvoir ? Suffira-t-il de l’ostraciser pour en être protégé ?

 

Les enquêtes d’opinion montrent que l’on assiste à une dédiabolisation de plus en plus importante du Front National, l’arrivée de Marine LE PEN à la présidence du mouvement ayant accéléré ce phénomène.

 

Les observateurs s’accordent pour dire que tous les ingrédients d’une montée de l’extrême droite sont aujourd’hui réunis en France comme en Europe,  et si la crise vient à s’aggraver, nul n’est en mesure de dire comment les choses pourraient évoluer.

 

En ne tenant pas compte de cette situation nouvelle, la droite prend aujourd’hui la responsabilité, de  voir un jour ce parti, accéder seul aux affaires.

 

Cela paraît aussi invraisemblable, que paraissait invraisemblable de voir un jour, le vieux leader du Front National, arriver au deuxième tour de l’élection présidentielle.  

 

RAMA YADE explique la montée de la présidente du Front National par le fait qu’elle « ose dire  tout haut ce que les gens pensent tout bas ». Jean Daniel LEVY directeur de l’Institut qui a réalisé les sondages, qui ont fait polémique, en la classant en tête du premier tour des présidentielles,  dit de la même façon « Marine LE PEN, arrive à poser des mots sur les choses. »

 

C’est le nœud du débat. Il y a des problèmes de société considérés désormais comme  importants, qui n’ont pu pendant longtemps être abordés, sous peine d’être  rejetés dans les limbes d’une pensée douteuse et de voir leurs auteurs mis à l’index de leur famille politique.

 

Aujourd’hui, la sécurité, le communautarisme, l’immigration, l’exercice de l’Islam, peuvent être débattus par des responsables de tous les partis politiques. Du communiste André GERIN, qui fustige le Hallal dans les collectivités publiques et le refus des femmes musulmanes de se faire examiner par des médecins hommes, à l’UMP Patrick DEVEDJAN qui n’hésite pas à déclarer que le Front National est « le révélateur de nos insuffisances », du  leader du Front de Gauche, Jean Luc MELENCHON qui s’oppose avec la plus grande fermeté à ce que la construction des mosquées soit financée par des fonds publics, au socialiste Manuel VALLS qui a préconisé une politique réaliste en toutes ces matières et au centriste Hervé MORIN qui a déclaré que l’immigration illégale devait être combattue avec la plus grande fermeté...

 

Le Front National, pour ce qui le concerne,  va plus loin en faisant de ces thèmes l’axe de sa politique. Mais il s’interdit désormais de les asseoir sur des fondements qui pourraient être qualifiés de xénophobes ou d’islamophobes.

 

Marine LE PEN fonde clairement sa dialectique, non sur les personnes mais sur les concepts, non sur les ethnies mais sur la politique, non sur la religion, mais sur le principe de laïcité et la loi de 1905, non sur l’absence de toute sensibilité envers des populations erratiques en souffrance, mais sur des motifs économiques et financiers  devenus, selon elle, incontournables

 

Marine LE PEN empêche de la sorte tout procès en sorcellerie, tel que son père en connut.

 

Ainsi par exemple, lorsqu’elle dit s’opposer à l’immigration, elle parle des difficultés financières de notre pays, et de l’absence de moyens dans tous les domaines de la vie sociale. Elle précise immédiatement, afin d’éviter toute ambigüité,  qu’elle ne combat pas les immigrés qu’elle dit être les principales victimes du système, mais les patrons qui les exploitent et qui tirent ainsi les salaires de l’ensemble des travailleurs vers le bas. Elle dit encore qu’elle ne combat pas les musulmans, mais les excès de l’exercice de l’islam en France, tels que les prières dans les rues, au nom du principe de laïcité et se fonde sur la loi de 1905 pour refuser le financement public des mosquées.

 

Le but de Marine LE PEN est, à l’évidence,  d’intégrer le Front National au sein de la République.   

 

Habile manœuvrière ? politicienne de talent ?

 

Et si les politiques prenaient Marine LE PEN à son propre piège ?

 

Avant même la chute du mur de Berlin, François MITTERAND avait « liquidé » les communistes en les faisant entrer au gouvernement. En Italie, l’extrême droite de Gianfranco FINI,  longtemps considérée comme « fasciste » au sens strict du terme, est devenue, après l’exercice du pouvoir un mouvement démocratique qui plaide aujourd’hui pour un assouplissement du statut des immigrés. En Afghanistan, la gauche française préconise des négociations avec les talibans et leur intégration au gouvernement pour mettre fin au conflit...

 

Ne dit-on pas qu’en  politique, l’intransigeance a toujours précédé le compromis ? gpancrazi.over-blog.com/

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