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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 05:36

 

Il a fait des efforts pour se donner une image de présidentiable, le fameux look du présidentiable… Un peu ascète, un peu moderne, pas trop jeune, pas trop vieux, sympathique mais pas rigolard, cultivé mais pas ennuyeux, ni « sapé », ni clinquant, concentré mais pas tendu, décontracté mais pas désinvolte…

 

Cela a donné  un changement de coupe et de couleur de cheveux, le noir corbeau peigné plutôt en arrière, a remplacé le châtain avec raie sur le côté, les lunettes rondes ont laissé la place à des lunettes tendance, rectangles et allongées, avec branches assorties aux cheveux, à la tête plutôt ronde elle aussi, autrefois posée sur ses épaules, s’est substitué un long cou sur lequel trône un visage allongé, de plus en plus émacié au fur et à mesure du régime alimentaire auquel il s’est astreint, et à un teint plutôt rougeaud, trop bon vivant, a été préféré un teint blafard beaucoup plus sérieux.

 

L’expression est à peu de chose près la même. Le discours, un peu plus emphatique qu’il ne l’était déjà, est accompagné à certains moments du sourire malicieux qu’on lui connait, le jeu de mains est le même, seule la tête présente parfois, inexplicablement, une certaine raideur, sans que l’on puisse en percevoir les raisons.

   

N’ayant jamais exercé de fonction ministérielle, il lui a été nécessaire de se créer une stature qui corresponde à son ambition et qui vienne gommer celle d’un secrétaire général, chargé d’assurer la gestion des affaires courantes.

 

Ce changement a certainement été conçu, non comme une coquetterie, mais comme une nécessité, une sorte de transsubstantiation politique.

 

Mais à y regarder de plus prés,  ce changement physique correspond mieux à la réalité, à son véritable tempérament, à ce qu’il est.

 

Sous une apparence bonhomme, rondouillarde et sympa, sommeille un florentin habile, et  l’aspect froid et sec qu’il cherche à se donner physiquement, correspond infiniment mieux avec ce qu’il est.

 

François HOLLANDE a été certainement sous estimé par rapport à sa véritable nature. Son aspect jovial a pendant longtemps été pour lui un masque trompeur. On ne se méfie jamais des gros, on les croit complexés, lourds, accommodants. Ils peuvent l’être, mais ils peuvent être tout le contraire, et dans ce cas ils sont particulièrement redoutables.

 

Monsieur « bonnes blagues » ainsi que l’avait surnommé Laurent FABIUS, a su mettre son agilité d’esprit au service de réparties, qui animent le débat et qui rendent son auteur,  sympathique et rassurant.

 

Sa détermination est sans faille. Il a refusé, contrairement à Martine AUBRY, tout arrangement avec Dominique STRAUSS KAHN, et n’a pas manqué de le lui faire savoir avec fermeté, en le faisant photographier, sortant de l’immeuble où avait eu lieu l’entretien sollicité par ce dernier.

 

Il a su ramener « l’effet MONTEBOURG » a sa juste proportion, au point que 48 heures plus tard, il s’est évanoui sans laisser de trace. Ségolène ROYAL avec laquelle il eut pourtant des relations contrastées et alors qu’en 2007 il ne l’avait soutenu que du bout des lèvres, s’est ralliée à lui sans la moindre hésitation.

 

La sympathie qu’il inspire, lui a permis d’être soutenu par des concurrents du premier tour de la primaire, qui ont pourtant une ligne politique plus proche de Martine AUBRY, mais cette dernière, souvent hautaine, cassante quand elle n’est pas blessante, lui a il est vrai, facilité grandement la tâche.

 

Jacques CHIRAC lui-même, sous couvert à postériori d’’humour corrézien, lui a apporté son  soutien.

 

Comme il se plait à le dire, il s’est préparé à cette épreuve depuis longtemps et il s’est bien préparé. Il n’a pas commis la moindre faute. On ne lui connaît pas de point faible.

 

Il y a du François MITTERRAND chez François HOLLANDE.   Le désir de changement que chacun perçoit, allié à un homme qui démontre au fil des jours un incontestable talent, risque de tout emporter sur son passage. On ne voit pas très bien, à l’heure qu’il est, qui pourrait arrêter l’irrésistible ascension de François HOLLANDE.

 

*Publié sur ce blog le 16 octobre 2011

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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 11:48

Rien ne permet de penser que Julien DRAY ait cherché à faire capoter la campagne de François HOLLANDE. La thèse du journal Le Monde.Fr selon laquelle il a été piégé par Anne SINCLAIR, invitée à son anniversaire au titre de directrice du HUFFINGTON POST, dans lequel il est lui-même blogueur, et qui serait venue accompagnée de son mari à son insu,  parait la plus crédible. 

Ce qui peut cependant être reproché à Julien DRAY c’est d’avoir fait prendre à François HOLLANDE, le risque  d’un « pataquès », et c’est ce qui est arrivé.

En organisant, à l’occasion de son anniversaire une réunion, dans laquelle se seraient trouvés des proches de François HOLLANDE et l’épouse de Dominique STRAUSS KAHN, dans un bar de la rue Saint DENIS à Paris, rien de moins, Julien DRAY a mis de façon consciente en danger, le candidat de la gauche à l’élection présidentielle, à quelques jours du scrutin.

Anne SINCLAIR, quoiqu’elle dise, est trop liée à Dominique STRAUSS KAHN, au moins par la permissivité dont elle fait preuve à son endroit, pour que l’affaire puisse passer inaperçue, même en l’absence de ce dernier.

Julien DRAY est un vieux de la vielle de la politique, il n’a pas pu imaginer une seconde qu’il n’y aurait ni fuite, ni photo, ni exploitation de cette fête. Un journaliste de l’hebdomadaire le Point, M. Saïd MAHRANE, qui semble-t-il s’est trouvé là, on ne sait pas trop comment, a pris deux photos, l’une de Manuel VALLS et l’autre de Dominique STRAUSS-KAHN et a « tweeté » l’information.

Si le journaliste du Point était bien sur les lieux comme on peut le penser, la question se pose de savoir qui l’aura prévenu.  

Et si Ségolène ROYAL, Manuel VALLS et Pierre MOSCOVICI, n’avaient pas eu la présence d’esprit de quitter les lieux en apprenant la venue de Dominique STRAUSS-KAHN, ou s’ils avaient été mis devant le fait accompli, l’affaire NAFFISSATOU DIALLO aurait pu avoir sur la politique française, des effets collatéraux encore plus importants que ceux qu’ils ont eus.

Ce lundi même, qui précède le scrutin du second tour de l’élection, sur télé Matin émission phare d’Antenne2,  Nicolas SARKOZY ne s’est pas privé d’en faire état, réactivant ainsi l’idée d’une « gauche-caviar », arrogante et sans complexe.

Mais au-delà de cette faute de Julien DRAY, il est sûr qu’Anne SINCLAIR femme de média, savait en arrivant à cet anniversaire avec son mari, que sa présence donnerait aux adversaires du candidat de gauche, en pleine campagne électorale, des verges pour le faire battre au sens propre du terme.

Les époux STRAUSS-KAHN-SINCLAIR, en s’introduisant comme ils le font dans la campagne électorale, par des interviews intempestives,* ou par leur présence inopinée en couple, lors d’une réunion dont ils ne pouvaient ignorer qu’elle comporterait des proches du candidat à la présidence, donnent une piètre image d’eux-mêmes, image déjà ternie par les affaires, et ajoutent vis-à-vis des derniers amis qui ne les avaient pas encore fui, la déloyauté.

* Voir sur ce blog, « la perfidie des époux STRAUSS KAHN-SINCLAIR »

 

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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 19:36

« Si je suis battu, j’abandonne la vie politique. »

 

Pour cette seule phrase prononcée dans le cours d’une causerie de peu d’intérêt, peut-être même sans y avoir pris garde,  l’un des hommes les plus puissants de la planète, dès le résultat annoncé, disparait de la scène publique.

 

Démuni du pouvoir, sans aucune perspective de le reconquérir un jour, ceux qui avaient, et parfois depuis si longtemps, investi en lui et qui composaient l’essentiel de ses relations personnelles, le fuiront, avec en plus une sensation étrange, celle d’avoir été trompés.

 

Très vite seul avec lui-même, libéré peut-être même sans vraiment l’avoir voulu de toutes ses autres contraintes, il se trouvera d’abord confronté à quelques problèmes matériels.

 

La cérémonie de passation des pouvoirs lui vient de suite à l’esprit. Terrible épreuve que celle d’aller célébrer sa propre défaite, alors que l’on voudrait pouvoir s’évanouir dans l’au delà. Singulière tradition que celle qui consiste à  rendre hommage à son contempteur alors qu’on le hait plus que tout au monde. Curieux cahier des charges, qui lui fait obligation de faire bonne figure, d’aligner sourires et traits d’humour avec une recommandation particulière pour l’autodérision…Un abaissement qui n’a pour seule échappatoire que l’humilité, dont on dit qu’elle est  la porte ouverte à toutes les perfections, maigre consolation.   

 

Son chauffeur de toujours, si fidèle, si modeste, si soumis, lui paraît maintenant un tantinet détaché. Ils n’en a plus que pour quelques jours. Il doit certainement penser à son affectation future. Mais il ne peut désormais plus rien pour lui. Lui-même devra d’ailleurs se trouver un job. Au pire ce sera le cabinet. Mais c’est du boulot et cela fait une éternité qu’il n’a pas ouvert un code. Il y a bien-sûr le Conseil, mais sous la présidence de Jean-Louis …On parlait d’humilité, il en faudra vraiment pas mal. Mais c’est  mieux que rien, et ça reste dans ses cordes.

 

Il se trouvera ensuite confronté à l’une des plus cruelles réalités de la vie, l’ingratitude. Jean-François n’a pas rappelé, François non plus, sans parler d’Alain qu’il a sorti du trou, même Nadine… Ce n’est certainement pas cela qu’il a voulu, tout abandonner ainsi... Cela a été vite, très vite, trop vite…Il a pourtant espéré qu’ils le harcèleraient, qu’ils le supplieraient,  « tu es notre chef, on ne peut rien faire sans toi, c’est avec toi que l’on va reconquérir le pouvoir… » Bien au contraire, ils n’arrêtent pas de répéter qu’ils respectent sa décision d’abandonner la politique. Ils ont fermé la porte. 

 

Les copains de toujours ne répondent plus : « il est en réunion » « il vous rappellera dès que possible » « il vient juste de partir en rendez vous extérieur », « il n’est toujours pas rentré ». Cela va être dur, très dur. 

 

Plus d’égard, plus d’attention... Il reste les dîners en ville, et quelques conférences.

 

Tiens un SMS. C’est CARLA, qui part se reposer chez ses parents. Il a  l’impression qu’elle lui fait la gueule.  Bon, il faut arrêter, il devient parano.   

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28 avril 2012 6 28 /04 /avril /2012 15:32

Les deux interviews données par les époux STRAUSS-KAHN-SINCLAIR, en pleine campagne électorale, posent question.

 

Avant la nomination de Dominique STRAUSS-KAHN au FMI, le couple a toujours symbolisé la gauche socialiste la plus rigoriste, quant à la défense de ses valeurs. Anne SINCLAIR refusa, contre toute déontologie, d’interviewer Jean-Marie LE PEN et Dominique STRAUSS-KAHN fut le premier à gauche, à déclarer le 21 avril 2002 qu’il voterait CHIRAC, position qui fut par la suite critiquée par Lionel JOSPIN.

 

Après les affaires que l’on connaît, les époux STRAUSS-KAHN-SINCLAIR ont pris l’initiative, à la veille du premier tour des présidentielles pour l’un et du second pour l’autre, d’entrer dans la campagne, avec pour effet, sinon pour objectif, de gêner le candidat socialiste.

 

A quatre jours du premier tour, Anne SINCLAIR nous est apparue au Petit Journal de Yann BARTHES du 18 avril, belle comme jamais, fraîche, rieuse, moqueuse sur tous les sujets, en particulier sur l’exécrable accent anglais du Président ou sur les répétitions de Nicolas DUPONT AIGNAN, sûre d’elle même, dominatrice et détendue. Vraiment, comme on le dit à propos de sportifs et sans que personne ne cherche à lui en faire reproche, en très grande forme.

 

Mais attention ! c’est la directrice du HUNFFINGTON post qui a été invitée, pas l’épouse de qui vous savez. Donc, on ne parle de rien, rien de rien, OK ? OK ! Grâce à Yann BARTHES, nous apprenons qu’elle est plus Rock que pop et que les pulls mohairs sont une légende, elle n’en a porté que quatre fois, car ça tient chaud et que les fibres se mettent dans les yeux…Enfin, « son livre est un carton » répète inlassablement le terrible Yann BARTHES, ébloui par la star.

 

A 10 jours du second tour, Dominique STRAUSS KAHN a donné à son tour une interview, mais noblesse oblige, au journal britannique The GUARDIAN. Il se dit victime d’un complot des services secrets français à la solde du pouvoir sarkoziste …

 

Voilà un homme qui devrait se cacher dans un trou de souris pour tenter de faire oublier ses frasques et qui continue à palabrer et à se pavaner comme si de rien n’était, comme s’il n’était qu’une malheureuse victime d’un monde sans pitié, alors que personne d’autre que lui, serait à même de trouver encore toute la complaisance qu’il désire, s’il n’avait pas été justement le contraire de l’idéal socialiste.

 

Les époux STRAUSS-KAHN-SINCLAIR ont ainsi fait subir à la gauche le pire des discrédits qui pouvait lui être fait en cette période électorale. Celui d’une gauche arrogante, protégée, qui ne craint pas la crise, ni les journalistes, ni même Yann BARTHES, ce dernier s’étant il est vrai  montré tellement loyal avec la belle Anne, selon vraisemblablement les conditions qu’elle avait posées à sa venue, ou pire encore, sans même qu’elle eu besoin d’une quelconque négociation.

 

Les époux STRAUSS-KAHN-SINCLAIR  ont donné à ces deux occasions, une image dégradée de la gauche, une sorte de concentré de tout ce qu’on a pu lui reprocher, et l’on a du mal à imaginer que ni l’un ni l’autre n’a eu conscience, que leur comportement pouvait ressembler à une véritable intrigue.

 

Cherchent-ils à faire payer à leurs anciens amis le prix de la distance qu’ils ont eu le front de prendre envers eux. A moins qu’il y ait une autre explication, mais laquelle ?

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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 08:36

François MITTERRAND, lorsqu’il fût candidat à sa succession, était demeuré pleinement dans sa stature présidentielle et avait maintenu « son » premier-ministre-candidat, Jacques CHIRAC,  dans une situation subalterne, malgré les efforts de ce dernier pour se sortir de cet avatar. « Vous n’êtes pas le président…Mais bien sûr monsieur le premier ministre… »

 

Nicolas SARKOZY, dont le premier paradoxe fut d’apparaître comme l’outsider de l’épreuve, n’a pas su conserver l’avantage que lui conférait son statut et sitôt parti en campagne, a même fait craquer de toute part ses habits présidentiels.

 

François HOLLANDE, en revanche, n’a eu de cesse de se construire une image de président, ne négligeant aucun de ses aspects, allant on s’en souvient jusqu’à se soumettre à un régime alimentaire sévère et à adopter les mimiques et les intonations de François MITTERRAND.

 

A quelques jours du scrutin décisif, il semble bien que ce phénomène de dé-présidentialisation de l’un et de présidentialisation de l’autre, se poursuive.

 

Ce mercredi 25 avril, François HOLLANDE a tenu à Paris, une conférence de presse, au cours de laquelle nous avons vu s’exprimer un homme posé et distingué, parlant avec précision et mesure, dans un langage châtié, économe de ses gestes et donnant ainsi au spectateur une impression de calme et de sérénité, qui sont les qualités premières que l’on souhaite trouver chez un Président de la République.

 

Devant 280 journalistes, le candidat arrivé en tête du premier tour, a créé une ambiance feutrée, très présidentielle, faite de bienséance et d’amabilités, répondant  aux nombreuses questions de  la presse nationale et internationale sans le moindre excès verbal,  n’écartant aucune des questions qui lui étaient posées et mettant ainsi à bas le procès qui lui était fait dans le même temps à CERNAY, de vouloir fuir le débat.

 

A CERNAY, prés de MULHOUSE, Nicolas SARKOZY qui tenait meeting,  réclamait véhément, la mise sur pied de trois « face à face », exigeant d’en découdre au plus vite avec son adversaire, s’exprimant avec toutes sortes de rodomontades, sur un ton agressif et provocant, laissant à penser qu’il voyait ces débats comme des combats d’homme à homme, où la virilité serait plus déterminante que les idées.

 

C’est dans cette ambiance surchauffée qu’il instruisait les militants alsaciens,  sur les difficultés et même les souffrances des électeurs qui avaient voté Marine LE PEN, gens qu’il qualifiait de parfaitement respectables, victimes du chômage, qui habitent dans des banlieues où règne une grande insécurité, dans des conditions insupportables.

 

Singulière diatribe de celui qui met en avant, comme argument à sa réélection, ses propres carences, commettant par la même un déni de fonction présidentielle, comme l’on commet un déni de grossesse et conduisant ainsi à son paroxysme ce phénomène de dé-présidentialisation, paradoxe inouï pour un Président de la République en exercice...

 

Un processus qui mené à son terme, pourrait en définitive n’être que la logique de l’épilogue que l’on pourrait connaitre dimanche 6 mai, si François HOLLANDE venait comme d’aucuns l’affirment  à l’emporter. On pourra alors dire que les courbes de la présidentialisation ont achevé de se croiser.

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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 08:47

On le savait intrépide, impétueux, bagarreur, on le savait même prêt à l’affrontement physique si les circonstances l’exigeaient, on le savait provocateur en diable, mais peut-on dire que l’on connaît vraiment la personnalité du président ?

 

Combattant jusqu’à mettre sa personne en péril au plan de l’image qu’il donne de lui, Nicolas SARKOZY ne tient plus un seul meeting sans se montrer agressif envers son concurrent. Il ne s’agit pas seulement d’une agressivité verbale qui est naturelle dans ce type de combat, mais d’une agressivité qui apparaît dans son expression la plus vive et qui pourrait être qualifiée de « quasi-physique ».

 

Plus que de la combativité, c’est une sorte de rage qu’il exprime, la rage de vaincre disent certains. Il provoque François HOLLANDE en combat singulier, sachant mêler à la fois la hargne et l’humour : « Je l’attends où il veut, quand il veut, le matin si ça l’arrange, à midi ou le soir pas de problème,  le jour qu’il choisira le mercredi, le jeudi, s’il veut une heure au lieu d’une heure et demi si c’est trop fatigant, pas de problème... » C’est un peu le « descends si tu es un homme » recyclé en   « bats toi si tu es un homme. »  

 

Nicolas SARKOZY est à l’évidence, impatient d’en découdre, il propose même trois débats, voulant faire une sorte de preuve par 9. Il se montre sûr de pouvoir terrasser son adversaire. Il est vrai qu’il excelle dans ce type de confrontation dans lesquelles comptent plus la répartie et l’à-propos que les  programmes qui ne sont là que pour servir de support matériel.

 

Nicolas SARKOZY est sûr de lui. Derrière les traits tirés qu’il affiche depuis quelques jours, se cache une détermination sans borne. Il assure selon ses proches que François HOLLANDE a peur et qu’il va « l’exploser ». L’a-t-il vraiment dit ? Pas de démenti. Mais l’esprit ne fait guère de doute.

 

Il n’est pas sûr que cette stratégie soit la bonne. Dans ce type de confrontation, en politique comme en sport, le public a toujours tendance à prendre parti pour celui que l’on donne perdant et on ne peut qu’être déçu si la victoire que le favori  obtient n’est pas significative.

 

En créant ce type d’ambiance autour de lui, Nicolas SARKOZY «  se met la pression », selon l’expression consacrée et on ne lui pardonnera pas la moindre erreur, le moindre faux pas.

 

François HOLLANDE qui avait toutes les raisons de craindre ce débat se trouve par la même rasséréné par le spectacle auquel il assiste et qui doit certainement lui donner à penser que c’est le président-candidat, qui est  le plus fébrile des deux.

 

François HOLLANDE est loin d’être un mauvais débatteur, il sait conserver son calme, il est très réactif et il manie l’humour comme nul autre pareil parmi ses pairs. Autant d’atouts qui ne permettent pas à Nicolas SARKOZY d’afficher une confiance aussi grande, qui ne peut que se retourner contre lui. On n’a jamais intérêt à sous estimer ses adversaires.   

 

A quelques jours du scrutin, tous les éléments d’une victoire du candidat de la gauche sont réunis. Nicolas SARKOZY joue son va-tout. Un silence pesant de sa part sur le débat du 2 mai aurait certainement beaucoup plus impressionné son adversaire, que toute cette agitation qui peut-être interprétée comme un signe de grande nervosité, certains vont même jusqu’à dire de peur de la défaite, qui s’emparerait du candidat- président.

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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 13:41

Tous ceux qui ont regardé la télévision dimanche 22 avril à 20 heures et qui savent faire une addition à deux chiffres ont compris, même s’ils ne sont pas des politologues avertis, que  la seule façon pour Nicolas SARKOZY d’obtenir le renouvellement de son mandat, est  que les électeurs qui ont voté pour Marine LE PEN votent pour lui au second tour de l’élection présidentielle. 

 

Le staff de campagne de Nicolas SARKOZY a fait exactement le même calcul et a donné à ses troupes le mot d’ordre suivant : « Il faut récupérer les voix du Front National ».

 

Si cette analyse est mathématiquement exacte, la conséquence qui en a été tirée est critiquable à de nombreux égards.

 

Sauf s’il s’agit « encore » d’une approximation journalistique, le terme « récupérer », utilisé  pour désigner la stratégie de l’entre-deux-tours du parti majoritaire, est parfaitement inapproprié et même déplacé.

 

En politique, le verbe récupérer a acquis une acception péjorative marquée. Il consiste à « détourner de son sens et à annexer » une action, un mouvement d’opinion, un groupe d’individus ou une personne, cette « récupération » s’opérant à partir de promesses qui d’une façon générale ne sont jamais tenues. C’est le principe même de la récupération, celui qui récupère est en position de force par rapport à celui qui est récupéré, ce dernier caressant l’espoir, sans toutefois trop y croire, de pouvoir bénéficier de quelques concessions. En 2007 on avait utilisé la fameuse formule selon laquelle « Nicolas SARKOZY avait « siphonné » les voix du Front National.

 

C’est la différence avec le « ralliement » par lequel le rallié adhère sans condition au groupe ou au mouvement qu’il va rejoindre, tandis que dans « l’accord » chacune des parties fait des concessions réciproques équilibrées, qui ont une valeur quasi juridique.   

 

Si les ralliements et les accords font parti de la vie politique ordinaire, siphonage et récupération ne fleurent pas très bon la politique au sens noble du terme. Il y a quelque part un sentiment de tromperie, qui étalé au grand jour avec un certain cynisme, dérange.

 

Dès ses premières interventions de l’après-premier-tour, Nicolas SARKOZY a déclaré qu’il comprenait « la souffrance » de tous ces gens, « leur désespoir », « leur colère », une sorte de « je vous ai compris » qu’il a fait suivre de toute la litanie sur  la sécurité,  l’immigration, les frontières et même l’Europe.

 

Nicolas SARKOZY a-t-il été convaincu qu’il fallait faire une place aux six millions et demi d’électeurs de Marine LE PEN et a-t-il décidé pour cela, d’adopter les thèses du Front National ?

 

C’est peu probable, à entendre les principaux responsables de l’UMP qui disent à chacune de leur intervention que Marine LE PEN a une politique raciste et xénophobe et pour certains d’entre eux que s’ils avaient à choisir, ils voteraient socialiste plutôt que Front National.

 

Il s’agit donc bien comme en 2007, dans l’esprit du président-candidat,  d’une recherche de « récupération » d’un électorat,  stratégie qui à défaut de sincérité a au moins le mérite de la clarté.

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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 07:40

Le débat de l’entre-deux-tours, est pour le candidat en souffrance, le combat de la dernière chance. En quelque sorte celui  du boxeur dominé par son adversaire, qui ne peut plus compter que sur un coup du sort pour espérer l’emporter. La multiplication de ce type de confrontation, ne peut que favoriser celui qui n’a plus rien à perdre.

 

Nicolas SARKOZY qui sait que sa situation est de plus en plus difficile, dit et fait dire, que si l’on veut que les français se déterminent en pleine connaissance de cause, plusieurs débats seront nécessaires entre les deux tours, deux au minimum.

 

Pourtant, il n’avait  pas eu ce type de prévention lorsqu’il fut opposé au second tour à Ségolène ROYAL. Il était devant dans les sondages et il n’était pas question pour lui de prendre le moindre risque.

 

En 2002, Jacques CHIRAC qui savait qu’il avait gagné n’avait aucun intérêt à se colleter avec Jean-Marie LE PEN, excellent dans ce type de confrontation. Bien que la victoire lui fût acquise, c’est lui qui avait tout à perdre.  Il ne pouvait que perdre en prestige et en points. Aussi, après quelques hésitations, Philippe SEGUIN avait réglé le problème en expliquant qu’il n’était pas question que le président sortant se commette avec le leader de l’extrême droite. Le débat républicain de l’entre deux tour est tombé à la trappe sous les applaudissements de la gauche et de la droite réunies.

 

Mais il est des élections où l’on pense que le face à face a été déterminant. Une réplique telle que « vous n’avez pas le monopole du cœur » pour GISCARD en 1974, ou la fois suivante, « sauf qu’entre temps, vous êtes devenu le président du passif » pour MITTERRAND, aurait selon nombre d’observateurs fait l’élection.  Des mois de campagne, des convictions profondes, des idées fortes, peuvent-elles être ainsi réduites à une phrase de quelques mots ?

 

Ce qui est vrai, c’est que l’on ne connaît pas de candidat qui ayant été démis lors de ce type d’épreuve ait gagné l’élection. Mais on peut se demander si après coup, on n’arrive pas toujours à retrouver la petite phrase qui fait mouche et dont on soutiendra pour toujours,  qu’elle a été à l’origine de la victoire ou de la défaite.   

 

En réalité, personne n’est sûr de  rien dans ce domaine, sauf le pétulant Alain DUHAMEL, qui affirme avec l’insigne prétention qui le caractérise, que trois débats, rien de moins,  sont nécessaires pour couvrir l’ensemble des sujets, ses confrères étant beaucoup plus réservés.    

 

Ces face-à-face de second tour requièrent de la part des débatteurs en présence, habileté, répartie, sens de la formule, sang froid, maîtrise de soi, vivacité d’esprit. Il ne fait guère de doute que c’est  sur ces petites phrases bien senties, assénées au bon moment « à la vitesse du son », que le débat, sinon l’élection, se joue.

 

Mais  il serait dangereux, justement de jouer l’avenir d’une nation sur un coup de dé après une campagne fort longue, fouillée, complète. Le face-à-face de l’entre deux tour doit être le dernier acte d’une longue série d’autres et ne peut en soi être déterminant. Il doit rester une sorte de couronnement du meilleur.

 

Dans le tour de France, ce serait la dernière étape sur les Champs Elysées, une promenade de santé pour celui qui a le maillot jaune. Sauf en cas de duel serré, dans ce cas, cela se jouerait bien évidemment « au sprint » 

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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 16:23

L’affaire Florence CASSEZ est exactement le type de cause, dans laquelle un Président de la République n’a pas à s’investir personnellement, au point paraît-il selon ce que raconte l’intéressée elle même, de lui téléphoner personnellement dans sa cellule à période régulière.

Peu importe le fond, mais que l’on se rende un peu compte : rien ne permet de dire que Florence CASSEZ est coupable, mais rien non plus ne permet de dire qu’elle ne l’est pas, rien ne permet de dire que tous les magistrats mexicains sont honnêtes, mais rien ne permet de dire non plus qu’ils sont tous  corrompus ou soumis au pouvoir politique comme on l’a dit en France, rien ne nous permet de dire que Florence CASSEZ était informée des activités de son compagnon Israël VALLARTA, chef présumé de la bande du ZODIAQUE, poursuivi pour plusieurs enlèvements, mais rien ne nous permet de dire qu’elle ne l’était pas, rien ne permet de dire que David OROZCO un des membres présumés du gang des kidnappeurs, qui a affirmé lors de l'enquête que Florence CASSEZ dirigeait la bande avec son compagnon et qu’elle avait pour tâche de toucher les rançons et de préparer les enlèvements a dit la vérité, mais rien ne nous permet de dire qu’il a menti,  rien ne permet de dire que Cristina RIOS VALLADERES, enlevée le 19 octobre 2005 avec son mari et leur fils, puis séquestrée avec son fils pendant 52 jours, qui affirme dans le quotidien La JORNADA qu’avec ce dernier ils ont reconnu « la voix et l'accent de Florence CASSEZ comme étant celle de leur ravisseuse qui a extrait du sang de l'enfant pour l'envoyer au père et qui a menacé la mère de la tuer » a dit la vérité, mais rien ne nous permet de dire qu’elle a menti, rien ne nous permet… rien ne nous permet…et on pourrait continuer ainsi longtemps…

Est-ce là le rôle d’un Président de la République que d’entrer dans un pareil débat judiciaire? Comment un Président de la République entouré des conseillers les plus éminents a-t-il pu se lancer dans un pareil combat ? Comment peut-il être sûr de se trouver en présence d’une erreur judiciaire qui ait pu justifier un tel déploiement d’attaques publiques envers le Mexique ?  Ou alors pourquoi ne pas s’en expliquer clairement ? Toutes les explications du monde de Me BERTON qui se contente de répéter que la police mexicaine a fait une reconstitution factice de l’arrestation, sans jamais aborder les faits qui mettent sa cliente en cause, n’emportent à aucun moment la conviction.

Et quand bien même, est-il du niveau du président de la République de s’investir dans ces affaires avec une communication excessive, certainement même contre-productive.

Michel VAUZELLE part pour le Mexique dans le cadre de la campagne électorale du Parti Socialiste, suscitant l’ire de la famille CASSEZ et de son avocat. Si pour eux, on peut comprendre qu’ils ramènent tout à ce qui est leur préoccupation, on comprend beaucoup moins que pour l’Elysée, le Mexique ne soit vu qu’à travers l’affaire CASSEZ, que l’on ne puisse aller au Mexique que pour l’affaire CASSEZ et qu’il n’y ait plus de diplomatie franco-mexicaine, hormis l’affaire CASSEZ.

Comment peut-on en arriver à imaginer que cette affaire ait une importance majeure dans la campagne pour l’élection présidentielle au point que Me BERTON a cru pouvoir déclarer : «François Hollande est en train de mettre au premier plan Florence Cassez dans la campagne présidentielle, dans le dos de Florence Cassez, de ses parents, de sa défense"

Michel VAUZELLE en embarquant pour le Mexique a déclaré que son voyage n’avait rien à voir avec la dite affaire. Connaissant un peu l’homme et son extrême bon sens, je suis persuadé qu’il dit vrai.

Remettre l’affaire CASSEZ sur le tapis à une semaine du premier tour par l’intermédiaire de sa porte parole, démontre que personne, pas même l’excellent Henri GUAINO, n’a réussi à faire prendre conscience à Nicolas SARKOZY qu’il est passé à côté de la fonction  présidentielle.

Nicolas SARKOZY n’a toujours pas compris que c’est de n’avoir pas su être un président de la République, que vient ses déboires et l’échec vraisemblable de sa réélection. Ne pas savoir distinguer entre ce qui est de la compétence d’un président de la République et celle d’un attaché d’ambassade, d’un sous-préfet, ou d’un procureur de la République, croire que l’on peut ramener la fonction présidentielle à un reality-show avec comme studio principal le perron de l’Elysée pour assurer l’audimat, est très certainement ce qui est à l’origine de sa perte de crédit.

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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 10:53

Depuis la Révolution du 14 janvier 2011, l’avenue Habib BOURGUIBA est devenue un  forum permanent d’effervescence où viennent s’affirmer, parfois même s’affronter, toutes les expressions, des plus extrémistes comme celle de ce prédicateur appelant « à tuer les juifs », aux plus pacifiques, avec des rassemblements d’artistes et de comédiens.

 

Revendications sociales, économiques, politiques, culturelles, se succèdent sur l’artère  principale   où convergent dans le même temps la circulation automobile du tout Tunis avec ses embouteillages monstres, les cars remplis de touristes en route pour la Médina, les hommes d’affaires qui séjournent à l’Hôtel AFRICA, à l’INTERNATIONAL au CARLTON, les promeneurs, les passants en quête d’articles de la dernière mode, employés, fonctionnaires, chômeurs, étudiants, qui emplissent les bars, les  restaurants et les gargotes, qui montent et descendent ech châri ( l’avenue), dans un mouvement ininterrompu depuis la place du 14 janvier jusqu’à la rue d’Algérie, au quartier de Bab ZIRA, de Bab el BAHR, à la rue Mongi SLIM, à la rue Charles de GAULLE, un va et vient incessant depuis le matin aux aurores, jusque tard dans la nuit, tout un petit monde grouillant qui fait le Tunis moderne du 21e siècle, dans un pays qui vient d’acquérir sa liberté d’expression.

 

Craignant de voir compromettre le redressement économique du pays, qui passe par le rétablissement de l’ordre et de la sécurité, le Ministre de l’intérieur Ali LAARAYEDH, a décidé le 28 mars, d’interdire toute manifestation sur la célèbre avenue, estimant qu’il était possible de satisfaire l’expression publique des revendications, en utilisant d’autres sites.

 

Mais les opposants au pouvoir en place, ont trouvé là une aubaine pour se rassembler sur un objectif commun et pour marquer les esprits en bravant l’interdiction au nom de la liberté et de la démocratie et en imputant par avance aux autorités responsables de la mesure prise,   les incidents qui ne manqueraient pas de survenir avec les forces de l’ordre.

 

Le 9 avril, journée des martyrs commémore la manifestation populaire qui eut lieu en 1938 pour soutenir un militant indépendantiste qui comparaissait devant le tribunal de Tunis pour des activités jugées par l’autorité coloniale subversives et qui vit l’armée française débordée, tirer dans la foule. De nombreux morts et blessés furent à déplorer et ce fut là l’un des premiers actes majeurs du soulèvement populaire pour l’Indépendance, après celui qui eut lieu au cimetière du DJELLAZ à Tunis en 1911.

 

Le 9 avril, qui marque ainsi la détermination du peuple tunisien à combattre pour sa liberté, selon l’expression utilisée à l’époque « jusqu’à la dernière goutte de son sang », est depuis l’Indépendance un jour férié. Une commémoration officielle a lieu chaque année au monument des martyrs à SEJOUMI à quelques kilomètres de Tunis, en bordure de son lac.

 

Il ne semble pas que jusqu’alors, des manifestations populaires soient venues s’ajouter aux manifestations officielles. La Révolution du 14 janvier ayant modifié l’ordre des choses, personne aujourd’hui, parmi les différents acteurs politiques  en présence, depuis les salafistes jusqu’aux nostalgiques de l’Ancien régime, ne serait bien évidemment opposé à ce que le peuple s’empare d’une telle commémoration.

 

Le 9 avril concerne l’histoire de la libération de la Tunisie. Il serait difficile pour un gouvernement quel qu’il soit, de pouvoir donner, ne serait-ce que l’impression, de ne pas lui accorder sa juste place, en refusant à la manifestation populaire le  prestige de l’artère principale, pour commémorer cette journée.

 

Mais il n’est pas exclu que le 9 avril soit utilisé par des mouvements d’opposition ou de contestation, avec lesquels la Tunisie démocratique doit désormais compter, pour exprimer au pouvoir son désaccord avec sa politique, et afin de mieux marquer les esprits, d’aller défiler sut l’avenue Habib BOURGUIBA malgré l’interdiction, d’autant qu’il est aujourd’hui facile de réunir à Tunis quelques centaines de manifestants, pour quelque cause que ce soit, tant les difficultés sociales sont grandes, peut-être même encore plus qu’elles ne l’étaient jusqu’alors.

 

Ne pas réagir serait pour les pouvoirs publics un aveu de faiblesse qui entamerait sa crédibilité ; réagir au nom de l’application de la loi, conduirait inévitablement à des incidents,  qui n’en seraient pas moins exploités.

 

Forces antiémeutes, manifestants blessés ou indisposés par les gaz lacrymogènes, une photographe de l’hebdomadaire français Le Point pris dans la tourmente, tous les ingrédients suffisants pour justifier d’une couverture médiatique qui fera de cette journée du 9 avril, pour les opposants au Régime, une journée réussie.

 

Indignation générale, la presse étrangère, en particulier française pourtant en pleine campagne présidentielle, fera ses unes sur les évènements, l’UGTT, le Syndicat des travailleurs tunisiens, qui a un contentieux latent avec le pouvoir, surenchérit et annonce que malgré l’interdiction, il défilera le 1er mai sur l’avenue interdite, des élus de l’opposition de l’Assemblée Constituante décident à leur tour d’aller défier les autorités en se rendant ce jour même, mardi 10 avril  de la statue d’Ibn KHALDOUM, jusqu’au ministère de l’intérieur, on exige une commission d’enquête, le président de la République Moncef MARZOUI intervient et dit regretter les violences d’où qu’elles viennent, la situation se tend, le gouvernement comprend qu’il y a là un piège qu’il doit éviter à tout prix.

 

C’est fait ! Le conseil des ministres du mercredi 11 avril décide d’annuler la décision tant contestée, crée une commission pour enquêter sur les violences du 9 avril que certains appelleront de façon un peu exagérée « le lundi noir »…

 

L’annulation de l’interdiction de manifester va dans le sens de la mesure et de la responsabilité. Mais au-delà de cette disposition, les nombreuses autres décisions de ce gouvernement comme les prises de position du Président de la République, du Premier ministre, des ministres,  les déclarations du leader du parti majoritaire ENNHADHA, font présumer une  volonté de conduire à son terme le processus démocratique, dans un souci d’unité nationale, sans chercher à se retrancher derrière la majorité pourtant acquise de façon incontestable par les urnes.

 

Ainsi, le 25 mars 2012, Rached GHANNOUCHI, a rejeté clairement le salafisme, tel qu’il s’exprime aujourd’hui en Tunisie, estimant qu’il ne correspond pas aux traditions pacifistes du pays et  qu’une dimension terroriste n’est pas à exclure. Le leader islamiste a condamné fermement les appels aux meurtres lancés contre les juifs tunisiens « qui ont le droit de vivre en Tunisie », les agressions perpétrées contre les hommes de théâtre, l’appel au meurtre lancé contre Beji Caid ESSEBSI Premier ministre de transition après le départ de Ben ALI, à qui il a rendu un hommage appuyé, pour avoir organisé des élections libres et pour avoir dirigé le pays alors qu’il était dans une situation délicate. Rached GHANNOUCHI a en outre assumé la non introduction de la Charia dans la constitution tunisienne, afin a-t-il précisé de ne pas connaître les situations malheureuses vécues par certains pays, qui se sont trouvés confrontés à des guerres civiles, après l’avoir adoptée.

 

Alors qu’Habib BOURGUIBA fut un adversaire farouche des islamistes qu’il combattit sans merci avec la dernière énergie, le Président de la coalition au pouvoir, Moncef MARZOUKI (centre gauche) devait le 6 avril 2012, à l’occasion de la commémoration du 12ème anniversaire de sa mort, présider une cérémonie organisée à Monastir, au mausolée de l’ancien président, où il a déposé une gerbe de  fleurs et a récité la Fatiha en sa mémoire.

 

La situation de la femme,  sujet très sensible en terre d’Islam, est abordée avec autant d’ouverture d’esprit. Sihem BADI qui a été nommée à la tête de ce ministère,  est  une femme de son temps, qui fait preuve de pragmatisme et d’une grande intelligence dans l’exercice de sa fonction, cherchant à concilier tradition et modernité. Elle a fait publier le 7 avril 2012 un communiqué, dans lequel elle recommande en particulier de bannir le niqab « ou tout ce qui peut entraver le processus éducatif » Elle a demandé que les enfants « soient protégés de  tout ce qui peut les empêcher d’avoir une activité normale, d’aller à l’école et de bénéficier des acquis de la civilisation moderne. » Le communiqué ajoute que cette décision intervient « en réaction à la multiplication de certains phénomènes étrangers qui entravent l’éducation des plus petits, en voulant les exclure de certaines activités physiques ou artistiques. » Notons que Sihem BADI ne porte pas le voile, ce qui montre bien la volonté de ce gouvernement, qualifié d’islamiste, de laisser à chacun de ses citoyens la liberté de ses choix. 

 

Ces prises de positions, et bien d’autres encore, que l’on peut observer quotidiennement depuis la formation du gouvernement issu des élections d’octobre 2011, montrent que l’on ne peut de bonne foi contester qu’aujourd’hui, l’exécutif tunisien recherche la cohésion et l’unité nationale, seul moyen de diriger le pays vers l’instauration d’un régime démocratique stable et irréversible.

 

Il ne fait guère de doute que ces décisions marquées au sceau du bon sens sont de nature à faire prendre conscience à l’opposition qu’elle a aussi une responsabilité éminente dans cet important enjeu, celle de sa participation à la construction d’une démocratie exemplaire, comme l’a été la Révolution.

 

Ce sera pour l’opposition la meilleure façon de se préparer à l’alternance, qui sera la seule véritable preuve de ce que la Tunisie est devenue une démocratie à part entière.

 

L’avenue Habib BOURGUIBA ne doit alors pas être une entrave, que chacun chercherait à utiliser contre l’autre pour le faire chuter. Cette avenue chargée de toute l’histoire de notre pays, doit pouvoir ajouter à tous ses titres, le plus prestigieux d’entre eux, celui de faire qu’elle soit la voie de la concorde entre tunisiens de toutes conditions, de toutes sensibilités, et de toutes confessions.

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