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30 juillet 2013 2 30 /07 /juillet /2013 15:13

L’Egypte et la Tunisie, ont un destin politique commun depuis plus d’un demi-siècle. Elles ont connu depuis leur indépendance des régimes autoritaires qui se sont perpétués jusqu’aux Révolutions de janvier 2011. En Egypte comme en Tunisie, les élections libres qui suivirent ont permis aux partis islamistes, d’accéder au pouvoir pour la première fois. En Egypte, la dégradation de la situation économique et l’insécurité croissante fera réagir les égyptiens qui sont descendus par millions  dans les rues. Depuis lors les militaires ont repris le pouvoir et le président Morsi, démocratiquement élu, a été mis en prison. En Tunisie, outre une situation économique qui se détériore, les assassinats de deux hommes politiques, des démocrates classés à gauche, et un foyer important d’extrémistes salafistes retranchés dans le djebel Chaâmbi à la frontière algéro-tunisienne, qui viennent de faire subir de lourdes pertes à l’armée tunisienne, (on parle d’au moins huit soldats tués) créent une situation qui fait redouter à certains et espérer à d’autres un scénario à l’Egyptienne. 

Mais comparaison n’est pas raison et les déclarations somme toute très modérées, faites par la veuve de Chokri Belaïd à l’issue des obsèques de Mohamed Brahmi, suppliant Rached Ghannouchi, le leader historique du parti Ennahda, de « ne pas mettre la Tunisie en danger,  de supprimer les milices privées et de laisser les gens exprimer leur opinion », me confortent dans l’idée qu’il convient d’être prudent sur une évolution comparable à celle de l’Egypte.

Pour l’heure, rien ne permet de dire avec certitude que ce deuxième attentat émane d’islamistes qui nourriraient de  noirs desseins et que ce serait le début d’un mouvement terroriste d’une plus grande ampleur, même si selon le ministre de l’intérieur tunisien, qui ne dit pas sur quoi il fonde son affirmation, l’auteur de cet attentat serait un salafiste extrémiste.

Mohamed Brahmi, député à l’Assemblée Nationale Constituante,  dirigeait un petit parti, dont l’importance, sur la vie politique tunisienne est, sinon insignifiante, pour le moins très modeste. En désaccord profond avec l’orientation devenue selon lui trop favorable aux islamistes, il venait de le quitter pour créer un de ces micro-partis qui prolifèrent en Tunisie depuis la Révolution de janvier 2011.

La ligne de Mohamed Brahmi était celle du  panarabisme,  il se revendiquait successeur de la pensée de Nasser, et de Salah Ben Youssef qui fut au lendemain de l’indépendance l’opposant le plus farouche à Bourguiba, peu favorable aux occidentaux et ne souhaitant pas que la Tunisie soit liée à la France par des liens trop étroits. Mohamed Brahmi pratiquait sa religion sans le moindre état d’âme et si son assassinat, par un groupe d’islamistes extrémistes, ne peut pas être totalement exclu, il paraît difficile à expliquer. Disons que contrairement à Chokri Belaïd, il n’était pas une cible logique, même si l’on sait que dans ce domaine, la logique n’a pas toujours une place privilégiée.

Reste le mode opératoire. Les deux responsables politiques tunisiens ont été abattus le matin alors qu’ils sortaient de leur domicile, en présence de leurs proches, et selon le ministre de l’intérieur, c’est une même arme qui aurait servi dans les deux cas. Les assassinats commandités, que ce soit dans le domaine politique ou dans celui du droit commun, en Tunisie ou ailleurs, sont très souvent commis là où les tueurs savent pouvoir trouver leur victime à une heure précise, et de préférence lorsqu’elle se trouve dans une situation particulièrement vulnérable. C’est le cas d’une personne qui sort de chez elle chaque matin à la même heure. De même qu’on ne peut rien déduire du fait que les deux hommes aient été abattus avec des balles de 9 mm, ce calibre étant courant pour ce genre d’exécution, seule l’expertise de l’arme elle-même, qui n’a pu encore être retrouvée, permettra de dire si c’est celle qui a été utilisée dans les deux affaires.

Il  convient de toute façon d’écarter de manière  quasi-certaine toute implication des islamistes du parti Ennahda, actuellement au pouvoir, contrairement à ce que scandait la foule qui accompagnait le cercueil au cimetière du Djellaz de Tunis, ce vendredi 26 juillet. Rien dans leur gouvernance, bien au contraire, ne permet de dire, qu’ils seraient susceptibles de se livrer à ce type d’action. De plus, ils n’auraient aucun intérêt, dans une situation économique précaire et avec l’insécurité que l’on connait, d’aggraver un peu plus les choses, en plongeant le pays dans un  chaos, qui signerait irrémédiablement leur échec.

Notons d’ailleurs que les tunisiens même les plus engagés contre Ennahda, ne s’y sont pas trompés, ils n’ont pas répondu massivement  à l’appel d’un avocat proche de la victime, invitant la foule, à la sortie du cimetière, à se rendre devant le siège de l’Assemblée Nationale Constituante au Bardo, pour exiger sa dissolution.

Alors, que peut-t-il maintenant advenir de la Tunisie, au regard de tout cela ?  Une évolution à l’égyptienne est-elle imaginable ? La plupart des observateurs, de quelque bord qu’ils soient, n’y croient pas. La situation est loin d’être aussi dégradée, et surtout, l’armée tunisienne a toujours montré qu’elle était une armée républicaine, parfaitement loyale.

Une telle évolution serait par ailleurs inacceptable en Tunisie, comme elle l’est actuellement en Egypte, la démocratie ne doit jamais se voir opposer les armes, quelles que soient les circonstances, les conséquences, nous l’avons vu en Algérie, étant toujours désastreuses.     

Ce qui est sûr en revanche, si l’on écarte l’idée d’un maintien au pouvoir d’Ennahda, autrement que par des élections régulières, c’est que le parti islamiste pourra difficilement espérer continuer de jouer un rôle majeur dans le pays s’il ne résout pas le problème de l’insécurité croissante qui lui est opposé par les partisans de l’ancien régime et qui est déterminant pour l’économie, en particulier  dans les domaines du tourisme et de l’investissement industriel. Les auteurs des deux assassinats doivent être arrêtés, confondus et jugés comme il convient pour de tels actes. A défaut, la crédibilité du pouvoir actuel au plan national et international serait gravement compromise. Au plan de la politique intérieure, la majorité actuelle qui avait été élue pour donner une Constitution au pays dans le délai d’un an est de plus en plus contestée. Elle ne peut plus temporiser. La Constitution doit être votée et ratifiée afin que la Tunisie puisse mettre en place des institutions politiques pérennes et stables. Le Premier ministre Ali Larayedh, à l’occasion d’une conférence de presse donnée ce lundi  29 juillet, a annoncé le vote du texte fondamental pour la fin août et des élections générales pour le 17 décembre. Restera alors la mise en œuvre de scrutins incontestables et ce ne sera pas la chose la moins importante. Les islamistes d’Ennahda ont une responsabilité historique dans l’évolution du processus démocratique du pays, pour que puisse s’éloigner le spectre d’un scénario à l’égyptienne.

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Published by gpancraz
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