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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 13:08

De façon très solennelle, le leader d’ENNAHDHA Cheikh Rached GHANOUCHI, le président de l’instance constitutive du parti et le chef du groupe parlementaire  à l’assemblée constituante, ont rendu public le communiqué suivant : «Au vu de l’ampleur des divergences constatées autour de cette question et afin de barrer la route à ceux qui tentent de diviser le peuple tunisien entre partisans et opposants à la Charia, nous avons opté pour cette formule stipulant que le parti d’ENNAHDHA se contente de l’inscription de l’article premier à savoir  la Tunisie est un pays libre, indépendant, souverain, ayant pour religion l’Islam, pour langue l’arabe et pour système, la République ».

 

En conservant l’article 1er de la constitution de 1959 qui a régi la Tunisie de l’indépendance au 14 janvier 2011, l’assemblée constituante tunisienne a choisi « la République sans la Charia. »

 

C’est une victoire pour le peuple tunisien, pour les démocrates, mais aussi et surtout pour les islamistes d’ENNAHDHA, qui à n’en pas douter ont fait preuve d’intelligence politique, en prenant en compte le séisme qu’aurait constitué la symbolique de la loi islamique dans ce pays moderne, instruit, évolué, respectueux de sa religion, qui n’aurait jamais accepté qu’on lui impose des règles de vie qui ne sont pas de son siècle, alors qu'au plan économique il se trouve  privé de toute ressource naturelle et qu'il ne peut  poursuivre sa progression économique, qu’en continuant à s’ouvrir sur le monde, avec le tourisme et le développement de la petite et de la moyenne industrie, tous éléments qui ne peuvent en rien contrarier son islamité.

 

Peut-être qu’ENNAHDHA pense pouvoir faire passer les préceptes de l’Islam, auxquels il est attaché,  à travers les lois qui seront votées tout au long des législatures, sans avoir besoin de poser le principe de la Charia, déstabilisateur au plan national et international. Tariq RAMADAN lui-même était venu à Tunis il y a quelques semaines, expliquer  qu’en toute hypothèse la Charia n’était pas dogmatique, mais éthique.

 

Les motivations profondes importent peu. Les lois seront votées par le législateur qui sera libre de décider de leur contenu, selon la volonté de la majorité parlementaire issue des urnes et le conseil constitutionnel, qui devrait être maintenu dans la nouvelle constitution, ne pourra en annuler les dispositions au motif qu’elles seraient contraire à la loi religieuse.

 

A bien y réfléchir, cette position d’ENNAHDHA n’est pas surprenante. Des indices importants ont montré que le mouvement islamiste faisait parti du courant modéré, se situant  dans la lignée du parti « Justice et développement » du Premier ministre Turc Recep Tayyip ERDOGAN.

 

S’il est vrai que le « tabassage public » de journalistes, par des salafistes agissant à visage découvert, à proximité du palais de justice de Tunis, que la mise en détention provisoire d’autres journalistes pour avoir publié la photo d’un joueur de football tunisien opérant en Espagne, avec sa jolie fiancée, légèrement vêtue, que les évènements de l’université de MANNOUBA prés de Tunis où des salafistes ont gravement perturbé son fonctionnement et agressé physiquement son doyen, que la manifestation sur l’avenue Habib BOURGUIBA à Tunis de ce samedi 24 mars, aux cris de « mort aux juifs » dirigée par un prédicateur lui aussi agissant à visage découvert, tandis qu’un autre, fonctionnaire au ministère de la religion, appelait à la mort de l’ancien Premier ministre qui a assuré l’intérim gouvernemental, s’il est vrai que tous ces évènements et beaucoup d’autres de même nature, qui se sont déroulés sous l’œil indifférent et peut-être même complaisant des autorités gouvernementales, pouvait faire craindre le pire, deux interventions et deux initiatives gouvernementales sont venus me conforter dans l’idée que les islamistes d’ENNAHDHA recherchaient l’apaisement et souhaitaient conduire à son terme le processus démocratique engagé.

 

Le ministre de l’intérieur, sur les évènements de MANNOUBA à l’occasion desquels un groupe de salafistes a voulu imposer le niqab a l’université, a  affirmé que si chacun est libre de se vêtir comme il l’entend, le Coran n’impose en aucune façon le voile intégral, qu’en ce qui concerne l’université, il faut se conformer à son règlement intérieur (qui l’interdit), et qu’en toute hypothèse, les étudiantes ne pouvaient être voilées intégralement pendant les cours ou à l’occasion des examens.

 

Le premier ministre a eu pour sa part un geste, digne d’un grand pays démocratique, en se rendant à El LAOUINA où se trouvent incarcérés les responsables de l’ancien régime, pour connaître leurs conditions de détention.

 

Le Président de la République du parti CPR, Congrès Pour la République (gauche modérée) membre de la coalition gouvernementale, a décoré il y a quelques jours au palais de Carthage, dans une cérémonie empreinte d’une grande émotion, une jeune étudiante qui s’était courageusement opposée à un salafiste qui voulait remplacer le drapeau tunisien par le drapeau noir du mouvement intégriste, à l’entrée de l’université de MANNOUBA.

 

Mohamed GHANNOUCHI, a déclaré que les juifs, suite aux incidents de l’avenue Habib BOURGUIBA, seront, mieux protégés qu’ils ne l’ont jamais été jusqu’alors. Et à ce jour, à l’exception de quelques incidents mineurs, on n’a pas eu à déplorer d’actes de malveillance à l’endroit de l’un quelconque des membres de la communauté juive.

 

Tous ces éléments manifestent une volonté évidente de modération de la part des islamistes d’ENNAHDHA qui doivent cependant il est vrai, tenir compte de leur base la plus extrémiste, et qui pour pouvoir faire accepter des mesures beaucoup plus fondamentales comme la non introduction de la Charia dans la constitution, se doivent de faire montre d’une certaine bienveillance à leur endroit. La Tunisie est toujours dans une situation de transition et il est vraisemblable qu’une trop grande intransigeance pourrait faire basculer sa base extrémiste dans une radicalisation plus grande, à un moment où les institutions ne sont pas définitivement formées et où les responsables de l’exécutif ne sont là que pour la durée de la mise en place d’une nouvelle constitution.

 

Tout ceci paraît plutôt rassurant et de nature à laisser penser que la coalition gouvernementale joue actuellement le jeu de la démocratie, sans pouvoir  empêcher les excès inévitables, excès de zèle compris, dans cette situation intermédiaire.          

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Published by gpancraz
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