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8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 18:22

Nommé chef du gouvernement le 22 février, Ali Larayedh  a présenté vendredi 8 mars son gouvernement, issu de la crise qui a suivi l’assassinat de l’opposant Chokri Belaïd.

On se souvient que cette affaire,  avait provoqué un véritable schisme au sein du mouvement islamiste Ennahdha, au pouvoir en Tunisie. Certains de ses responsables craignaient d’être accusés, sinon d’en avoir été les commanditaires, à tout le moins de fermer les yeux et de laisser le champ libre aux extrémistes.  

Le Premier ministre d’alors, Hamadi Jebali, avait estimé qu’il ne pouvait plus continuer d'exercer sa fonction comme si de rien n’était. Il avait proposé un gouvernement de personnalités indépendantes qui le mettraient au-dessus de tout soupçon. Les « durs » d’Ennahdha, avec à leur tête le président du mouvement, le Cheikh Rached Ghannouchi, s’y étaient fermement opposés. Ils avaient organisé deux manifestations populaires, avec comme mot d’ordre, le refus de céder le pouvoir aux technocrates.

La démission d’Hamadi Jebali a suivi. C’est dans ce contexte qu’Ali Larayedh, son ministre de l’intérieur, lui a succédé. Militant de la première heure, il a passé 10 ans dans les geôles de Ben Ali. C’est, à n’en pas douter, un homme solide, à la personnalité des plus affirmées. Après sa nomination comme ministre de l’intérieur, a circulé sur internet une vidéo, qui aurait été tournée lors de sa détention, le mettant en scène avec un autre détenu, en vue de le compromettre. Montage ou réalité, peu importe. Procédé abject, sûrement.  Ali Larayedh a surmonté cette douloureuse épreuve avec un courage peu commun. Sa dignité et sa force de caractère furent saluées par toute la société tunisienne.

A son passif, on lui a fait grief de ne pas avoir réagi avec suffisamment de détermination contre les exactions commises par les groupes salafistes, qui se sont constitués en milices pour faire  régner un certain « ordre islamiste » : attaques contre des débits de boissons vendant de l’alcool, mausolées de saints incendiés sur toute la Tunisie, universités et mosquées sous pression, attaques violentes contre les meetings de Nida Tunes, le parti d’opposition  et, en point d’orgue,  l’incendie de l’ambassade des Etats Unis.

Il est certain que l’affaire Chokri Belaïd sera pour le nouveau Premier ministre le critère déterminant de sa volonté de lutter contre les mouvements intégristes violents, qu’il n’a cependant jamais ménagés. On sait que la police tunisienne  est l’une des meilleures du monde, à raison du réseau d’informateurs qu’elle a su constituer, tant sous Habib Bourguiba que sous Zine Eddine Ben Ali. On sait aussi que dans pareil dossier, elle n’agit  qu’avec le feu vert des politiques.

    

Il semble bien qu'elle l'ait reçu d'Ali Larayedh le 26 février, quatre jours après sa nomination comme Premier ministre, il avait annoncé dans un point de presse, l’identification des assassins présumés de Chokri Belaïd, l’arrestation de trois d’entre eux, tandis que  l’auteur principal présumé était activement recherché. Avec ces arrestations, il a envoyé un signe clair aux extrémistes, mais aussi à ses détracteurs comme à ses partisans.   

 

Toutefois, seuls l’arrestation de l’auteur principal présumé et un procès qui ferait toute la lumière sur cette affaire, mettraient fin à une certaine équivoque.  

Ali Larayed a envoyé un autre signe positif, en recevant Beji Caïd Essebsi, le leader de la principale force d’opposition à Ennahda, son  ennemi « juré ».

Le nouveau gouvernement qu’il vient de former montre qu’Il a su faire la synthèse entre les durs et les modérés d’Ennhadha. Les ministères régaliens, intérieur, justice, affaires étrangères, défense, ont été attribués à des personnalités de la société civile, ou à tout le moins à des personnalités non marquées politiquement, magistrats à la défense et à l’intérieur, un journaliste-  diplomate aux affaires étrangères, un professeur de droit à  la justice.   

Le risque est que la faiblesse politique des titulaires de ces quatre ministères, conduise le Premier ministre à en être le véritable chef, en l’absence de tout contrepoids et que l’on soit en présence d’une opération blanche.

Ensuite, se pose une question majeure : les élections générales n’ont toujours pas eu lieu en Tunisie. L’Assemblée Nationale Constituante (ANC) qui avait été élue pour élaborer une constitution, joue le  rôle de parlement et ne semble pas pressée de passer à la phase suivante du processus démocratique, qui avait été prévue pour le mois d’octobre 2012.

Ce gouvernement devrait avoir pour objectif principal, en concertation ave l'ANC, de fixer la date des élections et de les organiser. Lors de sa conférence de presse qui a suivi la présentation du gouvernement, le Premier ministre a évoqué la date d'octobre 2013, comme pouvant être envisagée. Cette date est trop lointaine, d'autant que le parti au pouvoir sait que le temps joue contre lui et que l’engouement dont il a bénéficié au lendemain du départ de Ben Ali s’amenuise un peu plus chaque jour. La tentation sera grande de rester le plus longtemps possible dans ce statut quo. N’oublions pas que pour son premier mandat, Ben Ali avait été élu, selon les observateurs, de la façon la plus régulière qui soit...  

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Published by gpancraz
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