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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 16:38

Ce billet a été sélectionné par le journal en ligne l’Express.fr et a été publié à sa Une.  

La manifestation organisée ce samedi 9 février, par « les Jeunesses Islamistes du parti Ennahda », à laquelle se sont joints les salafistes, est apparue pour le moins étrange. Elle est venue en contrepoint de la marée humaine qui la veille avait suivi le cercueil, du grand leader démocrate, assassiné devant son domicile. Les tunisiens ne s’y sont pas trompés, cette manifestation a été un échec. Seules deux à trois mille personnes, selon les chiffres les plus optimistes, étaient présentes sur l’avenue Habib Bourguiba.

Autre singularité, les manifestants s’en sont pris à la France, avec des slogans d’un autre âge faisant référence à la colonisation. Le prétexte en a été la déclaration de Manuel Valls réagissant à l’assassinat de Chokri Belaïd. Le ministre de l’intérieur devait affirmer qu’il existait de par le monde un « fascisme islamiste » qu’il convenait de combattre. Il était évident que cette observation, somme toute anodine, ne s’adressait aucunement aux islamistes au pouvoir en Tunisie, mais aux extrémistes qui usent de la violence terroriste, pour chercher à imposer leur idéologie.    

En réalité, cette manifestation lancée à la va-vite est l’un des signes qui montre qu’aujourd’hui en Tunisie, le mouvement islamiste est affaibli et profondément divisé.

Affaibli, par l’impossibilité devant laquelle il se trouve, de donner aux tunisiens le bien-être et la prospérité, que la chute de l’ancien président devait leur apporter. Affaibli, aussi par la mouvance salafiste qui cherche à imposer par la violence un islam radical, que ne rejettent pas tous les responsables d’Ennahda. Les nombreuses exactions commises depuis plusieurs mois, comme l’incendie d’une quarantaine de mausolées, dont l’origine ne fait aucun doute, créent une insécurité, qui vient s’ajouter au passif du bilan du mouvement islamiste au pouvoir.    

Et l’on comprend alors pourquoi les manifestants, qui représentaient la tendance la plus dure du mouvement islamiste, ont utilisé cette vieille ficelle usée de l’ingérence de l’ancienne puissance coloniale, qui a pendant longtemps permis de remobiliser le peuple et de masquer l’impéritie des gouvernants. Mais cette stratégie est vouée à l’échec. Les tunisiens, qui ont tissé des liens profonds avec la France depuis plus d’un demi-siècle, savent que la France est leur seconde patrie et qu’il existe entre les deux peuples des liens indéfectibles d’amitié et de coopération dans tous les domaines. Tenter de monter les tunisiens contre les français est une absurdité qui est la preuve même de l’affaiblissement du mouvement islamiste. 

Outre qu’il est affaibli, le mouvement Ennahda est profondément divisé. Il est traversé par deux courants. L’un modéré, avec  comme leader l’actuel Premier ministre, Hamadi Jebali, qui prêche pour un islam éclairé déconnecté du pouvoir politique. Il gouverne sans inconvénient avec des partis laïcs. L’autre ouvertement intégriste, pour qui la loi islamique doit prendre le pas sur la loi démocratique, prôné par le président du mouvement, le cheikh Rached Ghannouchi.

Il est sûr qu’objectivement, tant l’assassinat de Chokri Belaïd que la manifestation de l’avenue Habib Bourguiba, ont eu pour effet de durcir les positions au sein du mouvement Ennahda, d’exacerber les antagonismes et de mettre les modérés, tenus à la solidarité, en difficulté, sauf à être accusés de trahison.

On peut se demander alors, si la manifestation n’était pas en réalité, dirigée contre le Premier ministre jugé trop conciliant, d’autant que ce dernier a émis le projet de former dès cette semaine un gouvernement de technocrates composé de personnalités indépendantes, extérieures aux partis politiques, excluant par la même les responsables d’Ennahda. Les extrémistes du mouvement n’en  veulent à aucun prix.  Et ce n’est donc pas sans raison que  les manifestants ont mêlé à leurs slogans anti-français, d’autres adressés directement au Premier ministre, très explicites, selon lesquels le peuple a voulu un gouvernement islamiste et il n’est pas (ou plus) question de modifier ce qui a représenté  sa volonté.

Un bras de fer est engagé entre les deux leaders du mouvement Ennahda. Hamadi Jebali menace de démissionner. Sa démission ouvrirait une crise politique au sein du mouvement islamiste. Il ne fait aucun doute qu’aujourd’hui, le parti Ennahda est au bord de l’implosion, la semaine qui s’ouvre sera à cet égard décisive.  

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Published by gpancraz
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