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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 17:05

Cet article  a été sélectionné par le journal en ligne l'EXPRESS.fr et publié à sa Une. 

Le surprenant échange épistolaire qui vient d’avoir lieu entre Arnaud Montebourg et Maurice Taylor, Pdg de l’entreprise Titan, est sans précédent notoire dans le monde de l’économie.

S’il est vrai que depuis qu’il est à Bercy, le pétulant ministre du redressement productif nous avait habitué à des prises à partie publiques contre des chefs d’entreprises, on peut citer à cet égard   Philippe Varin pour PSA, Lakshmi Mittal pour Arcelor Mittal ou Carlos Ghosn pour Renault, ces derniers s’étaient montrés fidèles à la tradition du monde de l’économie, et avaient su maintenir leur communication dans une certaine réserve.

Maurice Taylor ne les a pas suivis sur cette voie, et sa personnalité quelque peu atypique paraît insuffisante pour expliquer l’attaque virulente qu’il a porté à l’encontre de la CGT, des ouvriers français et de leur ministre, d’autant  qu’elle venait en réponse à une lettre de celui-ci, d’apparence anodine, dans laquelle il demandait au Pdg de Titan, d'entamer des discussions pour reprendre, au moins partiellement, l'usine Goodyear d'Amiens Nord, menacée de fermeture.

Comment peut-on alors expliquer l’ire qui s’est emparé du chef d’entreprise américain? Il semble résulter des courriers échangés que le ministre n’a pas été en mesure de donner  à la société Titan les éléments qui lui auraient permis de surmonter l’échec des négociations entreprises, ou de lui donner des gages sur la  situation grandement conflictuelle qui venait de l’opposer à la CGT, le Pdg de Titan ayant  particulièrement mal vécu ce dernier épisode, avec celui qu’il a qualifié de « syndicat fou ».

Il est sûr que la sollicitation du ministre, sans rien apporter au débat et en l’absence de tout élément objectif propre à le faire progresser, était vouée à l’échec et pouvait même être perçue, comme une pression indélicate, résultant de la seule qualité de son auteur.

Car en effet, chacun sait bien que l’Etat ne dispose dans ce domaine de la concurrence que de pouvoirs réduits, limités à ceux de ses services, en tant que facilitateur, pour agir sur ce type de transaction et que même si l’entreprise américaine avait fait preuve d’une certaine bienveillance,  elle  n’aurait rien eu à en attendre en retour.

En  allant au-delà de la péripétie Titan, on peut dès lors se demander, s’il est aujourd’hui du rôle d’un ministre de la République, de partir ainsi  à la chasse  aux repreneurs d’entreprises, et de jouer les Don Quichotte, épée de bois au clair et logo du ministère des finances au vent, ajoutant à l’échec programmé, le risque constant de se voir opposer une humiliante fin de non-recevoir, ou/et celui d’essuyer de son interlocuteur, dédain et mépris.

Il ne semble toutefois pas que ce type d’état d’âme soit partagé. Le démon du  verbe et de la communication prenant une fois de plus le dessus, Arnaud Montebourg a répondu à son tour au Pdg de Titan. Et il l’a fait de la pire des façons qui soit. Il a évoqué le marquis de Lafayette, il a fait référence au débarquement américain en Normandie et à je ne sais plus trop quoi ou qui encore … Il a enfin ajouté, pour corser le tout, une incroyable menace de contrôles douaniers « redoublés », contre les marchandises de son interlocuteur, menace qui en réalité, au-delà de son caractère totalement inapproprié, a retenti, pour le ministre du redressement productif, comme le terrible aveu de l’impuissance de l’Etat et par la même, comme celui de la sienne propre.

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Published by gpancraz
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