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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 05:59

Billet publié dans l'Express.fr du 7 octobre 2013

On dit que les meilleurs arbitres sont ceux qui passent inaperçus sur les terrains où ils officient. Si l’on se réfère à la prestation de François-Xavier Demaison, maître d’œuvre de l’hommage rendu à  Edith Piaf ce samedi soir sur Franc 2, à l’occasion de l’anniversaire des 50 ans de sa mort, on peut penser que nous étions très loin des critères de jugement qui existent dans le sport.

Je m’attendais un peu bêtement, esprit simple que je suis, à ce qu’Edith Piaf soit le personnage vedette de la soirée et j’étais même persuadé que l’ouverture se ferait sur l’immense star, avec la rediffusion de l’une ou de plusieurs de ses tonitruantes chansons.

Il n’en a rien été. Il nous a tout d’abord fallu  attendre un temps interminable, avant d’entrer un peu dans ce qui devait être l’objet de la soirée. Il nous a fallu attendre que François-Xavier Demaison fasse préalablement son propre show dans les rues de New York, qu’on lui laisse le temps d’arriver  sur la scène du « Beacon theatre », qu’il passe chez son barbier et que l’on assiste même à son rasage, qu’il lui fasse répéter laborieusement quelques phrases d’une chanson d’Edith Piaf, bref il nous a fallu attendre qu’il se mette lui-même en scène, avant qu’enfin, Nolwenn Leroy et Zaz  nous chantent la foule, Christophe Willem « Mon Dieu »,  Camélia Jordano « L’hymne à l’amour » et d’autres encore tout au long de la soirée.  

Mais entre chaque interprétation plus ou moins réussie, notre présentateur donnait l’impression qu’il n’était pas là pour commémorer Edith Piaf à travers ses chansons, mais que c’était les chansons de la grande chanteuse, qui servaient d’intermède à ses différentes blagues ou gags qui apparaissaient être en réalité le fil rouge de l’émission.

Les caméras revenaient sans cesse dans les coulisses que l’on nous montrait être  en une joyeuse pagaille, avec  des vedettes indisciplinées, tout cela se voulant parfaitement maîtrisé par François-Xavier Demaison qui à l’évidence, vivait intensément un moment crucial de sa carrière.

Les chanteurs qui étaient là pour la star des années 40-50, se livraient à des numéros sans aucun rapport avec sa commémoration. On nous a ainsi montré Patrick Fiori, qui cherchait son costume de scène et le jeu consistait à demander à chaque fois s’il l’avait retrouvé. Après qu’il eut chanté « l’accordéoniste », parfaitement costumé, on eut droit à la solution de l’énigme, François-Xavier Demaison était torse nu dans sa loge, il lui avait prêté son propre habit.

François-Xavier Demaison devait alors nous apprendre des choses d’un incroyable intérêt. Non pas sur la chanteuse fêtée, mais sur lui. « Figurez- vous  que ma mère est corse, comme celle de Patrick Fiori, mais que je chante plus mal que lui.. ». 

Après ce numéro du costume, de la plus grande subtilité qui soit,  François-Xavier Demaison, se mit à téléphoner à Patricia Kaas. Elle n’était toujours pas arrivée, alors que bientôt elle allait chanter. Grand Dieu ! Mais où est-elle ? Cinq coups de téléphone au moins, seront dénombrés au cours de l’émission sur le portable de cette dernière. « Personne n’a vu Patricia Kaas ? »

Nous serons enfin rassurés. Sur une autre caméra, on  devait nous apprendre que la chanteuse avait été repérée et on nous la montrait faisant du shopping dans les rues de New York. Et de fait, elle arrivera juste à temps pour chanter, chargée de paquets, mettant fin à l’insoutenable suspense qui nous étreignait tous.

Elle chantera alors avec des gants de boxe rouges, une chanson,  à la gloire de Marcel Cerdan, chanson  totalement inconnue du grand public et en tout cas de moi, allusion je suppose à la relation qu’Edith Piaf eut avec le grand champion de boxe de ces années-là.

On eut aussi droit, dans la même veine, à une très brève interview de Charles Aznavour, juste pour lui faire répéter,  qu’il avait partagé sa vie 8 années durant, mais chose à peine croyable, pas son lit…

Après cette parenthèse, on en reviendra très vite à François-Xavier Demaison et on nous montrera Elodie Frejet lui dire tout de go : «  Je suis contente d’être avec toi, toi qui est si beau, si intelligent, si charismatique… ». Une plaisanterie certes, mais qui consciemment ou non validait l’esprit dans lequel avait été conçue l’émission.  

Enfin pour le reste, ce qui aurait dû être le plus important, je veux parler des interprètes de la soirée, au bout de trois quart d’heures d’émission, je n’arrivais toujours pas à trouver chez eux l’esprit de la grande chanteuse. Charles Dumont apportera l’élément qui me manquait : « Edith créait ses chansons lorsqu’elle les chantait ». Je compris alors que seule Piaf pouvait chanter Piaf, mais samedi soir, sur France 2, elle avait été exclue de sa commémoration.

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Published by gpancraz
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