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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 18:46

 

Les responsables UMP expliquent inlassablement et Claude Guéant hier encore, lors de la soirée électorale sur le plateau d’Antenne 2, qu’un accord ne pouvait pas être envisagé avec le Front National : « Nous n’avons pas les mêmes valeurs et notre politique est différente sur de nombreux points comme l’Europe et l’économie ».

 

Pourtant, la politique menée par Claude Guéant en tant que ministre de l’intérieur, ne permet pas de déceler, dans les mesures prises et les déclarations faites, des différences significatives avec le parti de Marine Le Pen,  qui justifieraient une telle prise de position.

 

Des politiques différentes n’ont jamais empêché des accords, ne serait-ce qu’électoraux. Les différences de fond étaient bien plus importantes en 1980, entre le parti socialiste et le parti communiste qui avait pour modèle l’Union Soviétique. Cela ne les avait pas empêché de faire un accord de gouvernement.

 

Nadine Morano, membre éminente de l’UMP et déléguée générale aux élections, devait faire beaucoup moins de « chichis ». Elle a répété sur toutes les chaînes de télévision et sur tous les tons, qu’elle partageait les mêmes valeurs que les électeurs du Front National et qu’elle les appelait à voter pour elle.

 

Nicolas Sarkozy lui-même, dont elle a été la ministre la plus fidèle, avait déjà  clairement adopté ces valeurs, au cours de ses deux campagnes électorales en 2007 et en 2012.

 

Cette argumentation des valeurs, qui empêcherait tout accord électoral est reprise par la gauche, elle y trouve aussi son intérêt, car elle est la digue qui interdit à l’UMP toute alliance avec le Front National.

 

Elle permet à la gauche de demeurer majoritaire au fil des élections. Deux exceptions qui n’en furent pas : Jacques Chirac fut élu, mais grâce aux voix de gauche pour cause de fracture sociale la première fois et de présence de Jean-Marie Le Pen la seconde, Nicolas Sarkozy le fut à son tour, grâce aux voix du Front National ayant repris à son compte les thématiques de ce parti.

 

Dès ce lundi matin, au lendemain du premier tour des législatives, Martine Aubry a annoncé les décisions prises à l’égard d’un certain nombre de circonscriptions pour « faire barrage au Front National ». Elle a demandé à certains candidats du Parti Socialiste de se retirer et à leurs électeurs qui avaient voté pour eux de voter pour le candidat UMP, au nom des valeurs républicaines. Elle a suggéré à l’UMP de faire de même.

 

Est-ce au nom des valeurs républicaines que ces décisions ont été prise, ou dans une stratégie bien comprise de division de la droite ?

 

Les pertes électorales qu’accepte toutefois de subir le parti de droite depuis de nombreuses années, et alors même que des enquêtes ont montré que son électorat était pour un accord avec le Front National, ne peuvent en aucune façon s’expliquer par le motif des valeurs.

 

Non, la réalité est ailleurs. Claude Guéant a ajouté subrepticement lors de son intervention que  de toute façon le FN prônant la disparition de l’UMP, il est hors de question de faire un quelconque accord avec lui.

 

Et c’est là que se trouve le véritable enjeu. Tout accord global, ne serait-ce qu’électoral avec le parti de Marine Le Pen, conduirait à une scission du vieux parti gaulliste de l’après-guerre.

 

Il y a en effet au sein de l’UMP deux tendances fortes qui cohabitent mais dont les différences de fond sont très importantes.

 

La droite Républicaine, incarnée après quelques hésitations (1974 et sa prise de position pour Valéry Giscard d’Estaing), par Jacques Chirac, sous l’influence de Philippe Seguin et la droite traditionnelle, qu’elle soit légitimiste, bonapartiste ou orléaniste,  qui a été incarnée par Valérie Giscard d’Estaing, Edouard Balladur et Nicolas Sarkozy dans sa période la plus récente.

 

Chacun sait combien la guerre a été sans merci entre ces deux droites. Jacques Chirac qui n’hésita pas à faire voter pour François Mitterrand contre Valérie Giscard d’Estaing, et qui devait prendre parti ouvertement pour François Hollande, en réalité contre Nicolas Sarkozy.

 

Balladur et Nicolas Sarkozy firent de leur côté tout ce qu’ils purent, même après la réhabilitation de ce dernier, pour s’opposer à Jacques Chirac, avec au final, la rupture comme choix de thème de campagne en 2007.

 

Cette division entre les deux droites a été encore marquée par la violence inouïe qui a opposé Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin, puis par la campagne présidentielle de 2012 qui a montré que les thèses du Front National et celles de Nicolas Sarkozy, influencé plus par Patrick Buisson que par Henri Guaino, étaient extrêmement proches.

 

Jean-Louis Borloo et le parti radical devaient d’ailleurs marquer ouvertement leur désapprobation et se retirer de l’UMP.

 

Tous les responsables de l’UMP savent bien, quel que soit leur camp, que tout accord si minime soit-il avec le Front National fera disparaître le parti gaulliste qui se partagerait entre la droite républicaine et la droite nationaliste.      

 

Il y a certes eu, sous la pression de son électorat, à laquelle il lui aurait-été difficile de résister plus longtemps, une évolution de l’appareil de l’UMP dans sa relation électorale avec le FN. Du vote en faveur du parti républicain et donc du parti socialiste, l’UMP est passée au vote ni Front National ni gauche, depuis les dernières cantonales. Le « ni ni » vient d’être confirmé pour les présentes élections. Mais il sera difficile pour l’UMP d’aller au-delà, sauf à prendre le risque de disparaître.  

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Published by gpancraz
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