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4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 07:47

Billet publié dans l'Expresss.fr du 4 novembre 2013

Ghislaine Dupont et Claude Verlon, envoyés spéciaux de Radio France Internationale (RFI) ont été assassinés samedi par un groupe armé dans le nord du Mali, à Kidal, où ils venaient d’arriver pour un reportage.

Les malheureux journalistes ont-ils pris un risque « insensé » en se rendant dans une région dominée par des bandes armées, incontrôlés et fanatisés, alors même que l’armée avait refusé de les y accompagner et que par conséquent l’extrême dangerosité des lieux était avérée ?

Les responsables de Radio France Internationale ont répondu clairement par la négative. « Les journalistes n’ont pris aucun risque inconsidéré » a affirmé la directrice de RFI. Elle a d’ores et déjà fait savoir que loin d’abandonner la partie, la « mission » d’information de la radio serait poursuivie dans cette région du monde comme partout ailleurs.     

Cette notion même de « mission » qui se situerait au-dessus de ce que l’on peut avoir de plus cher, la vie, surprend. Dans les sociétés évoluées, on se refuse de plus en plus à mourir pour des idées, pour la patrie ou même pour Dieu. Alors pourquoi le devrait-on au Mali, au nom du droit à l’information ?

C’est la question qu’il est légitime de se poser et que beaucoup se posent. D’une façon plus générale, pourquoi devrions-nous être solidaires de tout ce qui se passe dans ce bas-monde ? Quelles seraient les raisons qui nous rendraient responsables les uns des autres ? Serait-ce l’amour du prochain, qui fonde nos sociétés judéo-chrétiennes, ou plus prosaïquement, ainsi que l’avait soutenu Leibnitz au 17e siècle, au motif que tout évènement qui se produit quelque part, est susceptible d’influer sur le reste de la planète et que de la sorte, il  nous concernerait tous et directement ?

Aujourd’hui, la mondialisation et les formidables moyens de communication que nous connaissons dans tous les domaines, valident en grande partie la théorie du philosophe allemand. Albert Memmi l’a reprise à son compte dans « L’exercice du bonheur », lorsqu’il parle de « l’actuelle unification progressive des sociétés humaines ». Il en résulte, selon l’auteur de « La statue de sel », que notre responsabilité des uns envers les autres, croît à mesure que se développe notre dépendance réciproque et que c’est ainsi que se créent des formes nouvelles de solidarité, dont le fondement peut être qualifié d’objectif.

Elles dépassent désormais la seule solidarité économique. Il en est une qui domine toute les autres, celle de communiquer, qui se joue des frontières des despotes et qui vaincra l’ignorance. Elle rapproche les hommes au-delà même de tout ce que l’on imagine. Mais elle ne serait rien sans le droit d’informer qui explique et justifie les sacrifices que certains consentent au nom de l’universel.      

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Published by gpancraz
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