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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 09:38

Par Gérard PANCRAZI*

 

Président du tribunal de grande instance de Saint Pierre de la Réunion et venant de Corse où j’avais exercé pendant de nombreuses années, je savais combien la belle saison était propice à la programmation des voyages ministériels. Je ne fus donc pas étonné lorsque l’on m’informa que notre juridiction, située dans l’une des plus belles régions du monde, au fin fond de l’Océan Indien, aurait l’honneur d’une visite du Ministre délégué à la justice, Monsieur Michel SAPIN.

 

Je connaissais l’homme de nom, mais sans plus, il n’avait jamais trop fait parler de lui.

 

On m’informa qu’il arriverait à Saint Pierre par hélicoptère. Mon statut de magistrat du siège, dans lequel je puisais le double alibi de la préservation  de la sacro-sainte indépendance et de la dignité de la fonction, me donna le privilège de ne pas assister à l’atterrissage de l’excellence ministérielle, au milieu de la foule et du tumulte que provoquerait inévitablement un tel évènement…

 

C’est donc dans mon cabinet que je me retirais le jour venu, ayant cru que je pourrais travailler comme si de rien n’était. 

 

Mais c’était sans compter sur cet irritant stress qui ne cessait de monter en moi, plus l’heure avançait, me faisant aller d’une fenêtre à l‘autre dudit cabinet pour étudier les mouvements de la foule des badauds et ayant même fini par me persuader que ma secrétaire, pourtant d’une diligence exemplaire, ne m’avertirait pas « dès que la voiture du ministre aura franchi le portail d’enceinte », selon mes instructions réitérées.

 

Cruelle attente, mais aurais-je pu me résoudre à dévoiler, par une trop longue station sur le seuil de la juridiction, mon trouble et l’importance que j’accordais à cet évènement que j’avais tenté de minimiser tous les jours qui l’avaient précédé.

 

Personne n’avait su me dire par laquelle des deux entrées surgirait la tête de l’impressionnant cortège composé d’autant de curieux que « d’officiels », venus de toute l’île.   Cette incertitude, ajoutée à la petite adresse que j’avais décidé de prononcer en guise de bienvenue et que je trouvais de plus en plus inadaptée à la situation voire même quelque peu ridicule, me déstabilisait à un moment où j’allais devoir montrer le meilleur de moi-même.

 

Et puis, un peu comme au théâtre, on vint m’avertir que c’était à moi d’entrer en scène « ça y est, il arrive ! » cria ma secrétaire en ouvrant la porte, sans même que je l’y eu invité. La gravité de l’instant gommait touts les civilités. Elle ne m’informait pas, elle m’ordonnait : c’est à vous ! D’un pas le plus rapide qu’il était possible, tout en feignant de ne pas me précipiter, je me rendais comme un automate, là où la foule était la plus compacte et je vis à quelques mètres de l’entrée le Ministre avec à ses côtés, jouant des coudes, le Procureur qui ne voulait en aucune façon que quiconque lui volât la photo de sa vie.

 

Je saluais le Ministre en bafouillant un bienvenu Monsieur le Ministre, qui me parût de toute façon, plus sobre et mieux adapté à tout ce que j’avais préparé. Je l’invitais alors à entrer, après avoir demandé que les nombreux accompagnateurs restent à l’extérieur, à l’exception de sa suite et de la presse.

 

L’homme impressionnait par son calme et sa sérénité. Une décontraction toute naturelle, qui rendait l’atmosphère beaucoup plus respirable. Par son attitude naturellement tranquille, il détendait tout son monde, prenant ainsi, sans l’avoir recherché,  un ascendant sur tous ceux qui l’entouraient. Sa simplicité dans le comportement comme dans le verbe, sa sobriété, étaient reçues comme une preuve de considération à notre égard qui nous sublimait et nous rendait en fin de compte heureux de pouvoir vivre ce moment, qui en principe aurait dû être particulièrement pénible.

 

Chacun se rendait compte qu’il se trouvait en présence d’une personnalité hors du commun, alors que nous étions le plus souvent habitués, les uns comme les autres, à recevoir  des personnages dont la vanité et la  suffisance, avaient pour effet de mettre en évidence leur absence de relief et d’intérêt.  

 

L’ascendant que Michel SAPIN prend immédiatement sur les personnes qui l’entourent,  a pour nom le charisme. Mais contrairement à beaucoup, Michel SAPIN séduit les individus et non les foules. C’est peut-être ce qui explique son déficit de popularité. Mais il sait créer dans la relation personnelle un charme profond qui marque et que l’on n’oublie pas. C’est tout le contraire de la démagogie

 

Sur le fond, nous comprîmes vite que Michel SAPIN n’était pas venu « en touriste ». Il connaissait parfaitement les dossiers, dans le détail, avec ici encore l’impression qu’il les maitrisait depuis  toujours, ne se contentant pas de citer des noms et des chiffres, mais sachant apporter les nuances qui convenaient, faisant preuve de tellement de subtilité dans l’analyse des situations, que nous avions l’impression que c’était nous qui étions en train de nous informer et de nous éclairer auprès de lui alors qu’au départ nous étions persuadés du contraire.

 

Aucun sujet n’était éludé, en matière de corruption, juste avant que les « affaires » n’explosent, il en parlait avec une compétence qui surprenait de la part d’un non pénaliste,  donnant au passage à chacun d’entre nous une leçon de droit économique et financier.

 

Plus tard lorsque la loi SAPIN du 29 janvier 1993, qui a fondé la législation anti corruption en matière de Marchés publics entra en vigueur et que me fût confiée la responsabilité de diriger la MIEM**, je compris combien ce ministre, avait intégré dans son esprit l’intérêt général au détriment de tous les intérêts partisans, y compris le sien.

 

Homme de consensus comme il en existe peu aujourd’hui dans le monde de la politique, estimé et respecté sur tous les bancs du parlement de la droite à la gauche, il y a incontestablement chez Michel SAPIN du Pierre MAUROY, impressionnant par sa mesure qu’il sait mettre au service d’une détermination qui ne faiblit jamais, convaincu que  parfois, pour aller d’un point à un autre, ce n’est pas nécessairement la ligne droite le chemin le plus court.

 

Michel SAPIN est encore connu pour sa droiture, sa loyauté  et le respect qu’il a d’autrui. Outre qu’il est aujourd’hui l’un des rares hommes qui peut à la fois allier à ses qualités politiques, une compétence technique et juridique, en particulier dans le domaine de la commande publique, dont la législation qu’il sut mettre en œuvre et qui porte son nom demeure la référence, sa voix est écoutée par tous, y compris en Europe.

 

C’est dire que tous ceux qui connaissent Michel SAPIN, me comprendront lorsque je soutiens qu’il réunit toutes les qualités qui fondent la fonction de Premier ministre.

 

François HOLLANDE le pense aussi. Il a chargé Michel SAPIN du projet présidentiel, c'est-à-dire de la délicate mission qui consiste, dans la terrible crise que nous traversons,  à donner à ce projet une totale crédibilité, sans pour cela le rendre incompatible avec celui du Parti socialiste.

 

Outre la responsabilité majeure qui lui a été dévolue, c’est le signe évident de son futur avènement à MATIGNON ; Bruno LEMAIRE qui a toutes ces qualités, s’est vu confier les mêmes fonctions par Nicolas SARKOZY, dans la même perspective.

 

*Président de chambre honoraire à la Cour d’Appel de Paris. Président du TGI de la Réunion de  1989 à 1991. Chef de la MIEM de 1993 à 2004.

**Mission Interministérielle d’Enquête sur les Marchés.

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