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25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 18:05

 

En Tunisie, depuis la Révolution, il n’est pas de jour où dans les rues ou sur les places on ne connaisse pas d’agression publique contre de simples citoyens pour des idées non conformes, des conceptions religieuses ou philosophiques inadéquates, parfois même pour une simple façon de se vêtir, sans compter les mises à sac de cinémas, expositions et autres lieux culturels...

 

Jamel GHARBI, un franco-tunisien en vacances en ce mois d’août dans sa ville de Bizerte, a été victime d’un tabassage en présence de sa femme et de sa fille âgée de 12 ans. Ils ne savaient pas que le débardeur et le short étaient interdits dans la Tunisie nouvelle, à l’exception des sites touristiques, sécurisés il est vrai par l’armée.

 

De nombreux commentaires venus de Tunisie ont cherché à relativiser cette affaire. Pour certains, on a beaucoup plus de chance de se faire agresser dans le métro parisien qu’à Tunis ou à Bizerte et les agressions dont ont été victimes en France des tunisiens, n’ont jamais donné lieu à un tel déferlement médiatique.

 

Sauf que le problème ne se trouve pas dans l’agression au sens strict, dont Jamel GHARBI a été l’objet, toute chose qui peut en effet survenir à quiconque dans n’importe quel pays au monde. Le problème est que cet homme a été agressé parce qu’il était arabe et que selon ses agresseurs, il s’impose à lui comme à ses proches, un certain nombre d’obligations décidées par des particuliers en dehors de toute disposition légale en cours dans le pays.  

 

Plus grave encore, les citoyens tunisiens qui ont assisté à la scène, terrorisés par ce déferlement quotidien de violence, ont omis de porter secours à cet homme, non par indifférence, mais par peur. , « Personne n’a bougé, j’ai été lâché en pâture. »

 

Quant à la police qui traîne comme un boulet les accusations de « police de BEN ALI », elle ne prend aucune initiative dans ce domaine. Prudente, elle attend le feu vert du cabinet du ministre pour la moindre intervention, et ce, même en présence de situations manifestement illégales. En toute hypothèse elle se limitera au strict nécessaire, ayant parfaitement compris que ce sera toujours d’en avoir trop fait, que pas assez, que viendront les ennuis.

 

Il existe désormais en Tunisie un mouvement islamiste qui s’exprime à ciel ouvert par la violence. Cette violence prend plusieurs formes. Impressionner par des agressions verbales mais aussi par la commission d’exactions contre les biens et contre les personnes.

 

Ils utilisent des bâtons et des sabres, jugés suffisants, par les blessures qu’ils occasionnent, pour faire plier les récalcitrants, en même temps qu’ils sont le marqueur de leur idéologie.

 

Il n’apparaît pas que les gouvernants actuels de la Tunisie, les islamistes d’ENNAHDA, aient une position claire vis-à-vis de cette mouvance extrémiste. Ils estiment que la résolution de cette situation se fera avec le temps, par l’éducation et par la progression économique. Le gouvernement met par ailleurs en avant la liberté de manifester et de s’exprimer, pour justifier de ses interventions peu énergiques et le plus souvent tardives contre les intégristes tunisiens. Il reprend là, avec une certaine habileté, toute l’argumentation des pays européens contre la délinquance, argumentation selon laquelle c’est la société, qui est responsable des comportements déviants des individus.   

 

On observe aussi que le pouvoir actuel utilise ces évènements pour justifier d’une campagne lancée contre certains organes de presse écrits ou audiovisuels, accusés de provoquer par leurs propos jugés irresponsables, les réactions violentes des Salafistes.

Ainsi une émission de marionnettes, diffusée depuis un mois sur la télévision ETTOUNISSIYA, satire de la vie politique en Tunisie, a été suspendue et son responsable vient de faire l’objet d’un mandat d’arrêt. Le ministre de la santé a expliqué « ce sont des émissions qui dépassent les bornes du respect, il y avait une campagne dans les mosquées et dans les prêches. » 

Le mouvement ENNAHDA n’a pas encore semble-t-il de position claire sur l’attitude à avoir vis-à-vis des salafistes. Il ne sait pas très bien si son intérêt consiste à les combattre frontalement avec le risque de se couper d’une partie de son électorat ou à les laisser faire, avec celui de procès en connivence dont ils seront alors inévitablement l’objet.

 

En l’absence de stratégie précise, le gouvernement a adopté la politique du chien crevé au fil de l’eau, avec des réactions épisodiques, quelques arrestations, suivies, quelques jours plus tard de remises en liberté.

 

Les tunisiens interviennent encore dans le cadre d’associations ou de mouvements qui organisent des manifestations de rue, les médias sont toujours présents, mais au train où vont les choses, on peut se demander pour combien de temps encore.  

 

Les tunisiens ont peur pour eux-mêmes, pour leurs proches, peur de plus en plus de s’afficher comme étant hostiles au gouvernement et à des mouvements religieux violents qui ne reculent devant rien ni personne. Une simple mise en cause publique et leur vie deviendra vite un enfer.

 

Jamel GHARBI a rejoint son pays de LOIRE, il est peu probable qu’il revienne en Tunisie avant longtemps. Mais lui a le choix de faire autrement, c’est un élu français, il a parlé, il a dénoncé, il est reparti.

 

Pour les tunisiens, ils recherchent avant tout la paix et la tranquillité. Aujourd’hui, comme au temps de BEN ALI, cela passe par ne rien dire, ne rien faire, la peur fondée ou non prenant vite le dessus.  

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Published by gpancraz
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