Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 07:41

Alors que tout le monde était « sur son 31 », costume sombre, cravate unie et chemise blanche pour les hommes, veste-pantalon ou tailleur pour les femmes, avec toutes sortes de compositions possibles dans la longueur et dans la couleur,  Cécile DUFLOT, pour le premier Conseil des ministres de la présidence de François HOLLANDE, s’est présentée en jean délavé, avec une veste qu’elle avait du mal à boutonner.

 

Faire dans la provocation ou choquer gratuitement, contrairement à ce que l’on pourrait supposer, n’est pas dans sa ligne.

 

Cécile DUFLOT est trop fine politique pour se laisser aller à ces enfantillages. Elle ne fait rien pour rien. Son ascension fulgurante au sein des verts, auxquels elle adhère en 2001 le démontre. Elle a alors 26 ans. Deux années plus tard, elle entre au Collège exécutif et met seulement trois ans pour accéder au poste de Secrétaire nationale auquel elle est élue en 2006.

 

Voir en Cécile DUFLOT, une jeune écolo, sympa, idéaliste et par la même un peu candide, serait commettre une grave erreur. En tout cas, elle n’est  pas que cela. Derrière cette jeune femme au style « adolescente branchée », se trouve un stratège redoutable, qui sait avec précision où elle va. Elle pige vite, très vite, elle calcule à la perfection et on l’a vu  s’élever irrésistiblement dans son ascension vers le pouvoir, sans avoir à ce jour commis la moindre erreur.

 

A la faveur des élections européennes de 2009, qui vit Daniel Cohn-Bendit conduire une liste regroupant l’ensemble des écologises sous la bannière « Europe Ecologie » (16% des voix, 14 députés), elle a participé activement au regroupement du mouvement sous le sigle EELV dont elle devient la secrétaire générale.

 

Nous sommes en 2010. Neuf années seulement après son adhésion au mouvement des verts, la messe est dite. A 35 ans, sans réseaux, sans club de réflexion, sans le moindre support, Cécile DUFLOT tient une partie du jeu de la politique française entre ses mains. Elle devient incontournable pour les échéances à venir.

 

Elle va alors écarter avec aisance les quelques obstacles qui se dressent encore devant elle. S’est posé tout d’abord le problème de la présidentielle. Cécile DUFLOT a mieux compris que Daniel Cohn Bendit qu’en politique le rapport de force doit être permanent,  présent et non futur, réel et non éventuel. Elle en a déduit qu’EELV devait présenter un candidat pour mettre la pression et négocier dans les meilleures conditions. Elle en a donc fait admettre le principe, contre l’avis des « éléphants » du parti.

 

La logique eut voulu alors que ce soit elle qui devienne  la candidate d’EELV à la présidentielle. Dans tous les autres partis, on se bat comme des chiens pour obtenir l’investiture. Mais Cécile DUFLOT a bien évalué la situation. Ce type d’épreuve comporte toujours un risque, Lipietz n’en est jamais revenu. De plus et surtout, il n’est jamais simple de faire la campagne attendue par  les militants, avec un programme qui s’oppose sur l’essentiel, avec celui du candidat sous l’autorité duquel on a vocation à gouverner.

 

Il lui faudra donc trouver un candidat. Mais un candidat qui devra répondre à deux critères. Il ne faudra pas qu’il puisse se servir de sa candidature comme d’un tremplin. La campagne qu’il conduira, ne devra pas avoir pour résultat de lui permettre de s’imposer dans le mouvement.  En un mot comme en mille, il ne devra pas être un futur concurrent. Le score importe peu. Le problème n’est absolument pas là. Les écolos en ont vu d’autres...

 

Il en est immédiatement résulté que Nicolas HULOT ne pouvait être ce candidat. Trop de charisme, trop de talent, trop écolo, trop populaire et donc  trop dangereux.

 

Eva Joly s’est alors immédiatement imposée à son esprit comme une évidence. Elle présente tous les avantages. Elle n’est dans le mouvement que de fraîche date, elle n’y a aucune implantation, elle y est même isolée. Son look kitch-rétro, comme son éloquence très atypique ne fera courir aucun risque à la responsable d’EELV. Eva JOLY a un autre avantage, elle correspond à l’image décalée des écolos, elle passera donc comme une lettre à la poste.

 

Eva en orbite au début de l’été 2011, Cécile va négocier dès l’automne, tout à son aise, ses mandats de députés.

 

Du jamais vu. Soixante circonscriptions. La plus belle, la sienne, la 6e circonscription de Paris. La titulaire du mandat, une socialiste, qui avait été élue en 2007 avec 69% des voix. Du gâteau. Petit problème cependant, elle devra l’en évincer et se mettre en contradiction flagrante avec tous ses principes cardinaux qui sont aussi ceux de son mouvement sur les femmes, sur la morale et sur les mœurs en politique.

 

Plus gros problème encore, avec Bertrand DELANOE qui n’a pas compris que la concurrente directe et la plus dangereuse d’Anne HIDALGO désignée pour lui succéder, vienne ainsi chasser sur ses terres avec la bénédiction du parti socialiste.

 

Mais ce serait mal connaître Cécile DUFLOT que de penser qu’elle allait laisser pourrir une telle situation. Sans désemparer, elle obtient l’accord de celle dont elle a « usurpé » l’investiture et qui menaçait de se présenter contre elle, en lui offrant la suppléance. Elle lui  explique qu’elles seraient toutes les deux perdantes à se battre l’une contre l’autre, alors qu’il était acquis qu’elle-même aurait très certainement un poste ministériel et que de suppléante, elle redeviendrait titulaire. Cette dernière soulagée, et ravie d’obtenir sans le moindre effort le renouvellement de son mandat -Cécile DUFLOT se chargeant de tout-  accepte le deal avec une joie non dissimulée. A plus de 60 ans, Danielle Hoffman-Rispal ne se voyait pas partir en guerre contre le PS et les écolos à la fois.   

 

Ici encore Cécile DUFLOT a joué finement. La seule façon de régler ce problème aigu au sein de la gauche, sera pour le nouveau président d’en faire une ministre. Elle a évité les autres choix toujours possibles. Au sein d’EELV, une dizaines de candidatures s’étaient manifestées, avec des profils tout à fait compatibles et l’on n’aurait pas pu exclure un dérapage de dernière minute. Quant à Bertrand,  pour le calmer, il suffira de la maintenir au gouvernement le plus longtemps possible...

 

Tout va alors aller très vite. Elle a fait voter à 74% le principe de la participation du mouvement au gouvernement. Et pour mieux se faire comprendre s’il en était encore besoin, elle a déclaré qu’elle démissionnerait du secrétariat général d’EELV d’ici le mois de juin.

 

Restait pour Cécile DUFLOT deux problèmes. La compatibilité du programme de son mouvement avec celui du gouvernement et sa personnalité écolo qui a fait son succès. Le premier problème a été réglé en exigeant qu’elle n‘ait pas le ministère chargé de mettre en œuvre la politique pour lequel son parti se bat depuis plusieurs décennies, le second l’a été en pensant, le matin du conseil des ministres,  à enfiler son jean fétiche. On n’a plus vu que cela, le reste est passé à la trappe.

 

Maintenant c’est le train-train. Elle a prorogé de 10 jours l’hébergement d’urgence ; le seuil des logements sociaux obligatoire pour les communes de plus de 3500 habitants passera de 20 à 25 % ; elle parle d’encadrer les loyers… Toutes promesses du candidat HOLLANDE…

 

Une autre question commence à trotter dans l’esprit de nombreux observateurs, certainement ses opposants. Et  si en réalité le jean de Cécile DUFLOT n’avait  été que le cache-sexe de ses ambitions ?      

Partager cet article

Repost 0
Published by gpancraz
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de gérard pancrazi
  • Le blog de gérard pancrazi
  • : Une analyse de l'actualité politique. une réflexion sur le monde
  • Contact

Recherche

Liens