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20 octobre 2013 7 20 /10 /octobre /2013 20:04

L’ensemble de la presse et les politiques qui se sont exprimés, ont donné l’impression qu’il existait une quasi-unanimité pour flétrir la façon dont le Président de la République a géré l’affaire « Léonarda ».

L’opposition de droite lui a fait le reproche d’être intervenu personnellement dans une affaire qui aurait dû rester au niveau du préfet du Doubs. L’aile gauche de la majorité présidentielle, celui de perpétuer la politique de Nicolas Sarkozy, jusqu’à avoir pris, selon EELV, une décision « incompréhensible et inhumaine ». Enfin,  le  premier secrétaire du Parti Socialiste, son principal soutien, prenait une position distincte de celle qu'il venait d’exprimer solennellement devant les français.

Les griefs les plus communément faits au Président de la République sont de deux ordres : en intervenant dans une affaire particulière, le Chef de l’Etat aurait mis à mal l’autorité présidentielle (1). Son offre de proposer à Léonarda de revenir seule en France, ne serait pas pertinente (2).

1-Le Président devait-il intervenir personnellement dans l’affaire Léonarda ?

A une affaire privée, relative au droit de séjour d’une famille en situation irrégulière, s’est substituée,  une affaire de politique intérieure, impactant gravement l’harmonie de la majorité présidentielle. Le risque d’une démission du ministre de l’intérieur, bien que démenti,  n’a jamais été aussi important. On sait que ses opposants les plus déterminés sont à gauche et que toutes les occasions seront bonnes pour l’attaquer. EELV avait déjà fait savoir qu’il ne participerait pas à un gouvernement qui serait dirigé par Manuel Valls et les leaders du Parti de Gauche n’ont  pas de mots assez durs pour le stigmatiser.

Parmi beaucoup d’autres, deux interventions en apparence anodines sont significatives des remous que cette affaire a causé au sein du gouvernement. Le ministre de l’éducation nationale devait mercredi dernier, à la sortie du conseil des ministres, dans la cour même de l’Elysée, critiquer les conditions dans lesquelles avaient eu lieu la procédure d’expulsion diligentée sous l’autorité de son collègue, estimant que l’école devait-être sanctuarisée. Le mal était fait, même si quarante-huit heures plus tard sur Europe 1 il se déclarera solidaire du ministre de l’intérieur, reprenant la formule du Premier ministre « fermeté et humanité ».

La ministre du logement, intervenait à son tour. Elle  parlait « d’une collégienne à l’accent franc-comtois » et de « la capacité pour tous les enfants d’où qu’ils viennent de s’intégrer ». Il s’agissait ici encore, en creux, d’une critique de la politique de l’immigration conduite par le ministre de l’intérieur, illustrée par l’affaire Léonarda.

De petites phrases assassines en postures, de positionnement en rivalités, l’harmonie de la majorité présidentielle s’est trouvée une fois de plus menacée et peut-être cette fois-ci plus gravement que jamais.

Seul le Président de la République pouvait mettre fin à ce qui apparaissait de plus en plus comme la crise la plus grave qu’a connu la majorité. Sur un sujet aussi clivant, son intervention s’imposait.        

2-Le Président a-t-il pris la bonne décision ?

Si l’on en croit le rapport de l’Inspection Générale de l’Administration (IGA), sauf l’interpellation de Léonarda qui a eu lieu à l’occasion d’une sortie scolaire, techniquement, ce dossier ne pouvait mettre en difficulté le ministre de l’intérieur ni même le préfet du Doubs. Tous les recours avaient été épuisés et aucun des critères montrant de la part de cette famille une volonté réelle d’intégration ne se trouvait réuni. Le spectacle que Léonarda et ses parents devaient donner à l’opinion publique pendant que se déroulait l’enquête de l’IGA et encore après l’intervention du Président, ne devait pas plaider, très loin s’en faut, en faveur de cette famille.

Le Président de la République ne pouvait, dans ces conditions, que prendre acte de la décision prise par l’autorité administrative. Il devait le dire à sa manière. « Si elle veut poursuivre sa scolarité en France, un accueil lui sera réservé et à elle seule ». Cette façon de s’exprimer, très mitterrandienne, voulait bien dire ce qu’elle voulait dire. Le lendemain le ministre de l’intérieur devait, dans le Journal du Dimanche « sous titrer » le propos présidentiel: « la famille de Léonarda ne reviendra pas ».

Autrement dit le Président, confronté à la réalité d’un dossier « en béton armé » selon une expression chère aux avocats, ne pouvait agir autrement.

Mais politiquement il ne pouvait pas écarter d’un revers de main la partie la plus à gauche de sa majorité et les manifestations lycéennes qui lui faisaient écho. Et même si ainsi que le soulignait le rapport de l’IGA, Léonarda n’était pas ce que l’on peut appeler une élève assidue, elle pourrait poursuivre ses études en France si elle (ses parents) le souhaitait.   

Tout cela paraît clair. Ce qui l’est moins c’est la très singulière intervention du premier secrétaire du Parti Socialiste,  qui a déclaré immédiatement après la déclaration du président que : « Tous les enfants de la famille doivent pouvoir faire leurs études en France », ce qui, compte tenu de leur nombre (5) et de leur âge, la petite dernière est âgée de 17 mois, ne pourrait se faire sans autoriser les parents à séjourner en France. Cette intervention inappropriée du chef du parti principal de la majorité présidentielle est peut-être ce qu’il y a de plus troublant dans cette affaire, au plan politique s’entend.

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Published by gpancraz
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