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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 14:14

Article publié le 21 mars 2013 dans l'Express.fr   

Dans l’affaire du compte de dépôt que Jérôme Cahuzac aurait ouvert dans une banque Suisse, une information a été ouverte par le parquet de Paris pour blanchiment de fraude fiscale, le mardi 19 mars. La démission du ministre du budget a immédiatement suivi.

Jérôme Cahuzac était nous dit-on,  tant par sa compétence, sa connaissance des dossiers que par son autorité, une des pièces maitresses du dispositif ministériel mis en place pour assurer la gestion de la grave crise que nous traversons. On parle pour le ministère, d’une véritable tuile en cette période particulièrement difficile de restrictions budgétaires, imposées aux départements ministériels, et compte tenu de la qualification retenue : « blanchiment de fraude fiscale »...  

Au-delà de cet évènement, qui a concerné le ministre délégué au budget, un examen attentif de la situation des ministres des finances à proprement parler, qui se sont succédé à Bercy, conduit à s’interroger sur la question de savoir si une « malédiction » ne pèserait pas sur le ministère, depuis qu’il a été transféré du Louvres à Bercy..

Le site de Bercy, situé dans le 12e arrondissement, a été inauguré par Pierre Bérégovoy en 1989, date de son achèvement.

Quinze ministres de l’Économie et des Finances, selon l’appellation la plus courante,  lui ont succédé*, si l’on excepte Pierre Moscovici en fonction. Dix d'entre eux, soit les deux tiers,  ont dû mettre fin prématurément à leurs fonctions, ou/et ont connu un destin contraire à ce que pouvait leur laisser espérer, l’exercice de responsabilités d’une telle importance.

Tragique pour Pierre Bérégovoy, particulièrement humiliante pour Dominique Strauss-Kahn, la fin de ces deux ministres emblématiques de l’Économie et des Finances fut parmi ce que la République a connu de pire.

Le plus célèbre d’entre eux, Nicolas Sarkozy, démissionnera 8 mois après sa nomination, à la suite d’un désaccord profond avec Jacques Chirac : "Je décide, il exécute", avait dit ce dernier au cours d’une fameuse conférence de presse.

Alain Madelin, dont l’avenir politique ne laissait place à aucun doute, démissionnera 3 mois après avoir été nommé, se trouvant en désaccord profond avec la politique de Jacques Chirac, dont il avait pourtant animé la campagne. On n’entendra plus parler de lui dans  l’exercice du pouvoir.

Il en fut de même pour Hervé Gaymard qui  remettra sa démission, trois mois après avoir été nommé, pour avoir choisi un appartement de fonction dont le loyer était hors de proportion avec les moyens de la République. Il était pourtant l’un des poulains de Jacques Chirac. Promis au plus bel avenir, lui non plus ne réapparaitra plus sur la scène publique.

Christian Sautter, qui venait de remplacer Dominique Strauss-Kahn, qui avait lui-même démissionné pour cause "d’affaire", démissionnera à son tour quatre mois plus tard, pour avoir voulu mettre en œuvre un projet relatif aux personnels des impôts, initié par son prédécesseur.

Jean-Louis Borloo, un mois après son arrivée à Bercy, laissera sa place à Christine Lagarde, pour cause de TVA sociale annoncée en pleine campagne des législatives, ce qui coûta bon nombre de députés à la majorité présidentielle.

Aujourd’hui directrice du FMI, Christine Lagarde, femme politique préférée des français, qui a fait un parcours des plus satisfaisants, se trouve à répondre, devant la Cour de Justice de la République, de l’opportunité de l’arbitrage intervenu dans l’affaire Tapie.

Laurent Fabius, avec l’affaire du sang contaminé dont il devait ressortir blanchi, et Édouard Balladur, pour un manquement à l’éthique commis envers Jacques Chirac, furent aussi des locataires de Bercy. Ils n’eurent pas la carrière espérée.

Rappelons enfin, que c’est en décembre 2009, alors qu’il était également ministre du budget, que Noël Mamère interrogera Eric Woerth sur sa double casquette de ministre du budget et de trésorier de l’UMP. Ce fut le début de ses déboires, qui mirent un terme à son ascension politique que d’aucuns jugeaient très prometteuse. .

Seuls cinq ministres ont tiré leur épingle du jeu. Deux ministres des Finances émanant de la société civile, Francis Mer et Thierry Breton. Ils ont fait l’un et l’autre un parcours sans faute, avec un record de longévité, chacun deux ans environ. Trois "politiques", Michel Sapin (1 an), Jean Arthuis (plus de 2 ans) et François Baroin (10 mois et demi) furent aussi épargnés.

Si les choses venaient à perdurer, il est sûr que même les moins superstitieux d’entre nous, (dont je ne fais pas partie), commenceront sérieusement à s’interroger sur le caractère maléfique, pour les politiques, du ministère des finances de Bercy...

* Pierre Bérégovoy, Édouard Balladur, Michel Sapin, Alain Madelin, Jean Arthuis, Dominique Strauss-Kahn, Christian Sautter, Laurent Fabius, Francis Mer, Nicolas Sarkozy, Hervé Gaymard, Thierry Breton, Jean-Louis Borloo, Christine Lagarde, François Baroin, Pierre Moscovici.

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Published by gpancraz
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