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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 08:26

 

Ce billet a été sélectionné par le journal en ligne l’Express.fr et publié à sa Une. 

Moins de six mois seulement après la mise en place du gouvernement des questions se posent, mais plus sur la méthode utilisée par le Premier ministre que sur le fond de sa politique.

 

Si en effet toute remise en cause des orientations prises, se heurte à l’indiscutable évidence du vote des français et si toute critique  sur la situation de la France entraîne invariablement la même réponse, « c’est le résultat de la politique menée depuis dix années », on peut en revanche sans inconvénient s’intéresser aux modalités selon lesquelles Jean-Marc AYRAULT met en œuvre la politique gouvernementale. C’est pour le moment la seule chose que le gouvernement est en mesure d’assumer, et c’est ce qui explique pour une large part  la chasse aux « couacs » ouverte par l’opposition.

 

Il semble pour l’instant, que le Premier ministre et la plupart des ministres, exception faite de ceux qui ont déjà exercé des responsabilités ministérielles, (comme en particulier Michel SAPIN), n’ont pas encore pris la mesure de leur fonction. On les sent plus dans une dialectique d’opposants (Les patrons, les riches, les propriétaires) que de gouvernants. On pourrait citer à cet égard Vincent PEILLON, Cécile DUFLOT, et de façon encore plus significative, Arnaud MONTEBOURG.

 

Leur approche des problèmes peut-être hésitante, (souvent des missions ou des commissions sont désignées), parfois maladroites (le gouvernement n’accepte pas le plan de PSA ; on peut discuter de tout même des 35 heures), toujours parcellaire. On ne trouve pas encore comme on en a connu sous la précédente législature de projets d’envergure tels le grenelle de l’environnement, la réforme de la carte judiciaire, la réforme des retraites ou plus récemment ce que l’on a appelé la TVA sociale qui allait bien au-delà d’un relèvement du taux de l’impôt indirect.

 

Ainsi, le programme du candidat Hollande qui était, on s’en souvient, dominé par une réforme qu’il voulait d’envergure, de l’Education Nationale, est actuellement réduite à la semaine de cinq jours et à un allongement de la période des vacances de la Toussaint, sans aucune information sur l’existence d’un chantier de la réforme envisagée et de ses grandes orientations.

 

Et plutôt que de s’engager dans l’élaboration d’un plan cohérent susceptible de couvrir l’ensemble des questions qui se posent dans un secteur donné, le Premier ministre a préféré le plus souvent opter pour une méthode simple qui consiste à financer les mesures prises pour certaines catégories sociales, non par le budget de l’Etat pris dans sa globalité,  mais par d’autres mesures prises auprès d’autres catégories sociales. Ainsi la revalorisation de l’allocation de rentrée scolaire a été financée par l’abaissement du crédit d’impôt lié au quotient familial des plus aisés.  

 

De même, au lieu de bâtir le plus rapidement possible, comme le candidat Hollande l’avait préconisé au cours de sa campagne, un grand projet de refonte de la fiscalité, constitutif certainement d’un travail long et périlleux, permettant une harmonie de l’action, on s’est contenté de mesures mettant directement à contribution telle ou telle catégorie sociale, patrons, restaurateurs, riches  ou retraités…

 

Le risque d’une telle méthode est de donner au citoyen, qui s’estime concerné, parfois d’ailleurs à tort, le sentiment d’être en ligne de mire, ou pour employer une expression à la mode, stigmatisé.

 

Et de tels sentiments sont encore accentués lorsque le gouvernement, croit devoir se justifier des mesures qu’il entend prendre. Par exemple, la publication d’études qui établissent que les retraités ont des revenus supérieurs aux actifs, afin de préparer dans l’opinion la prise de décision à leur endroit d’une taxe, taxe par ailleurs modeste et fondée, mais qui leur donne le sentiment que ce prélèvement n’est pas un acte de solidarité, mais en  quelque sorte, une « sanction » contre  leur train de vie supposé.

 

Dans le même ordre d’idée, ne serait-il pas mieux d’expliquer aux restaurateurs que dans la situation que connaît le pays, on se trouve devant la nécessité de leur reprendre l’avantage qu’en d’autres temps l’Etat leur avait concédé, plutôt que de préparer cette décision par la publication d’un rapport, dénonçant le non respect du pacte qu’ils avaient conclu.

 

Sans parler des patrons petits ou grands, « subventionnés », souvent montrés du doigt comme étant responsables des déboires sociaux, chômage, pouvoir d’achat, ou encore les propriétaires d’habitations, qu’ils soient eux aussi petits ou grands, dont on dit qu’ils sont des « spéculateurs » qui laissent  leurs concitoyens à la rue, et qui se sentent eux aussi dans le collimateur du gouvernement, alors même que le Premier ministre a annoncé que ces mesures extrêmes ne concerneraient que les biens de l’Etat, des institutionnels et des grandes entreprises.

 

Une politique qui peut aboutir, même sans bien sûr l’avoir voulu, à cibler et à cliver, qui peut conduire à culpabiliser ceux qui ont le sentiment qu’ils ont été désignés comme les responsables ou pour en supporter le poids et qui peut se révéler sur le long terme préjudiciable à la cohésion nationale, pourtant si essentielle en période de grave crise économique.

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Published by gpancraz
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