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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 11:39

Article publié dans l'EXPRESS.fr du 2 juillet 2013

Lorsque j’ai allumé ma télé mercredi dernier aux environs de 15 heures, pour suivre l’audition de Jérôme Cahuzac sur La Chaîne Parlementaire,  Dominique Strauss Kahn m’est apparu plein cadre. Il expliquait sur un ton très assuré, à une assemblée de quelques personnes qui n’en perdaient pas une miette, qu’en réalité le problème était les financiers et non la finance… Sur le coup, j’ai  cru à une rediffusion d’une ancienne séquence, destinée à nous faire patienter en attendant « le clou » de la journée, d’autant que les parlementaires devant lesquels il pérorait benoitement, lui donnaient à tout bout de champ du « Monsieur le ministre »...

Tout sourire, très détendu, il s’adressait à ses auditeurs avec la considération et la bienveillance que l’on réserve à de vieux amis  que l’on n’a pas vu depuis longtemps, leur lançant même au passage, un petit clin d’œil entendu : « Si je voulais être un peu paradoxal et provocateur, ce qui n’est certainement pas mon tempérament…»

C’est là que je me suis rendu compte de ma méprise. Nous étions en réalité en direct, devant une commission du Sénat relative au « rôle des banques dans  l’évasion fiscale », commission dont j’ignorais comme beaucoup  l’existence. Je m’étais tout simplement trompé d’heure. Cahuzac ce sera à 16 heures 30.

Ma première réaction a été celle de l’étonnement. Les anciens ministres des finances ne manquent pas en France et le fait d’avoir dirigé le FMI, qui ne dispose d’aucune compétence réelle en cette matière, ne m’est pas apparu comme pouvant donner à l’orateur un intérêt particulier pour en traiter. D’autant que depuis un certain temps, on trouvait plus son nom dans les rubriques mondaines ou dans celles des faits divers, que dans les revues économiques, dans lesquelles depuis belle lurette il ne publiait plus.   

D’ailleurs il ne devait rien dire d’essentiel et  quand il proposera comme mesure, de  mieux former les superviseurs et par conséquent de mieux les rémunérer,  Marie Noëlle Lindemann  rétorquera que le problème est d’une toute autre dimension, ce qu’il approuvera...

Non, je ne comprenais  pas l’intérêt de cette audition, alors même que la présence en ce lieu de celui qui avait tant défrayé la chronique, ne pouvait avoir qu’un effet négatif sur le monde politique et sur ses mœurs.

Et puis, la  meute de journalistes qui attendait à la sortie celui qui venait de faucher la vedette à cet autre ancien ministre de Bercy, qui lui comparaissait  rue de l’Université, justement pour une affaire d’évasion fiscale, me fit me raviser. Son audition a fait passer cette « obscure » commission de l’ombre à la lumière, et la réponse à ma question sur l’utilité de la présence au Sénat de l’homme du Sofitel de New-York et du Carlton de Lille, était  peut-être là...

L’impensable me vint alors à l’esprit comme une évidence. Cette intervention bénéficiera aussi et surtout à celui qui était devenu un paria de la politique. Initiée par on ne sait qui, elle constitue objectivement une véritable réhabilitation et pourrait devenir le premier pas d’un « come-back » jusqu’alors inenvisageable.

Y pensait-il lorsqu’au cours de ses explications il a sèchement  « taclé », l’air de rien, l’actuel et l’ancien président, soulignant l’état « catastrophique » de la France ?

Sa situation judiciaire s’éclaircissant, il ne serait pas improbable de voir réapparaitre dans les médias notre  « politician-lover » pour disserter et débattre sur la politique de la France. Ce serait « gagnant- gagnant », Ses hôtes seraient assurés d’un franc succès et lui-même bénéficierait du support nécessaire à ses ambitions.

Selon une étude Harris interactive réalisée pour VSD  du 14 au 17 juin 2013, 23 % des français disent souhaiter que Dominique Strauss Kahn « revienne à la politique d’une façon ou d’une autre ». Ce socle est loin d’être négligeable.

Habile, intelligent et séduisant, il a longtemps été l’homme politique préféré des français. Français qui en période de grandes difficultés ne repousseraient pas nécessairement l’homme providentiel qu’il pourrait devenir, s’ils pensaient, à défaut de mieux, qu’il  les sortirait du trou.

Et la morale me direz-vous? Un proverbe Corse dit  « belezza un si ne manghia », la beauté ne se mange pas. Chacun sait bien, et depuis fort longtemps, qu’il en est de même pour la morale.

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Published by gpancraz
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