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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 17:02

Ce billet a été sélectionné par le journal en ligne l'EXPRESS.fr et pubié à sa Une. 

Son interview parue au JDD de ce dimanche, en est encore le témoignage le plus frappant. Plus personne ne voit en elle la jeune écolo sympa, idéaliste et un brin candide qui avait fait sa notoriété. Derrière cette jeune femme au style « adolescente branchée », se trouve un stratège redoutable, qui sait avec précision où elle va. Elle pige vite, très vite, elle calcule à la perfection et on l’a vu  s’élever irrésistiblement jusqu’au sommet du pouvoir, sans avoir, depuis son entrée au « parti », commis la moindre erreur.

 

Son ascension au sein des verts a été fulgurante : elle y adhère en 2001, elle a alors 26 ans. Deux années plus tard, elle entre au collège exécutif et met seulement trois ans pour accéder au poste de secrétaire nationale. A la faveur des élections européennes de 2009, qui vit Daniel Cohn-Bendit conduire une liste regroupant l’ensemble des écologises sous la bannière « Europe Ecologie », elle participe activement au regroupement du mouvement sous le sigle EELV et en devient « naturellement » la secrétaire générale.

 

Nous sommes en 2010, neuf années seulement après son adhésion au mouvement des verts, la messe est dite. A 35 ans, sans réseau, sans club de réflexion, sans le moindre support, Cécile Duflot tient une partie du jeu de la politique française entre ses mains. Elle devient incontournable pour les échéances à venir, la présidentielle et les législatives de 2012.

 

La présidentielle : elle estime, contre l’avis de Daniel Cohn-Bendit, qu’une candidature EELV est nécessaire pour imprimer au sein de la gauche un rapport de force. Mais comme il n’est jamais simple de faire la campagne attendue par  les militants, sans s’opposer à celui avec lequel on espère gouverner, il faudra trouver un candidat. Un candidat qui ne lui fasse pas de l’ombre, le score important peu. Ce sera une candidate. Eva sera mise en orbite au début de l’été 2011. Cécile négociera alors dès l’automne, tout à son aise, ses mandats de députés.

 

Les législatives : du jamais vu, avec 2,5% à la présidentielle, soixante circonscriptions. La plus belle, la sienne, la 6e, à Paris, l’élue socialiste avait fait 64%. Bertrand Delanoë n’a toujours pas compris que la concurrente la plus dangereuse d’Anne Hidalgo, au sein de la gauche, pour les prochaines municipales, vienne ainsi chasser sur ses terres avec la bénédiction du parti socialiste.

 

L’entrée au gouvernement : tout va aller très vite. Elle a fait voter le principe de la participation du mouvement au gouvernement et pour mieux se faire comprendre, s’il en était encore besoin, elle a déclaré qu’elle démissionnera à cette fin du secrétariat général d’EELV.

 

La compatibilité des programmes EELV- PS : le premier problème, de pure forme, a été réglé, elle n’aura pas le ministère chargé de mettre en œuvre la politique pour lequel son parti se bat depuis plusieurs décennies. Elle sera ministre de l’égalité des territoires et du logement. Le second, de fond,  l’a été en pensant, le matin du conseil des ministres,  à enfiler son jean fétiche. On n’a plus vu que cela, et le reste est passé à la trappe. Elle va maintenant faire entendre sa petite musique, allegro ma non troppo.

 

Les principaux marqueurs d’Europe écologie les verts : l’écologie, le nucléaire, l’Europe, le cannabis, le dilettantisme, l’église, le mariage pour tous.

 

Pour le nucléaire, l’écologie et l’Europe, c'est-à-dire le cœur même de la politique d’EELV, le candidat Hollande avait pris ses dispositions. Ce n’est pas négociable. Jouer avec serait un casus belli. Il appartiendra aux parlementaires de faire le job, ils voteront contre le traité budgétaire européen. La partie a été serrée. Pour Daniel Cohn Bendit elle aurait dû démissionner. Jean-Vincent Placé porte parole officieux de la ministre explique qu’il faut faire évoluer les choses de l’intérieur... 

 

Reste le reste, moins fondamental, une marge de manœuvre existe. « On m’a mis une muselière qui me permet un tout petit peu de l’ouvrir. » Ce sera de la communication. Cela la connaît à merveille et ce sera suffisant pour les militants.

 

On commence par le cannabis, Vincent Peillon lui-même… alors pourquoi pas elle ? Pour ce qui est du dilettantisme, les conditions de la censure de la loi sur le logement par le Conseil Constitutionnel et la mise en vente de biens immobiliers, que l’Etat avait déjà vendus, devraient suffire. On peut passer à l’église. Elle sera pointée du doigt. La ministre annonce solennellement qu’elle pourrait faire saisir ses immeubles pour loger les plus démunis. Il y a toujours eu consensus contre l’église. C’est même presque trop facile, mais elle ne pouvait faire autrement. Dans sa situation, les marqueurs utilisables ne courent pas les rues. Pour le  mariage pour tous c’est pareil. C’est vrai que c’est curieux pour une ministre d’aller  manifester en faveur d’un projet mis en œuvre par le gouvernement auquel elle appartient. Non ? Mais comment faire ?

 

L’économie : En temps de grande crise, une ministre leader d’un parti de gouvernement ne pouvait faire plus longtemps l’impasse sur le sujet. D’autant que ledit gouvernement se réunit justement cette semaine pour débattre de la politique de la ville et de l’aménagement du territoire. La ministre a donc donné une interview au JDD paru ce Dimanche 17 février. On nous annonce une critique ferme de la politique gouvernementale. Le titre est choc : « La rigueur, Duflot résiste ». Le sous titre est un ton en dessous : « L’austérité ne doit pas accabler les territoires. » Quant aux réponses faites aux trois journalistes chargés de l’interviewer, elles sont d’un convenu triste à pleurer. L’égalité des territoires ? « C’est une nécessité vitale pour notre pays (…) c’est la cohésion nationale et la cohésion nationale est une obligation qui ne se discute pas. » Ou encore : « le devoir de la gauche c’est de  remettre en marche la fabrique de l’égalité et que la responsabilité des pouvoirs publics est d’être capable d’investir dans le moyen et le long terme ». Entrant dans le vif du sujet : « Il y a  un impératif de désendettement public » elle précise même « c’est certain ». Elle ajoute que « la réponse à la situation financière de la France ne peut se réduire uniquement à tailler dans les dépenses. » C’est là que certains, victimes de ce type de discours à double sens, ont cru y voir une attaque d’une témérité inouïe contre le gouvernement, alors que ce dernier n’a jamais soutenu que  la réponse à la situation financière de la France devait se réduire uniquement à tailler dans les dépenses.

 

Elle poursuit, plus consensuelle encore, que « les investissements  justes  sont ceux qui créent des emplois non délocalisables et qui permettent à la France, d’engager la transition écologique de son économie. » Que dire de plus ou de moins ?

 

Un mot sur la candidature de Nathalie Kosciusko-Morizet. Plus politique qu’Anne Hidalgo qui se crispe sur le sujet, elle lui reconnaît une sensibilité à la crise écologique, tout en la trouvant floue, notamment sur les sujets de société...            

 

L’habile Cécile n’a vraiment pas fini d’étonner… au risque de lasser.

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Published by gpancraz
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